Les Magyars (en hongrois : magyar [ˈmɒɟɒɾ]) sont les personnes formant le peuple hongrois.
Le terme « Hongrois » désigne en français les citoyens de la Hongrie, quelles que soient leurs langues, origines et traditions culturelles. Le terme « Magyar », quant à lui, désigne un groupe ethnique, culturel et linguistique de langue hongroise ou proto-hongroise dont l'aire de distribution actuelle dépasse de loin les frontières de la Hongrie moderne, pour s'étendre dans la plupart des pays adjacents. Les minorités de langue hongroise présentes dans lesdits pays sont d'ailleurs souvent appelées « minorités magyares ». Le terme Magyar en français a aussi une forte connotation historique : les principaux ancêtres du peuple hongrois actuel, dont on sait peu de choses sinon qu'ils auraient migré à travers l'Asie centrale et la Russie pour s'établir sur le territoire de l'actuelle Hongrie et même au-delà en Europe centrale, sont appelés « Magyars » (au pluriel dans la langue hongroise : magyarok, prononcé [ˈmɒɟɒrok]). Cette distinction entre les deux termes, hongrois et magyar, n'existe pas en langue hongroise, puisque « hongrois » se dit magyar dans celle-ci.
Les premiers Magyars seraient donc originaires d'Asie centrale et, par des migrations successives d'est en ouest dans la steppe eurasienne, se sont d'abord établis dans l'Oural, ensuite au nord de la mer Noire dans la steppe pontique (pays d'Etelköz, actuelles Ukraine et Moldavie) et finalement en Europe centrale, dans le bassin du moyen-Danube où ils ont créé au IXe siècle le « pays magyar » (Magyarország) c'est-à-dire la Hongrie. Des controverses historiographiques récurrentes évoquent l'existence de « Magyars orientaux » (keleti Magyarok) dans le Caucase et en Asie centrale ; d'autres portent sur la date et l'antériorité des migrations des Magyars et des peuples germaniques, slaves ou romans voisins.
De nos jours, le qualificatif « magyar » est le plus souvent utilisé comme un ethnonyme pour désigner la catégorie ethnique dans son sens historique (avant la création de l'État hongrois) ou dans son sens socio-culturel, incluant les Magyars d'outre-frontières, à savoir les minorités de langue hongroise dans les pays frontaliers de la Hongrie. En hongrois, le qualificatif magyar est utilisé dans un sens politique, pour désigner tout ce qui est relatif à la Hongrie comme État-nation historique et moderne ; le qualificatif « pannonien » est également utilisé pour évoquer le périmètre de l'ancien royaume de Hongrie avant sa fondation, pendant son histoire et depuis sa fragmentation après la Première Guerre mondiale.
L'origine du mot « magyar » est peu connue. Parmi les théories les plus acceptées quoique non démontrées, il en est une selon laquelle parmi les sept tribus hongroises qui s'établirent dans le bassin du moyen-Danube, la tribu dirigeante se faisait appeler par l'autoethnonyme Megyer.
La première mention de l'ethnonyme magyar se trouve dans des chroniques arabo-persanes vers 870, sous la forme مجغرية maǧġirīya. Le nom propre apparenté Mogyer(i) se trouve en grec dès le VIe siècle sous la forme Μοῦγελ [muɣel] et vers 810-815 sous la forme Μουάγερι(ν) [muaɣeri].
Si le nom des Hongrois vient très probablement des Onoğurs, peuple turcophone du nord de la mer Noire que les tribus magyares rencontrèrent et assimilèrent au IXe siècle en Etelköz, à la veille de s'installer dans la grande plaine hongroise, il existe dans la plupart des langues d'Europe occidentale une ambiguïté datant du Moyen Âge : celle-ci affirme que « Hongrois » viendrait des Huns, et les noms hunniques tels qu'« Attila » (le plus grand des chefs hunniques) et « Réka » (une reine hunnique) sont d'ailleurs encore très populaires en Hongrie, bien que ces deux prénoms soient en fait d'origine gotique.
