Magnus Hirschfeld, né le 14 mai 1868 à Kolberg (Pologne) et mort le 14 mai 1935 à Nice (France), est un médecin allemand.
Premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité, il fonde l'Institut de sexologie à Berlin ; il est un défenseur des minorités sexuelles, également fondateur du Comité scientifique et humanitaire et la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle et l'un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle. Hirschfeld est considéré comme l'un des sexologues les plus influents du XXe siècle. Il a notamment lutté contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175 du Code pénal allemand. En 1919, avec le psychiatre Arthur Kronfeld, il fonde à Berlin la première clinique transgenre au monde, l'institut de « Recherches sur le sexe ».
Magnus Hirschfeld est né en 1868 en Poméranie (depuis 1945, en Pologne) dans une famille juive ashkénaze et est le fils d'un médecin nommé Hermann Hirschfeld. Il a une sœur, Recha Tobias (qui mourra dans le ghetto et camp de concentration de Theresienstadt, en 1942).
Il fréquente l'école de la cathédrale de Kolberg, qui était à l'époque une école protestante.
De 1888 à 1892, il étudie à Breslau la linguistique comparée puis à Strasbourg la médecine et les sciences naturelles, à Munich, à Heidelberg, où il poursuit ses études en médecine tout en effectuant son service militaire, et enfin à Berlin pour rédiger sa thèse médicale sur les effets de la grippe sur le système nerveux, avec Rudolf Virchow et Emil Heinrich du Bois-Reymond comme examinateurs à son oral. Il obtient son doctorat en médecine.
Après ses études, Hirschfeld passe les deux années suivantes à parcourir le monde, à donner des conférences et à écrire des articles. Il séjourne longtemps dans les grandes villes de France, d'Algérie, du Maroc, d'Italie et des États-Unis. Pendant son séjour de huit mois aux États-Unis, Hirschfeld se rend à Chicago pour documenter l'Exposition mondiale colombienne pour un journal allemand. Il devient fasciné par la sous-culture homosexuelle de la ville, frappé par ses similitudes avec celle de Berlin. En conséquence, il commence à développer sa théorie sur l'universalité de l'homosexualité dans le monde ; il fait des recherches dans des livres et des articles de journaux sur l'existence de sous-cultures homosexuelles à Rio de Janeiro, Tanger et Tokyo, qui partagent toutes de nombreuses similitudes culturelles.
Puis, il ouvre en 1894 à Magdebourg un cabinet en naturopathie et médecine générale. Deux ans plus tard, il s'installe dans le quartier de Charlottenburg à Berlin.
Comité scientifique-humanitaire
Frappé par le nombre de ses patients homosexuels qui ont des Suizidalnarben (« cicatrices laissées par des tentatives de suicide »), et marqué toute sa vie par le suicide par désespoir et honte d'un jeune lieutenant homosexuel en 1896, qu'il soignait - incident catalyseur de sa carrière de sexologue et de militant des droits des homosexuels -, il se retrouve souvent à essayer de donner à ses patients une raison de vivre. Hirschfeld est également profondément affecté par le procès d'Oscar Wilde en 1895, auquel il fait souvent référence dans ses écrits.
En 1896, Hirschfeld publie sous le pseudonyme « Th. La Ramie » la brochure intitulée Sappho et Socrate, sur l'amour entre personnes de même sexe. La brochure soutient que l'homosexualité est un phénomène biologique naturel qui ne devrait pas être criminalisé, citant les mots de Friedrich Nietzsche : « Ce qui est naturel ne peut pas être immoral ».Le 15 mai 1897, il fonde dans son appartement de Charlottenburg avec l'éditeur Max Spohr, l'avocat Eduard Oberg, l'écrivain Franz Joseph von Bülow (de) et Adolf Brand, venu avec d'autres personnes de la revue Der Eigene, le Comité scientifique-humanitaire (WHK, en allemand : Wissenschaftlich-humanitäres Komitee), dont il prend la direction. Le comité sera la première organisation au monde ayant comme but la dépénalisation des relations de nature homosexuelle.
Ses membres espéraient obtenir l'abolition du paragraphe 175 inscrit dans le code pénal allemand depuis 1871 et qui prévoyait des peines de prison et la suspension des droits civils pour ceux convaincus de s'être livrés à des « actes sexuels contre nature […], que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux ». Selon le comité, cette loi était inacceptable du fait qu'elle encourageait des formes de chantage. Il recueille au fil des années de nombreuses signatures dans le cadre de campagnes de pétition. La devise du comité, « per scientiam ad justitiam » (la justice grâce à la connaissance), reflète la conviction de Hirschfeld qu'une meilleure compréhension de l'homosexualité mènera à la disparition de l'hostilité à son égard. Hirschfeld, qui luttera sans relâche pour cet objectif, devient un personnage public en Allemagne.
Afin de lutter pour cette dépénalisation, Hirschfeld reprend à son compte la théorie du « troisième sexe » développée par Karl Heinrich Ulrichs. Il avance l'idée de stades « intermédiaires sexuels » (en allemand, sexuelle Zwischenstufen) : une échelle allant, indépendamment du sexe biologique, de la masculinité à la féminité. L'homosexualité, considérée comme innée et comme une question, alors, d'ordre médical, ne pouvait être pénalement répréhensible.
Les positions de Hirschfeld ne font pas l'unanimité au sein du comité et des conflits apparaissent rapidement. Certains, comme Benedict Friedlaender (en), désapprouvent la comparaison que Hirschfeld fait entre homosexuels et handicapés. Ils estiment également que les « uraniens » ne sont pas nécessairement féminins. En 1903, une scission a lieu et certains, avec Adolf Brand, créent la Gemeinschaft der Eigenen (GdE) ou « communauté de l'unique » (à comprendre comme « communauté des gens singuliers »).
Hirschfeld fonde aussi en 1919 la première clinique transgenre au monde : l'Institut de Recherche sur le sexe à Berlin, qui fut plus tard détruit par des nazis qui entreprirent des autodafés avec la bibliothèque qui s'y trouvait. Ses écrits, conférences et ouvrages ont été d'une importance capitale pour la « révolution sexuelle » qui s'annonça au XXe siècle et ont eu une influence déterminante sur les travaux des scientifiques et chercheurs pionniers de la sexualité Wilhelm Reich et Alfred Kinsey.
Le médecin supervise aussi, en 1930, la toute première tentative au monde d'opération de changement de sexe, sur la Danoise Lili Elbe.
Combat contre le paragraphe 175
La pétition lancée par le comité pour l'abrogation du paragraphe 175 recueille plus de 5 000 signatures dont celles d'Albert Einstein, Sigmund Freud, Hermann Hesse, Richard von Krafft-Ebing, Thomas Mann, Stefan Zweig, Rainer Maria Rilke, Léon Tolstoï, Émile Zola, etc. Le projet de loi est déposé au Reichstag en 1898, mais il ne sera pas adopté car seule une minorité du parti social-démocrate le soutiendra. Hirschfeld, désappointé, remet le combat à plus tard en espérant pouvoir bénéficier de l'appui de parlementaires qu'il savait être homosexuels, notamment dans le SPD dont il était aussi membre.
L'idée portée par ce projet de loi continuera sa progression et, à la fin des années 1920, il sera sur le point d'être adopté ; mais la brutale montée du nazisme rendra cependant ce vote impossible.