Madame Simone, ou simplement Simone, dite Simone Le Bargy au théâtre, née Pauline Benda, est une comédienne et femme de lettres française, née le 3 avril 1877 à Paris 8e et morte le 17 octobre 1985 à Montgeron.
Figure du théâtre de boulevard dans la première moitié du XXe siècle, notamment associée aux pièces d'Henri Bernstein, elle succède à Sarah Bernhardt dans le rôle de L'Aiglon d'Edmond Rostand, puis crée en 1910 le rôle de la Faisane dans Chantecler du même auteur. À partir de 1930, elle développe également une œuvre de romancière, dramaturge et mémorialiste, couronnée en 1960 par le grand prix de littérature de l'Académie française. Membre du jury du prix Femina de 1935 jusqu'à sa mort, elle exerce également une importante activité de transmission de l'art dramatique à la radio et compte Jean-Laurent Cochet parmi ses élèves.
Origines, jeunesse et formation
Née en 1877 dans une famille de la bourgeoisie juive, alliée par sa grand-mère paternelle, née Emden, à la famille Reinach mais minée par la mésalliance de son père avec une danseuse, Pauline Benda est la petite-fille de Sigmund Benda et la cousine germaine de l’écrivain Julien Benda.
Très attachée à son père, Eugène Benda, qui meurt lorsqu’elle n'a que treize ans, Pauline Benda reste profondément marquée par cette disparition précoce. En 1960, Maurice Genevoix évoque « son amour pour un père trop tôt disparu » et en 1954, Émile Henriot décrit cette perte comme une « blessure ancienne » demeurée vive plus de soixante ans plus tard et rattache plus largement son œuvre romanesque aux tourments de son enfance. Hervé Bel relève également cet écho autobiographique dans son premier roman, Le Désordre (1930), dont l'héroïne reste elle aussi attachée à un père mort prématurément, au même mois que celui de Pauline Benda, et retourne auprès de sa tombe. Interrogée en 1961 par Madeleine Chapsal sur son enfance malheureuse, Madame Simone affirme n'en être jamais vraiment « sortie » ni « guérie ». Elle compare les souvenirs de cette période à « un crêpe tendu sur [son] existence » et estime que cette enfance a « teint[e] en deuil » toute sa vie.
Après ses études au lycée Racine, Pauline Benda s’inscrit, sans en informer sa mère, à la Sorbonne et suit au Collège de France les cours de psychologie expérimentale de Théodule Ribot, à la grande stupéfaction de ses camarades, tous garçons et apprentis médecins. Elle fréquente également un hôpital, ce qui scandalise sa mère, qui craint qu’une telle conduite ne compromette ses chances de mariage. Un compromis est finalement trouvé : Pauline peut continuer les enseignements théoriques de Ribot, mais doit renoncer à la pratique hospitalière et prendre des cours de diction.
Elle entre alors, à contrecœur, dans la classe de Charles Le Bargy, sociétaire de la Comédie-Française. Après l’avoir entendue réciter un poème de Lamartine, Le Tombeau d'une mère, celui-ci est vivement impressionné. Mme Benda l’invite à dîner et, six mois plus tard, en 1898, Pauline Benda épouse à l'église Saint-Philippe-du-Roule le comédien Charles Le Bargy (1858-1936), de presque vingt ans son aîné.
La vocation théâtrale de Pauline se précise à la suite d’un défi lancé par son mari : après avoir jugé sévèrement l’interprétation de Bartet dans le rôle de Camille, dans On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, elle s’entend répondre par Le Bargy : « Joue donc toi-même un peu, pour voir. ».
Trois semaines plus tard, en 1900, elle paraît au théâtre municipal de Reims dans ce même rôle. Craignant que les débuts de sa jeune épouse ne nuisent à sa réputation, Le Bargy la fait alors jouer sous le nom de « Pauline Prima ». Au baisser du rideau, il lui dit : « Retiens bien ceci : ou tu renonces à tes travaux sur les fous et deviens comédienne, ou tu es folle toi-même. ».
Avant de prendre sa décision, Pauline Benda sollicite l’avis de Sarah Bernhardt, qui l’auditionne dans sa loge alors qu’elle répète L’Aiglon. Après avoir entendu Pauline réciter un poème de Victor Hugo, Deux différentes manières d’aimer, Bernhardt répond à Le Bargy, qui lui demande si la jeune femme est douée : « Plus que vous. ». Rassurée sur ses aptitudes, Pauline se prépare à débuter à Paris en 1902. Toutefois, Le Bargy n'aime pas le prénom de Pauline. Il en cherche un autre qui fasse bien sur les affiches. Il hésite entre Christiane et Simone : finalement, il se décide pour Simone. Ce choix lui aurait été inspiré par les deux derniers vers du poème Simone d’Alfred de Musset : « Le plus difficile à trouver / N’est pas la plante, c’est Simone ». Pauline Benda se fait dès lors connaître sous le nom de Simone Le Bargy et le prénom de Pauline fut réservé à l'intimité.
Après une première apparition à Reims en 1900, elle fait ses débuts parisiens en 1902 sous le nom de Simone Le Bargy, grâce à Henry Bernstein, qu'elle avait auparavant aidé à regagner la France. Déclaré déserteur après avoir omis de rejoindre sa caserne pour retrouver sa maîtresse, la comédienne Suzanne Derval, le dramaturge s'était réfugié à Bruxelles. Ayant appris sa situation, Simone Le Bargy était intervenue en sa faveur auprès de l'avocat et homme politique René Viviani, qu'elle connaissait de longue date et qui avait obtenu son amnistie. En 1902, Bernstein lui confie son premier grand rôle sur une scène parisienne, celui de Jacqueline dans Le Détour, inaugurant une collaboration au cours de laquelle elle créera plusieurs autres de ses pièces. Selon l'historienne du théâtre Chantal Meyer-Plantureux, il est impossible de déterminer si ce choix relève de la reconnaissance envers la comédienne ou de l'admiration pour son talent. Madame Simone s'impose dès lors comme l'une des vedettes du théâtre de boulevard, associée aux succès de Bernstein, mais aussi aux œuvres d'Henry Bataille et de Georges de Porto-Riche. Ce répertoire, très prisé au début du siècle, connaîtra par la suite un profond déclassement critique, notamment après la Seconde Guerre mondiale.
Après avoir succédé à Sarah Bernhardt dans le rôle-titre de L'Aiglon d'Edmond Rostand, Madame Simone retrouve l'auteur en 1910 lors de la création de Chantecler. Le 7 février 1910, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, elle crée le rôle de la Faisane, grand rôle féminin de la pièce, aux côtés de Lucien Guitry dans le rôle-titre et de Jean Coquelin dans celui de Patou. La réception de son interprétation est toutefois contrastée. Dans la Revue des Deux Mondes, René Doumic, très sévère envers l'interprétation d'ensemble de Chantecler, estime que le rôle de la Faisane interprété par Simone « disparaît purement et simplement ». Henri de Régnier porte en revanche un jugement plus favorable sur son incarnation scénique : bien que critique envers le réalisme des costumes du spectacle, il distingue Simone et Félix Galipaux des autres interprètes, estimant qu'ils semblent « n'avoir jamais été autre chose que merle et faisane ».
En 1921, Madame Simone entre à la Comédie-Française comme pensionnaire, suivant ainsi les traces de Charles Le Bargy, qu'elle appelait « son sociétaire ». Son engagement, sollicité par Georges de Porto-Riche auprès de l'administrateur général Émile Fabre, est destiné à lui faire interpréter le rôle de Dominique Brienne dans une reprise du Passé. Dans la Revue des Deux Mondes, le critique René Doumic souligne le caractère personnel de son interprétation, marquée selon lui par l'intelligence et la nervosité, et rapporte que le public de la première lui réserve une ovation. Elle interprète également Armande dans Les Femmes savantes de Molière et à nouveau Camille dans On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset. Son séjour à la Comédie-Française, marqué par les chantages exercés par certaines comédiennes sociétaires, ne dure que huit mois et lui laisse un souvenir amer. Dans ses mémoires, elle évoque sa « hâte d'en terminer avec [son] bref séjour dans la Grande Maison ». Des années plus tard, elle retrouve la Comédie-Française, cette fois en tant qu'autrice, avec trois de ses pièces : Le Lever du soleil (1946), écrit avec François Porché, dont elle assure la mise en scène, En attendant l'aurore (1954), mis en scène par Julien Bertheau, et Un roi, deux dames et un valet (1958), écrit par François Porché d'après un récit de Simone, et mis en scène par Jacques Sereys.