Le terme mafia (ou maffia) désigne une organisation criminelle caractérisée par une direction collégiale occulte, qui orchestre ses activités à travers une stratégie d'infiltration tant dans la société civile que dans les institutions, qu'elles soient privées ou publiques. Un individu affilié à ce type d'organisation est communément désigné sous le terme de « mafieux », ou parfois de « mafioso », en référence à l'importance historique de la mafia italienne.
Le mot « mafia » possède une origine étymologique incertaine. Il serait originaire de Toscane, et est apparu au milieu du XIXe siècle en Sicile. À partir des années 1860, ce terme est attesté dans des documents officiels ainsi que dans les échanges entre fonctionnaires de l'époque. L'origine de l'expression « mafia » dans son sens criminel propre semble remonter à 1863, avec la représentation de la pièce de théâtre à succès I mafiusi de la Vicaria (it) de Giuseppe Rizzotto (it) et Gaspare Mosca.
Le terme est alors ambivalent et désigne à la fois un comportement machiste lié à l'honneur et une association criminelle proprement dite. De plus certains auteurs de l'époque auraient délibérément mis en avant le premier sens du terme afin de dissimuler l'existence d'une association criminelle aux yeux de leurs contemporains.
Naissance et origine de la mafia
Le terme « mafia » revêt une polysémie complexe. Dans son acception la plus générale, il englobe toute forme de crime organisé, qu'elle sévisse n'importe où dans le monde. Ainsi, on évoque les mafias sicilienne, napolitaine, calabraise, des Pouilles, marseillaise, algéro-marseillaise, américaine, russe, irlandaise, bulgare, polonaise, bosniaque, serbe, turque, albanaise, corse, chinoise, japonaise, marocaine, mexicaine, et autres. Cependant, son sens premier renvoie à l'organisation criminelle d'origine sicilienne, laquelle trouve ses racines en Sicile, où elle a pris naissance.
Il est possible que les racines de ces organisations mafieuses en Sicile remontent à la période de la conquête musulmane (IXe siècle), lorsque les princes chrétiens sont contraints de se retirer dans les régions boisées pour continuer à gouverner leurs terres en secret. Ces anciens princes chrétiens pourraient donc être à l'origine de ces sociétés dogmatiques. Cependant, peu de sources fiables sont en mesure d'étayer cette hypothèse.
La mafia trouve ses origines en Sicile, au XIXe siècle. Durant la première moitié de ce siècle, l'aristocratie cède graduellement la gestion des terres à la bourgeoisie. Cette transition s'est accompagnée d'une augmentation des taxes et de la confiscation des terres, autrefois destinées aux pauvres, qui ont été privatisées. L'adhésion de la Sicile à l'Italie en 1861 a exacerbé cette situation avec l'introduction de nouvelles taxes du Nord, rendant la situation insupportable pour de nombreux habitants. C'est dans ce climat de mécontentement social que la mafia a émergé.
Les membres initiaux de la mafia étaient souvent des déshérités, contraints à la mendicité ou au brigandage après avoir été chassés de leurs terres. Cependant, il y avait aussi une composante de riches propriétaires terriens qui expulsaient les paysans et rétribuaient les hommes de main pour percevoir des taxes et extorquer des fonds sans passer par les voies légales. Dans un contexte où la pauvreté touchait à la fois les classes inférieures et supérieures, les liens sociaux se resserraient. L'honneur et la parole donnée devenaient des valeurs cruciales, donnant naissance à l'idée de l'onorata società, (en français : « société des hommes d'honneur ») qui valorisait le silence et l'action. L'omertà, le code de silence, était ainsi consacré, exigeant de tout « homme d'honneur » de se taire plutôt que de trahir ses pairs.
La mafia est également associée à la figure du « parrain », le chef suprême de l'organisation, détenteur de richesses et prenant toutes les décisions. Le respect envers le parrain était une règle sacrée, tout manquement étant passible de mort. À ses débuts, la mafia était relativement structurée, avec un chef et des subordonnés, mais sa croissance s'est accélérée à mesure que la pauvreté s'est aggravée en Sicile à la fin du dix-neuvième siècle. Ce contexte de misère a favorisé la multiplication des « mafias », qui se sont organisées et ont rivalisé pour le contrôle des territoires et des revenus.
Le premier Parrain : « Don Vito » (1862-1943)
Vito Cascio Ferro est souvent considéré comme le premier véritable chef, ou « parrain », de la mafia sicilienne. Il a joué un rôle crucial dans la modernisation de l'organisation criminelle, notamment en introduisant le concept du « pizzo », un impôt sous forme de racket imposé à tous les commerçants locaux. Il était connu pour sa gestion centralisée, chapeautant tous les capi (en français : « chefs ») qui, à leur tour, supervisaient les hommes de main. Chaque capo était assisté d'un consigliere (conseiller) agissant comme bras droit. Surnommé « Don Vito », il était réputé pour sa direction intransigeante de l'organisation, même si cela impliquait des actions violentes et a causé de nombreuses pertes humaines au fil de sa vie. Il est également célèbre pour avoir inspiré le personnage de Don Vito Corleone dans le livre Le Parrain, partageant son surnom et son prénom. Le nom de famille « Corleone » est quant à lui une référence à un village sicilien réputé pour être un bastion de la mafia. Vito Cascio Ferro a également joué un rôle majeur dans l'exportation de la mafia aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.
La mafia sicilienne aux États-Unis
Les Siciliens démunis, fuyant la détresse de leur terre natale, découvrent aux États-Unis un sort similaire. Dans ce contexte, le terreau fertile pour les activités de la mafia se trouve propice. Ainsi, dès l'arrivée des premiers migrants siciliens, se met en place l'organisation connue sous le nom de Mano Nera (main noire). Cette entité criminelle déploie une tactique insidieuse consistant à envoyer des missives anonymes à d'autres Siciliens, exigeant une rançon sous peine de représailles mortelles, symbolisées par l'image d'une main gantée de noir. Étant confiné à cette communauté et celle-ci étant principalement défavorisée, les autorités américaines négligent ces affaires. Ce n'est qu'après la découverte d'un cadavre que l'attention des autorités est éveillée, bien que cela ne débouche généralement pas sur des actions concrètes. Ainsi, l'empire criminel de Don Vito se déploie de la Sicile jusqu'aux États-Unis, prospérant dans ces nouvelles contrées. Les signes de l'influence mafieuse se manifestent précocement partout où la population sicilienne est présente, à New York, mais également à Chicago, Los Angeles, voire à Kansas City.
L'émergence de la mafia en Sicile a marqué le début de son expansion rapide dans le Sud de l'Italie, une région qui a été souvent négligée et dominée par le Nord dès après l'unification de 1861.
Les organisations criminelles italiennes, communément appelées mafias, adoptent des appellations variées en fonction de leur territoire de domination :
Cosa nostra (ou mafia sicilienne) en Sicile. Celle-ci était jadis désignée sous le nom de « mafia », dont le sens fut ensuite élargi, et ce jusqu'à ce qu'un pentito (repenti) révèle qu'entre eux les mafieux siciliens utilisaient le terme de Cosa nostra (notre chose) ;
la 'Ndrangheta (ou mafia calabraise) en Calabre ;
la Camorra (ou mafia napolitaine) en Campanie ;