La manifestation du 11 novembre 1940 est une manifestation de lycéens et étudiants ayant eu lieu à Paris, sur les Champs-Élysées et devant l'arc de triomphe de l'Étoile, en commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918. Rassemblant plusieurs milliers de personnes et durement réprimée par les occupants nazis, avec passages à tabac et simulacres d’exécution, elle est considérée comme un des tout premiers actes publics de résistance à l'occupant en France après l'armistice du 22 juin 1940 et l'appel du 18 Juin par le général de Gaulle.
La manifestation du 11 novembre 1940 tire ses origines de plusieurs événements survenus peu avant. Tout d'abord, l'occupation de Paris depuis juin 1940 est une humiliation pour les Parisiens tandis que l'installation de l'armée allemande avec ses corollaires (panneaux en allemand, drapeaux nazis, etc.) marque la défaite française de façon particulièrement visible.
Plus tard, la poignée de main entre le Maréchal Pétain et Adolf Hitler à l'entrevue de Montoire le 24 octobre 1940 signe l'entrée dans la collaboration. Pour nombre de Français persuadés que Pétain était en train de préparer en secret la revanche, c'est une désillusion. De nombreux étudiants, quelle que soit leur sensibilité politique, entrent dans une logique de refus et de dissidence.
Le préfet de police Roger Langeron note à la date du 28 octobre : « Une suite que Pétain n'avait pas prévue : le développement de la campagne gaulliste, la recrudescence des papillons et des inscriptions à la craie : « Vive de Gaulle ! » On parle de manifester le 11 novembre… Montoire a déjà eu un résultat : celui de stimuler la propagande gaulliste chez les étudiants ».
La Sorbonne rouvre ses portes dès juillet 1940 tandis que le régime de Vichy est instauré. Le rectorat de Paris compte alors 37 000 élèves scolarisés dans le secondaire et seulement 15 500 étudiants dont la moitié venus de province. Tant bien que mal, lycéens et étudiants font leur rentrée scolaire et la vie universitaire reprend son cours. Les conférences universitaires d'ordre scientifique et littéraire sont maintenues à la Sorbonne et à la faculté de médecine. Rapidement, des lancers de tracts et d'œufs au Quartier latin sont rapportés. « Des « V » sont tracés sur les murs, des « Vive de Gaulle » sont criés dans les couloirs du métro », des papillons dénonçant l'occupation allemande, la mainmise de Vichy sur l'université et son « dessein d'asservissement intellectuel de la France » sont déposés un peu partout, dans les livres des bibliothèques, sur les bureaux, collés aux murs. Des étudiants, par petits groupes d’une demi-douzaine, prennent l’habitude de venir perturber les cours de professeurs réputés collaborateurs. Le port d’une petite croix de Lorraine pendue autour du cou se répand aussi dans les rues du Quartier latin.
Le 28 juillet 1940, les étudiants Christian Rizo et Félix Kauer sont condamnés à 2 mois de prison pour un lancer de tracts sur des personnalités allemandes dans un amphithéâtre. La présence d'Allemands dans les amphithéâtres de la faculté de médecine en auditeurs libres irrite profondément les étudiants qui protestent. Le 25 octobre 1940, les étudiants désertent un amphithéâtre devant trois officiers allemands. Le 7 novembre, un incident similaire est rapporté à la Sorbonne.
À la faculté de droit, Jean Ebstein-Langevin, ancien militant des Jeunesses Royalistes, rallié à De Gaulle, et André Pertuzio prennent le contrôle de la Corporation de la faculté de droit de Paris (la « Corpo » de droit) pour en faire un bloc d'opposition à l'Association générale d'entraide aux étudiants de Paris, d'inspiration allemande.
À la Sorbonne, François Lescure, étudiant en lettres, dirigeant clandestin de l'union des étudiants communistes et délégué en zone occupée de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), exige la « démobilisation rapide, la sortie de camps de jeunesse et des sessions de rattrapage » pour les étudiants. Par-delà les clivages idéologiques, il noue des contacts parmi les étudiants nationaux de la faculté de droit, en particulier Ebstein-Langevin dont il est proche, et avec Claude Bellanger, fondateur en octobre 1940 du groupe de résistance Maintenir (qui fusionnera avec l'OCM en 1941).
