Malcolm Lowry, né le 28 juillet 1909 à New Brighton (en), en Angleterre et mort le 27 juin 1957 à Chalvington with Ripe (en), dans le Sussex, est un poète et romancier britannique.
Les années de jeunesse (1909-1936)
Né dans le Cheshire, près de Liverpool, Malcolm Lowry fait ses études à la Leys School et à St Catharine's College à Cambridge. Au moment où il obtient son diplôme en 1931, les obsessions jumelles de l’alcool et de la littérature, qui vont dominer sa vie, sont déjà bien en place. Lowry a déjà beaucoup voyagé, ayant navigué en Extrême-Orient comme mousse sur le Pyrrhus, un navire de la marine marchande, entre le lycée et l’université (1927), et ayant visité l’Amérique et l’Allemagne pendant ses vacances.
Après Cambridge, Lowry habite brièvement à Londres, où il côtoie les milieux littéraires sans véritablement s'y intégrer ; il croise, entre autres, le poète Dylan Thomas. C'est à cette époque qu'il publie son premier roman, Ultramarine (1933), fortement inspiré par son voyage en Extrême-Orient. Lors d'un voyage à Grenade (Espagne), il rencontre Jan Gabrial, actrice et romancière américaine peu connue, qui deviendra sa femme et l'héroïne Yvonne de son roman Au-dessous du volcan (Under the Volcano). Lors de leur voyage en France, le couple se marie le 6 janvier 1934 à la mairie du 14e arrondissement de Paris. Peu après, Lowry rencontre Jean Cocteau qui l'invite à la première de La Machine infernale. L'union de Malcolm Lowry et de Jan Gabrial est une aventure en soi, leur relation vire à l'aigre principalement à cause du penchant de Lowry pour l'alcool ; après une brouille, il la suit à New York, où il est admis à sa demande en 1936 à l’hôpital Bellevue après une dépression due à l’alcool. Cet épisode inspirera son récit Lunar Caustic.
La genèse de Under the Volcano (1936-1947)
Le couple va s’installer à Cuernavaca, au Mexique, à la fin de l’année 1936, dans l'espoir d'éviter une séparation définitive. C’est un échec ; fin 1937, Lowry qui est resté seul à Oaxaca, entre dans une autre période sombre marquée par l’abus d’alcool. Chassé du Mexique en 1938 en raison de sa conduite jugée scandaleuse, Lowry séjourne quelques mois à Los Angeles où il rencontre Margerie Bonner, ancienne starlette d'Hollywood, auteur de deux livres policiers à vocation alimentaire et aussi d'un roman Horse in the Sky. En 1940, il part s'établir au Canada, initialement pour échapper à la police américaine qui le recherche pour des violences commises sur la personne de sa secrétaire alors qu'il se trouvait dans un état d'éthylisme avancé. Rapidement rejoint par Margerie, il l'épouse en 1941, une fois prononcé son divorce d'avec Jan Gabrial. Réfugiés dans la banlieue de Vancouver, Malcolm et Margerie vivent et écrivent, souvent en étroite collaboration, dans une baraque près de Dollarton, au bord de la Burrard Inlet, baie connue pour sa grande beauté ; ce cadre idyllique est fréquemment évoqué dans les récits et poèmes de Lowry, notamment dans Au-dessous du volcan (Under the Volcano, 1947) où Yvonne rêve d'une nouvelle vie dans un paradis canadien, et dans les nouvelles publiées à titre posthume sous le titre Écoute notre voix, Ô Seigneur (Hear Us O Lord From Heaven Thy Dwelling Place, 1961).
Lowry met en chantier Au-dessous du volcan dès 1936. En 1940, une première version achevée du roman est refusée par tous les éditeurs auxquels Lowry la soumet ; il entreprend alors de remanier son ouvrage très en profondeur, avec le concours de Margerie dont l'influence sur le travail littéraire de son époux est indéniable, même si elle ne s'avère pas toujours très heureuse. Le manuscrit échappe de peu à la destruction en juin 1944 lors de l'incendie de la cabane alors occupée par les Lowry. En 1945-1946, Malcolm et Margerie décident de s'offrir des vacances au Mexique pour fêter la fin de leur labeur. C'est lors de leur séjour à Cuernavaca, sur les lieux mêmes où se déroule l'intrigue de Au-dessous du volcan, que Lowry reçoit une lettre de Jonathan Cape, son éditeur britannique, qui avait déjà publié Ultramarine : il est prêt à accepter le roman, mais recommande des changements importants. Ce sera l'occasion pour Lowry d'écrire une longue lettre d'explication (2 janvier 1946) qui permet de comprendre toute la complexité de ce roman et de mesurer la détermination de son auteur.
