Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, couramment appelée madame Guyon à partir de son mariage en 1664, est une mystique, catholique et laïque française, née le 13 avril 1648 à Montargis, et morte le 9 juin 1717 à Blois.
Du quiétisme de Miguel de Molinos, elle retient le « pur amour », un amour de Dieu désintéressé, c'est-à-dire non corrompu par la perspective d'une récompense, par un espoir de salut. Elle s'inscrit de façon plus large dans une filiation mystique dite quiétiste mais que l'on ne peut réduire à Molinos. Elle s'inscrit notamment dans la filiation du franciscanisme lié encore aux mystiques rhéno-flamands.
Très en vue dans la haute société parisienne, elle se constitue un cercle de disciples, notamment Fénelon. Elle dispense également son enseignement dans le pensionnat de Saint-Cyr, d'où madame de Maintenon finit par l'écarter.
Bossuet se montre d'abord indulgent. Puis, craignant une baisse de la pratique religieuse, ainsi qu'une perte d'autorité du clergé, il prend bientôt parti contre madame Guyon dans la querelle française du quiétisme. Les écrits de madame Guyon sont examinés en 1694 et 1695 lors des conférences d'Issy, qui s'achèvent sur une sévère condamnation du quiétisme. Madame Guyon est emprisonnée. Resté fidèle à son inspiratrice, Fénelon entre en lutte contre Bossuet, ce qui lui vaut sa disgrâce.
Au XXIe siècle, l'influence de Mme Guyon est assez peu sensible chez les catholiques. Elle se rencontre surtout en milieu protestant — principalement en Suisse, chez les piétistes d'Allemagne du Nord et chez les méthodistes anglo-américains. Les orthodoxes français lisent Mme Guyon en la comparant aux grands Pères de l'Église comme Isaac le Syrien, Jean Climaque ou Maxime le Confesseur.
Jeanne-Marie Bouvier naît le 13 avril 1648 à Montargis (bien qu'il y ait des doutes sur la date exacte) dans une famille de petite noblesse. Son père, Claude Bouvier, seigneur de La Motte et de Vergonville, est maître des requêtes. À 12 ans, Jeanne-Marie lit des romans précieux. À 13 ans, elle est marquée par la lecture d'œuvres de François de Sales, et par celle d'une vie de Jeanne de Chantal, qu'elle prend pour modèle. Elle est mariée à 16 ans au très riche Jacques Guyon du Chesnoy, issu de la famille Guyon, âgé de 38 ans. Elle connaît cinq grossesses, mais seuls trois fils et une fille atteignent l'âge adulte.
Après la disgrâce de Fouquet, la fille de celui-ci, Marie, duchesse de Béthune-Charost, arrive en exil à Montargis. Le père de madame Guyon lui loue un logis. La duchesse, très pieuse, très portée sur le mysticisme, exerce une influence décisive sur Jeanne-Marie.
À 19 ans, madame Guyon s’éveille à la vie intérieure en rencontrant le franciscain Archange Enguerrand, à qui elle fait part de ses difficultés à prier. « C'est, Madame, répond-il, que vous cherchez au-dehors ce que vous avez au-dedans. Accoutumez-vous à chercher Dieu dans votre cœur, et vous l'y trouverez. » Il lui fait rencontrer la mère Geneviève Granger, prieure des bénédictines de sa ville natale. Celle-ci la conseille. En mai ou juin 1671, madame Guyon fait la connaissance du père La Combe, un barnabite. Le 21 septembre, Geneviève Granger la présente à un disciple de Jean de Bernières, Jacques Bertot (de) (1622-1681), qui fut membre du cercle mystique normand de l'Ermitage de Caen, dirigé par Jean de Bernières. « Monsieur Bertot », devenu confesseur à l'abbaye de Montmartre, à Paris, va être pendant dix ans le directeur mystique de madame Guyon.
Jacques Guyon meurt en 1676. À 28 ans, Jeanne-Marie se trouve à la tête d'une belle fortune. Soucieuse de « travailler au salut de son prochain », elle demande conseil à plusieurs religieux.
En 1680, à Paris, elle rencontre Jean d'Arenthon d'Alex, l'évêque de Genève. Il lui fait connaître l'œuvre des Nouvelles Catholiques, qui éduque de jeunes protestantes converties. Madame Guyon accompagne des religieuses de cette communauté à Gex, où elles vont fonder un institut. On lui propose, dans la perspective d'une donation de sa part, d'en devenir la supérieure. Ayant confié ses deux fils à leur famille paternelle, elle n'emmène avec elle que sa fille Jeanne-Marie, âgée de six ans. En 1681, mise en garde par Archange Enguerrand sur les méthodes d'enlèvement et d'abjuration employées, madame Guyon finit par refuser d'accéder à la demande des Nouvelles Catholiques.