En français, « magyar » désigne généralement le peuple parlant hongrois quels que soient les pays où il vit, tandis que « hongrois » peut désigner soit les Magyars dans l'acception ethnique, historique et linguistique, soit les citoyens de la Hongrie quelles que soient leurs origines, cultures et langues, dans l'acception administrative et politique. Cette ambiguïté se retrouve dans de nombreuses langues d'Europe occidentale (allemand, espagnol, italien, etc.), mais aussi dans les pays frontaliers de la Hongrie, où se trouvent d'importantes minorités de langue hongroise. En outre, en roumain courant, « hongrois » (ungur, adjectif ungar ou unguresc) est un terme générique qui, outre les citoyens hongrois, englobe trois communautés de langue hongroise distinctes : les « Magyars » (maghiari, magyarok), les « Sicules » (secui, székelyek) et les « Csángós » (ceangăi, csángók), alors que dans les statistiques officielles, ces derniers sont séparés des deux premiers.
Jusqu'au VIe siècle av. J.-C. : départ de l'Est des montagnes de l'Oural
Des tribus finno-ougriennes sont installées depuis -4000 à l'est de l'Oural. Il s'agit essentiellement de chasseurs-cueilleurs.
Ces « Finno-Ougriens » (probablement les ancêtres des Finnois actuels aussi) s'installent dans la vallée de la Kama, à l'ouest des monts Oural autour de 3000 av. J.-C.. Les « Ougriens » (les ancêtres des Magyars) restent quant à eux à l'est de l'Oural dans les steppes boisées de Sibérie occidentale jusqu'en -2000 au moins. Les restes des lieux d'habitation trouvés sont d'ailleurs très proches de ceux découverts au nord-ouest du site de la culture d'Andronovo. À partir de 1500 av. J.-C., et grâce probablement à l'aide de tribus voisines, ils apprennent l'agriculture, la domestication du bétail et le travail du bronze, et s'orientent de plus en plus vers une culture équestre.
Des changements climatiques intervenus au début du Ier millénaire av. J.-C. déplacent le sous-groupe des Ougriens de l'Ob (« Ob-Ougriens ») plus en aval de la rivière Ob (vers 500 av. J.-C.), alors que ceux qui allaient devenir les Magyars (« Protomagyars ») restent plus au sud pour devenir des éleveurs nomades.
IVe siècle av. J.-C. - 830 : la Bachkirie et le khânat Khazar
Les Protomagyars migrent vers l'ouest des monts Oural entre les IVe et Ve siècles av. J.-C. et s'installent entre les montagnes et la Volga, en Bachkirie.
Au début du VIIIe siècle de l'ère chrétienne, les Protomagyars arrivent sur le Don. La présence de descendants des Protomagyars restés en Bachkirie est documentée jusqu'en 1241. De nombreuses références historiques assimilent d'ailleurs les Bachkirs et les Hongrois aux deux branches d'un même peuple. Les Bachkirs actuels sont pourtant très différents de leurs ethnonymes, ceux-ci ayant été largement décimés par les invasions mongoles (XIIIe siècle) et assimilés aux peuples turciques qui s'installèrent par la suite.
Les Proto-magyars de la région du Don sont des sujets du khanat khazar. Organisés en une confédération de sept tribus (Jenő, Kér, Keszi, Kürt-Gyarmat, Megyer, Nyék et Tarján), leurs voisins sont les « Proto-bulgares » et les Alains. Les Proto-Bulgares et les Magyars entretiennent de nombreuses relations en Khazarie, que ce soit dans l'alliance ou le conflit : Khazars et Proto-Bulgares ont transmis aux Magyars des éléments de leurs langues turciques. Le système à trois chefs (connus plus tard sous le nom de « kende » (chef sacral), « gyula » (chef de guerre) et « harka » (juge suprême (?)) date également de cette époque.
Les études génétiques récentes (2019-2022) confirment les indications historiques. Ainsi, les Magyars conquérants semblent former une population récemment constituée comprenant des composants purement européens, asiatiques et mélangés. Leurs lignées paternelles et maternelles hétérogènes indiquent une origine phylogéographique similaire chez les mâles et les femelles, dérivée de sources venant de l'Asie centrale et de la steppe pontique européenne. Une partie importante des lignées uniparentales des premiers conquérants peut être dérivée des régions de la Volga et de l'Oural et elles montrent une affinité avec la population de la culture Sargat (en) de l'âge du fer, ce qui suggère qu'elles n'ont qu'une interaction limitée avec la population locale du bassin des Carpates.