Malgré des débuts prometteurs, ce second séjour de Lowry au Mexique tourne mal lorsque le couple est contacté par les services mexicains de l'immigration qui exigent le paiement immédiat d'une amende contractée par Malcolm lors de son précédent séjour. Lowry refuse de céder à cette demande de pot-de-vin à peine déguisée, à la suite de quoi Margerie et lui sont définitivement expulsés du pays. (Ces événements tragi-comiques lui fourniront la trame de La Mordida, roman composé en 1946-1952 et publié à titre posthume en 1996). Les époux Lowry décident ensuite de passer l'hiver 1946-1947 en Haïti. Marqué par de nouvelles mésaventures, ce voyage haïtien, à l'issue duquel Malcolm sombre dans un état dépressif et doit faire un nouveau séjour en clinique psychiatrique, lui permet néanmoins de découvrir la culture vaudou très vivante aux Caraïbes ; on retrouve la trace de cette expérience dans Lunar Caustic, longue nouvelle publiée à titre posthume en 1963, et dans un épisode majeur de La Mordida.
Les dernières années : de la gloire au déclin (1947-1957)
En 1952, en raison du succès de librairie rencontré par Au-dessous du volcan, les maisons d'édition Harcourt Brace, puis Random House proposent à Lowry de signer un contrat en vue de la publication du vaste cycle romanesque intitulé The Voyage That Never Ends qu'il a entre-temps mis en chantier. Tout au long des années 1950, Lowry poursuit une intense activité littéraire ; il compose notamment trois romans, The Ordeal of Sigbjørn Wilderness, Sombre comme la tombe où repose mon ami (Dark as the Grave wherein my Friend is Laid) et En route vers l'île de Gabriola (October Ferry to Gabriola) (ces deux derniers ouvrages sont publiés à titre posthume en 1968 et en 1970 ; The Ordeal of Sigbjørn Wilderness demeure à ce jour inédit). Néanmoins, Lowry se montre incapable d'achever aucun de ces manuscrits, ce qui conduit Random House à suspendre son contrat en janvier 1954. Confronté à de graves difficultés financières, victime de problèmes de santé de plus en plus préoccupants en bonne partie causés par l'abus d'alcool, et hanté par la crainte de ne jamais parvenir à reproduire l'éclatant succès de Au-dessous du volcan, Lowry termine sa vie dans une semi-errance[pas clair]: il quitte définitivement Dollarton en août 1954 et se rend successivement à New York, en Sicile, à Londres et dans le Lake District où il séjourne au printemps de 1957.
Il meurt le 27 juin de la même année dans le village de Ripe, dans le Sussex de l'Est, à la suite d'une surdose de somnifères absorbés en état d'ébriété. Les circonstances de sa disparition demeurent mystérieuses ; au vu de son comportement autodestructeur, l'hypothèse du suicide ne peut être écartée, et le rôle joué par Margerie lors du décès de son mari n'a jamais été tout à fait élucidé. Quoi qu'il en soit, l'enquête diligentée par le coroner, comme il est de coutume au Royaume-Uni en cas de disparition suspecte, a conclu à une mort accidentelle.
Lowry a peu publié de son vivant, comparativement au nombre de manuscrits inachevés qu’il a laissés. Au-dessous du volcan (Under the Volcano) (1947) est unanimement considéré comme un chef-d’œuvre, et beaucoup s'accordent à y voir l’un des plus grands romans du xxe siècle. À la fois monument du modernisme tardif et précurseur du postmodernisme, ce texte illustre de manière éclatante la méthode d'écriture de Lowry, qui puise largement aux sources autobiographiques pour mieux transfigurer les souvenirs intimes grâce à de multiples allusions littéraires, philosophiques, mythologiques, cinématographiques et musicales, tissant une trame symbolique d'une grande densité[Interprétation personnelle ?]. L'aspect "moderne tardif" et postmoderne du roman se voit dans la manière dont le Consul déconstruit le désir mimétique de son frère Hugh et de son ami Laruelle pour sa femme Yvonne: exclu du triangle amoureux tel que défini par René Girard dans la littérature classique, le personnage principal en vient à être le héros tragique qui meurt et provoque la mort sans s'en rendre compte.