D'Arenthon désigne le père La Combe comme nouveau directeur de conscience de madame Guyon, en remplacement de Jacques Bertot qui vient de mourir. Avec La Combe, elle découvre que son propre rayonnement spirituel lui permet de « transmettre à d'autres quelque chose de son état intérieur ». Vécue sous la forme de prière silencieuse, transmise de cœur à cœur, une union spirituelle est possible : « J’apprenais son état tel que je le ressentais, puis incontinent je sentais qu’il était rentré dans l’état où Dieu le voulait… Peu à peu je fus réduite à ne lui parler qu'en silence. »
Elle se fait un ennemi en soustrayant une très jeune religieuse à l'emprise galante de l'abbé Garin, doyen de Gex. En 1682, elle est toujours à Gex. Sa fortune est convoitée à la fois par sa famille et par les Nouvelles Catholiques. Pour ne plus subir intrigues et pressions continuelles, pour avoir l'esprit en paix, elle se démet de la tutelle de ses enfants, ce qui la prive de la libre disposition de ses biens. Elle ne touche plus qu'une pension. En cas de décès des trois enfants, elle ne rentrerait pas en possession de sa fortune. D'Arenthon la met en demeure d'accepter le poste de supérieure des Nouvelles Catholiques, faute de quoi elle devra quitter Gex. La Combe refuse de faire pression sur elle. Tous deux sont dès lors victimes d'une campagne de calomnies menée par Garin et D'Arenthon.
À Thonon, elle séjourne deux ans au couvent des ursulines. Aidée de La Combe, elle fonde un hôpital. Elle commence à écrire. À la fin de l'année 1682, elle compose Les Torrents, « une sorte de poème théologique sur le thème du Pur Amour ». Elle reçoit de nombreux laïcs, clercs et chartreuses. À leur intention, elle compose son Moyen court et très facile pour l’oraison et ses Explications de la Bible.
En 1684, le Moyen court paraît anonymement à Grenoble. Il y provoque une grande émotion. Après un séjour à Turin, madame Guyon revient en France en 1685. À Grenoble, la foule se presse autour d'elle. Des rumeurs de sorcellerie et de fabrication de fausse monnaie sont propagées. Madame Guyon distribue le Moyen court dans trois couvents de chartreuses, non loin de la ville. Il y rencontre un grand succès. Les religieuses s'en inspirent pour modifier leurs pratiques de prière. Le général des chartreux Le Masson va bientôt s'en alarmer, au point qu'en 1692 il publiera un livre destiné à remplacer le Moyen court dans les couvents de son ordre.
En 1685, madame Guyon se rend à Marseille. Sa présence provoque des controverses. Des rumeurs calomnieuses circulent sur son compte. Elle embarque pour Gênes. Elle rejoint La Combe à Verceil (Vercelli). En 1686, elle y fonde un hôpital. Auprès de Ripa, évêque de Verceil, ainsi qu'à Turin, elle découvre le milieu quiétiste italien. Elle revient en France, s'arrête à Grenoble et à Dijon.
Âgée de trente-huit ans, madame Guyon arrive à Paris le 21 juillet 1686, pour reprendre la direction du cercle spirituel qui s’était formé autour du confesseur Jacques Bertot (de). Le demi-frère de madame Guyon, le père Dominique de La Motte, orchestre une campagne de calomnies. Jeanne-Marie est accusée de débauche et de quiétisme.
Le père La Combe est arrêté le 5 octobre 1687. Il est soupçonné d'être un hérétique et un ami de Miguel de Molinos, l'un des fondateurs du quiétisme. Le 20 novembre, 68 propositions de Molinos sont condamnées comme hérétiques par la constitution apostolique Caelestis Pastor d'Innocent XI. Le quiétisme est une méthode permettant « un contact étroit avec Dieu, jusqu'à communion totale ». Le but est de parvenir à « l'état d'oraison ». Pour l'atteindre, il convient de faire le vide autour de soi, en se montrant entièrement passif. On renonce par conséquent aux formes actives de la piété, comme la prière. On se montre indifférent à tout ce qui ne favorise pas le bonheur mystique, notamment aux moyens traditionnels de mériter le salut (« recherche de la perfection morale et pratique des sacrements »). Le quiétisme se distingue de la mystique traditionnelle en dédaignant « l'étape ascétique, la lutte contre les passions ».