Plusieurs lycées parisiens connaissent un début d’agitation patriotique. À Louis-le-Grand, le 29 octobre, un soldat allemand en visite dans les locaux est conspué. Au lycée Buffon, Raymond Burgard, professeur de lettres, fondateur en septembre 1940 du réseau Valmy, distribue largement sa feuille clandestine dans l’établissement, appelant ses élèves à refuser l’asservissement et à manifester leur rejet du nazisme. Il encourage les élèves à participer à la manifestation du 11 novembre. Son fils sera arrêté le 11 novembre, puis relâché.
Au lycée Janson-de-Sailly, Henri Lablénie, autre professeur de lettres, lance, avec son épouse et un groupe de lycéens, Notre droit, publication s’adressant à la jeunesse et se présentant sous la forme d’un recueil de maximes anti-allemandes et anti-vichystes. Distribué dans les lycées parisiens, son premier numéro contribue beaucoup à la mobilisation pour la manifestation des lycéens du 11 novembre 1940.
Le changement de la date de la cérémonie
La question de la commémoration du 11 novembre, traditionnelle et extrêmement importante depuis 1920, pose problème aux autorités allemandes. Le haut commandement allemand, s’adressant à la fois au préfet de police et au recteur de Paris, M. Roussy, leur fait sèchement savoir qu’est « prohibée sous toutes ses formes l’expression d’un souvenir insultant pour le Reich et attentatoire à l’honneur de la Wehrmacht ». Face à cet oukase, les autorités françaises se soumettent aussitôt.
Le 26 octobre, le secrétaire d'État à l'Instruction publique, Georges Ripert, informe les recteurs que le 11 novembre, qui est férié depuis 1922, sera un jour travaillé ordinaire. Il souhaite tout de même des cérémonies discrètes dans les établissements. La crainte d’un mouvement des étudiants et des lycéens se propage d’échelon en échelon dans les administrations de l’Instruction publique. La lecture d'une circulaire interdisant les manifestations et commémorations est faite par les recteurs d'université et les proviseurs, annonçant indirectement aux jeunes qu'il y avait une tension sur le sujet. L'information fuite jusqu'aux oreilles d'étudiants et lycéens qui n'entendent pas se laisser dicter leur conduite.
Le gouvernement de Vichy déclare que les morts de la Grande Guerre seront finalement commémorés le 1er novembre, jour de la Toussaint. Spontanément, dans un Paris où le sentiment anti-allemand se développe, 20 000 personnes passent déposer à l'Arc de Triomphe près de 500 bouquets le 1er novembre.
Dans les jours précédant le 11 novembre, plusieurs incidents sont signalés entre des étudiants et des soldats allemands à l'université ou dans des cafés. Des incidents lors de la projection des actualités dans les cinémas occasionnent la fermeture de vingt-six salles à partir du 4 novembre. Le 6 novembre, une violente bagarre entre étudiants et soldats allemands se produit au café d’Harcourt, situé boulevard Saint-Michel. Une dizaine d’étudiants provoquent des soldats allemands attablés autour d’une bière et bien éméchés. Ils prennent le dessus et les Allemands doivent sortir de l’établissement amochés et débraillés sous les rires et les bravos des passants. À la suite de cette humiliation, les autorités d’occupation décident la fermeture du café d'Harcourt, de même que les étages des cafés Dupont et Capoulade.
Dès le début du mois de novembre, le recteur de l'académie de Paris, Gustave Roussy, a connaissance des projets de manifestation : « 5 novembre […] je réunis les doyens et le directeur de l’enseignement. On parle du 11 novembre et je donne les renseignements que j’ai sur les manifestations qui seraient projetées par les étudiants à l’Arc de Triomphe […] À 16 h 30 je reçois dans mon cabinet M. Meyer du service des Renseignements Généraux de la Préfecture de Police. Il me donne des indications sur la manifestation projetée à l’Étoile. »