Madeleine Rebérioux, née Amoudruz le 8 septembre 1920 à Chambéry (Savoie) et morte le 7 février 2005 à Paris, est une historienne française spécialiste de Jean Jaurès et de la IIIe République.
Madeleine Amoudruz est la sœur de François Amoudruz et la belle-sœur de Serge Fischer, résistant.
Elle est premier prix d'histoire au concours général (1937), admise en 1941 à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, agrégée d'histoire (1945). Elle soutient une thèse de doctorat d'État sur travaux, intitulée Jaurès, la SFIO et la société française au tournant du siècle.
Le 10 août 1946, elle épouse le résistant communiste Jean Rebérioux, plus tard cofondateur du MRAP, avec lequel elle a quatre enfants, dont Vincent Rebérioux, vice-président de la Ligue des droits de l'homme.
De 1945 à 1961, elle enseigne dans le secondaire à Mulhouse, puis Montgeron et Saint-Maur-des-Fossés, au lycée Marcelin-Berthelot.
De 1962 à 1969, elle est assistante, puis maître-assistante à la Sorbonne, ensuite elle est nommée professeure à l'université de Vincennes, qu'elle a contribué à créer. C'est à Vincennes qu'elle crée avec Madame de Gaudemar la première formation des documentalistes pour les centres de documentation et d’information des établissements secondaires (CDI).
À partir de 1978, elle enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales.
Elle est vice-présidente de l'établissement public en vue de la création du musée d'Orsay de 1981 à 1988, dont le président est Jacques Rigaud. Dans ses mémoires, Michel Laclotte raconte qu'elle voulait mettre une locomotive au musée d'Orsay et que parlant, lors d'une réunion, de « produit culturel », un conservateur lui a répondu : « Madame, ici, nous parlons d'œuvre d'art ! ».
Après la Libération, en 1946, elle devient membre du Parti communiste. Elle est conseillère municipale de Mulhouse de 1948 à 1950. Au début de l'année 1956, elle s'enthousiasme pour la politique de déstalinisation de Nikita Khrouchtchev, mais déplore la répression de la révolution hongroise à la fin de la même année. En 1958, elle obtient le vote, par sa section, d'une résolution désapprouvant le procès et l'exécution d'Imre Nagy. Ses critiques continuant, Guy Ducoloné obtient en 1960 que la presse du Parti communiste ne publie plus ses articles. En 1969, elle est exclue du PCF pour avoir participé à la revue d'extrême gauche Politique aujourd'hui.
En 1957, elle anime le Comité de défense des libertés contre la guerre d'Algérie. En 1958, elle rejoint le comité Maurice Audin, créé l'année précédente. En mai 1960, elle devient membre du comité de rédaction de Vérité-Liberté, créé pour contourner la censure d’État sur la guerre d'Algérie. Son engagement anticolonialiste se poursuit en tant que membre active du comité pour la défense des libertés en Algérie. Elle signe en 1960 le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », pétition signée par des intellectuels de l'époque, et proteste contre les ratonnades du 17 octobre 1961.
De 1965 à 1969, elle est responsable du collectif universitaire intersyndical contre la guerre du Viêt Nam et organise un grand meeting 15 décembre 1966 avec les militants du lycée Turgot de Paris, parmi les premières réunions de sensibilisation de la jeunesse à la cause vietnamienne. De 1971 à 1975, elle est responsable du Front Solidarité Indochine.
Au service des droits de l'homme
Présidente de La Ligue des droits de l'homme
Elle rejoint en 1964 la Ligue des droits de l'homme, dont elle est présidente, première femme à occuper cette fonction, de 1991 à 1995. Lors du congrès d'Aubervilliers en 1993, elle met la « citoyenneté sociale » au cœur des débats. Cette année-là, elle préside la conférence de presse du lancement d'Agir ensemble contre le chômage (AC!). Bien après son mandat de présidente, elle reste une très active militante de la Ligue et sa présidente d'honneur.
Pour la paix et la non-violence
En décembre 2001, elle est à l'initiative du collectif « Trop, c'est trop ! » pour intervenir sur le conflit israélo-palestinien. Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.
Contre le négationnisme et les lois mémorielles
En février 1979, elle fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson.