Le Manaslu (népalais : मनास्लु) est une montagne située au Népal, dans la chaîne de l'Himalaya. Avec une altitude de 8 163 mètres, il est le huitième sommet le plus haut du monde.
Les Britanniques le représentent sur les cartes au milieu du XIXe siècle puis, à la suite de l'ouverture des frontières du Népal en 1950, ce sont les premiers à évaluer les difficultés de son relief pyramidal. Toutefois, le Japon lance cinq expéditions consécutives au cours de cette décennie et, le 9 mai 1956, Toshio Imanishi et le sherpa Gyalzen Norbu parviennent à atteindre son sommet par le versant nord-est, suivis de deux de leurs équipiers deux jours plus tard. Aucune autre expédition n'est lancée avant les années 1970. En 1971, une nouvelle expédition japonaise ouvre une voie le long de l'arête occidentale. L'Italien Reinhold Messner, au sein d'une expédition autrichienne, parvient au sommet sans apport artificiel d'oxygène et par la face sud-ouest en 1972. En 1974, une expédition féminine réussit la première ascension d'un sommet de plus de 8 000 mètres. L'ascension hivernale est réussie en 1984 par des Polonais. En tout, neuf voies sont ouvertes dans la montagne. Il est considéré comme l'un des 8 000 les plus dangereux.
Un circuit de grande randonnée long de 177 kilomètres a été développé autour de la montagne, au sein des territoires d'ethnies d'origine principalement tibétaine. Le bassin versant oriental de la montagne est protégé dans la zone de conservation du Manaslu qui a justement pour objectif de promouvoir l'écotourisme.
Le nom Manaslu vient du sanskrit manasá qui signifie « intellect », « pensée », « âme » et peut être interprété comme la « montagne de l'Esprit ». En tibétain, le sommet est appelé Kutan(g) I, nom dérivé du mot tang ou kang désignant un endroit plat. Au milieu du XIXe siècle, le Great Trigonometric Survey lui attribue le nom de « pic XXX ». Selon David Snellgrove, les Tibétains le désignent sous le nom de Pung-gyen, qui est le dieu résidant à son sommet.
Le Manaslu se situe dans le centre nord du Népal, dans la province de Gandaki Pradesh, à la limite des comités de développement villageois de Dharapani et de Thoche dans le district de Manang, à l'ouest, et de Samagaun dans celui de Gorkha, à l'est. Il culmine à 8 163 mètres d'altitude dans le Mansiri Himal, un massif de l'Himalaya, ce qui en fait le huitième plus haut sommet au monde. Il se trouve à 17 kilomètres de la frontière chinoise et en particulier de la région autonome du Tibet, à 120 kilomètres au nord-ouest de Katmandou, la capitale du pays, et à près de 800 kilomètres au nord-nord-ouest de Calcutta et du golfe du Bengale. Le sommet de plus de 8 000 mètres d'altitude le plus proche est l'Annapurna (8 091 m) à environ 75 kilomètres à l'ouest tandis que le sommet plus élevé le plus proche est le Dhaulagiri (8 167 m) à un peu plus de 100 kilomètres, également à l'ouest. Le Manaslu a une hauteur de culminance de 3 092 mètres. Le Ngadi Chuli (7 871 m), autre sommet du Mansiri Himal, est à cinq kilomètres au sud.
Le Manaslu est un pic pyramidal dont les faces sont orientées au nord-ouest, au nord-est, au sud-est et au sud-ouest. L'arête orientale porte une cime secondaire, culminant à 7 992 mètres d'altitude à 500 mètres au nord-est de la cime principale ; à environ 4 000 mètres au nord-nord-est du sommet, sur l'arête septentrionale, s'élève une cime à 6 994 mètres d'altitude. La face Nord-Est abrite le glacier Manaslu qui alimente le lac glaciaire Birandra (Birandra-Tal), la face Sud-Est donne naissance au glacier Pung-gyen et le glacier Thulagi s'épanche sur la face Sud-Ouest pour alimenter le lac Duna (Duna-Tal) ; la face Nord-Ouest, dans la haute vallée de Domen Khola, est couverte dans sa partie supérieure de corniches de glace. La moitié occidentale de la montagne appartient au bassin versant de la Marsyangdi, limitrophe du massif des Annapurnas, et la moitié orientale à celui du Buri Gandaki.
