Juan Manuel Guillermo Contreras Sepúlveda, né le 4 mai 1929 à Santiago et mort le 7 août 2015 dans la même ville, est le directeur de la DINA de 1973 à 1978, le service de renseignement chilien sous la dictature militaire dirigée par le général Augusto Pinochet. Il fut contraint de démissionner de la DINA, rebaptisée CNI, en avril 1978 après l'affaire Orlando Letelier, du nom du ministre démocrate-chrétien assassiné en 1976 aux États-Unis. Il resta toutefois général. Il fut également un agent informateur de la CIA de 1974 à 1977.
Après la transition démocratique entamée en 1988, Manuel Contreras a été condamné au Chili en 1993 pour l'assassinat, en 1976 à Washington, d'Orlando Letelier, ancien ministre de Salvador Allende, et de son assistante américaine Ronni Moffitt. Il fut aussi condamné par la justice chilienne en 2002 pour la disparition de Victor Olea Alegria, ancien dirigeant du Parti socialiste du Chili. Il a de nouveau été condamné en 2005 pour la disparition de Miguel Ángel Sandoval, un membre du Mouvement de la gauche révolutionnaire (Chili), et en avril 2010 à 5 ans de prison pour celle d'Héctor Vergara Doxrud, un militant du MAPU (Movimiento de Acción Popular Unitaria).
La justice argentine l'a aussi condamné pour l'assassinat du général Carlos Prats (chef des armées sous Salvador Allende) et de sa femme, à Buenos Aires en 1974.
Le général Contreras a été amnistié par la justice chilienne en 2005 dans le cadre du dossier sur l'opération Colombo, tandis que l'État chilien a rejeté la requête d'extradition vers l'Argentine.
Manuel Contreras est toujours sous le coup d'enquêtes au sujet de plusieurs violations des droits de l'homme commises par la DINA et a été de nouveau condamné à 10 ans de prison en décembre 2007, puis de nouveau à 3 ans de prison en mars 2010 pour la séquestration de Lourdes Pérez Vargas . Il échappa néanmoins à d'autres inculpations, par exemple, en 2007, concernant l'opération Calle Conferencia (décapitation en 1976 de la direction du Parti communiste), en vertu du motif de la « chose jugée ».
Il accumule ainsi une quinzaine d'accusations contre lui pour un total de 200 ans de prison, dont la moitié doit encore être jugée par la Cour suprême.
Manuel Contreras est diplômé du cours de « guerre contre-insurrectionnelle » de l'école du Fort Benning (qui abrite l'ex-School of Americas, aujourd'hui WHISC) situé en Virginie aux États-Unis.
De 1973 à 1977, il commanda les opérations de la DINA, dans le cadre de l'opération Condor, qui visait à pister et à assassiner les opposants politiques du régime militaire chilien, en particulier les membres des partis socialistes, communistes et du MIR. Interviewé par la journaliste Marie-Monique Robin, Contreras a déclaré avoir envoyé « tous les deux mois (...) des contingents de la DINA », au Centre d'instruction de la guerre dans la jungle de Manaus (Brésil), pour que le général Paul Aussaresses « les entraîne ».
Selon le rapport américain sur les "Activités de la CIA au Chili" (CIA activities in Chile), rendu public le 19 septembre 2000, le gouvernement des États-Unis aurait approuvé les contacts de la CIA avec Contreras de 1974 à 1977 afin d'accomplir les projets de l'agence de Langley au Chili.
Dès 1975, l'agence de renseignement américaine avait conclu que Contreras était l'un des principaux obstacles à une politique raisonnable concernant les droits de l'homme au sein du gouvernement d'Augusto Pinochet, mais la CIA a maintenu malgré tout ses liens avec le chef de la DINA, "des éléments de la CIA recommandant d'établir une relation rémunérée avec Contreras" — le rapport de 2000 n'admet néanmoins l'existence que d'un seul paiement, effectué en 1975.
Selon ces documents, Manuel Contreras a été invité trois fois à Washington (district de Columbia) (janvier et juillet 1975 et juillet 1976), et rencontra notamment le général Vernon Walters, 15 jours avant le lancement officiel de l'Opération Condor. En août 1975, il aurait aussi rencontré, à la demande de l'ambassadeur américain à Santiago du Chili, le sous-directeur de la CIA à Washington.
Le rapport publié en 2000 précise aussi que la CIA a utilisé ses liens avec le chef de la DINA pour obtenir des informations au sujet du plan Condor. Il ne confirme pas cependant que la CIA ait utilisé ces informations pour empêcher les assassinats projetés par les services de renseignements latino-américains. En octobre 1976, Contreras confirme à la CIA l'existence de l'opération Condor.
Or, c'est en avril 1974, selon les dépositions du terroriste italien Vincenzo Vinciguerra et de Michael Townley, ex-agent de la CIA travaillant pour la DINA, qu'il rencontre le néofasciste italien Stefano Delle Chiaie, à Santiago, aux côtés de Junio Valerio Borghese, l'ex-homme de main de Mussolini, pour organiser l'assassinat du démocrate-chrétien chilien Bernardo Leighton. Ce dernier, et sa femme, seront victimes d'une tentative d'assassinat le 6 octobre 1975 à Rome.
Contreras rencontre à nouveau Stefano Delle Chiaie, en compagnie d'Augusto Pinochet, lors des funérailles de Franco à Madrid en 1975. Il prépare alors un attentat contre Carlos Altamirano, le chef du Parti socialiste chilien.
L'assassinat d'Orlando Letelier et la dissolution de la DINA
À la suite de l'assassinat de l'ex-ministre de Salvador Allende, Orlando Letelier, et de son assistante américaine Ronni Moffitt, en plein Washington, le 21 septembre 1976, la CIA se mit à rassembler des rapports détaillés concernant la responsabilité du général Contreras en tant que commanditaire de cet assassinat, organisé notamment par Michael Townley, ancien agent de la CIA qui travaillait pour la DINA. Une partie de ces informations demeurent classifiées, et une autre partie n'a pas été rendue publique dans le rapport de 2000, à la demande du département de la Justice des États-Unis. Malgré cet assassinat, les contacts de la CIA avec Manuel Contreras ont continué jusqu'en 1977. L'agence de renseignement américaine rencontra Contreras au moins une demi-douzaine de fois en 1977.
En 1977, le général Pinochet dissout la DINA, probablement à la suite des pressions des États-Unis (conséquence de l'assassinat de Letelier), et la remplace par le CNI (Centre national d'intelligence). Manuel Contreras est nommé général dans l'armée chilienne, dans laquelle il reste pendant deux ans. Les États-Unis lancent une requête d'extradition contre Contreras, accusé de l'assassinat de Letelier, en 1978, qu'ils annulent peu avant le début de son procès au Chili.
L'affaire de la tentative d'assassinat de Bernardo Leighton