L'Himalaya s'est formé au cours de l'orogenèse alpine. La convergence de la plaque indienne vers la plaque eurasienne a contribué à la fermeture de la Téthys à partir de l'Éocène, il y a environ 50 millions d'années, et s'est soldée par la collision des masses continentales du sous-continent indien avec le reste du continent asiatique.
Le Manaslu est constitué de leucogranite du Miocène formé par un laccolite vieux de 23 à 19 voire 18 Ma. Celui-ci s'étend avec une forme lenticulaire sur une soixantaine de kilomètres au nord-nord-est de la montagne pour une épaisseur d'environ dix kilomètres dans sa partie centrale. C'est l'un des douze plutons identifiés dans le haut Himalaya. Sur son versant septentrional jusqu'au col Naike, ainsi que dans la partie inférieure de son versant occidental, il a conservé une couverture sédimentaire à base de calcaires métamorphisés du Paléozoïque inférieur.
Les précipitations annuelles moyennes dans la région du Manaslu sont de l'ordre de 1 900 millimètres et se produisent pour les trois quarts durant la mousson, de juin à septembre, alors que l'automne et l'hiver sont plus secs. La limite des neiges éternelles se trouve aux alentours de 5 000 mètres d'altitude. Au-delà, les températures restent en permanence inférieures à 0 °C, voire largement négatives au sommet. Au fond des vallées au pied de la montagne, les chutes de neige surviennent de décembre à mai et la température annuelle moyenne est comprise entre 6 et 10 °C. Les zones les plus élevées sont globalement plus ensoleillées que les vallées au sud.
Le pied de la montagne se situe dans des vallées à environ 3 500 mètres d'altitude, au cœur de l'étage subalpin. Entre 4 000 et 5 000 mètres se situe l'étage alpin, composé de prairies d'altitude. Au-delà de cette altitude, il s'agit de l'étage nival.
Dans la zone de conservation du Manaslu, 33 espèces de mammifères, 110 espèces d'oiseaux, 11 espèces de papillons et 3 espèces de reptiles ont été recensées. Les mammifères comprennent le Léopard des neiges (Panthera uncia), le Lynx boréal (Lynx lynx), l'Ours noir d'Asie (Ursus thibetanus), le Loup gris (Canis lupus), le Cuon d'Asie (Cuon alpinus), le Macaque d'Assam (Macaca assamensis), le Porte-musc de l'Himalaya (Moschus leucogaster), le Grand bharal (Pseudois nayaur), le Tahr de l'Himalaya (Hemitragus jemlahicus), le Saro d'Indochine (Capricornis milneedwardsii), le Goral de l'Himalaya (Nemorhaedus goral), le Lièvre laineux (Lepus oiostolus), le Pika de Royle (Ochotona roylei), le Pika à lèvres noires (Ochotona curzoniae) et plusieurs représentants de rhinolophes. Peu de ces espèces parviennent à survivre à l'étage alpin. Parmi les oiseaux figurent l'Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Vautour fauve (Gyps fulvus), le Vautour de l'Himalaya (Gyps himalayensis), l'Ithagine ensanglanté (Ithaginis cruentus), le Lophophore resplendissant (Lophophorus impejanus), le Faisan leucomèle (Lophura leucomelanos), l'Eulophe koklass (Pucrasia macrolopha), le Tétraogalle de l'Himalaya (Tetraogallus himalayensis), le Tétraogalle du Tibet (Tetraogallus tibetanus) et le Tragopan satyre (Tragopan satyra).
Le Manaslu se trouve dans une région de haute altitude, peu peuplée, au carrefour traditionnel des territoires des Bhotia (ou Bhotiya) au nord-est, des Tamang au sud-ouest et dans la vallée de Tsum et des Pahari qui occupent un corridor formé par la moyenne vallée de la Buri Gandaki. Les Bhotias sont un groupe tibéto-birman, dont le nom issu de both signifie « du Tibet ». Les tribus présentes à Samagaun, Bihi, Prok et Lho sont plus particulièrement des Nubri. Ils produisent des fruits et des céréales pendant la saison estivale et élèvent quelques animaux, pratiquent une forme de bouddhisme qui leur est propre et ont construit de nombreux monastères et stūpas. Les Tamang sont également d'origine tibéto-birmane et leur nom signifie « guerrier à cheval ». Les tribus présentes dans la région sont plus particulièrement des Tsumba (ou Tsum). Ils sont bouddhistes mais avec un fort syncrétisme avec des influences bön et chamaniques. Les Pahari (Pahadi ou Parbati) sont un groupe indo-aryen pratiquant essentiellement l'hindouisme.