Ce Jour-là

Médecins sans frontières

Organisation caritative privée à but humanitaire

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Médecins sans frontières (MSF) est une organisation non gouvernementale (ONG) médicale humanitaire internationale d'origine française fondée en 1971 à Paris. Elle porte assistance à des populations dont la vie ou la santé sont menacées, en cas de conflits armés, d'épidémies, de pandémies, de catastrophes naturelles ou d'exclusion des soins. Son bureau international siège à Genève. En 2023, l’ONG était active dans plus de 70 pays avec plus de 69 000 personnes sur le terrain. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 1999.

Au cours de la guerre civile nigériane de 1967 à 1970, l'armée nigériane avait formé un blocus autour de la région sud-est nouvellement indépendante du pays, le Biafra. À cette époque, la France était l'un des seuls pays à soutenir les Biafrais (le Royaume-Uni, l'Union soviétique et les États-Unis se rangeaient du côté du gouvernement nigérian), et les conditions du blocus étaient inconnues du monde. Un certain nombre de médecins français se sont portés volontaires auprès de la Croix-Rouge française pour travailler dans les hôpitaux et les centres d'alimentation du Biafra assiégé. Parmi eux se trouvait Bernard Kouchner, futur cofondateur de Médecins sans frontières, qui devint plus tard un homme politique français.

Après leur entrée dans le pays, les volontaires, en plus des agents de santé et des hôpitaux du Biafra, ont été les victimes d'attaques de l'armée nigériane et ont vu des civils se faire assassiner et mourir de faim à cause de ce blocus. Les médecins ont publiquement critiqué le gouvernement nigérian et la Croix-Rouge pour leur comportement apparemment complice. Ces médecins ont conclu qu'il fallait une nouvelle organisation humanitaire qui ignorerait les frontières politiques, religieuses et donnerait la priorité au bien-être des victimes.

Le Groupe d’intervention médicale et chirurgicale en urgence (GMCU) est créé en 1971 par des médecins français qui avaient travaillé au Biafra, pour apporter leur aide et souligner l'importance des droits des victimes sur la neutralité. Dans le même temps, Raymond Borel (en), rédacteur en chef de la revue médicale française Tonus, lance un groupe appelé « Secours médical français » en réponse au cyclone de Bhola de 1970, qui a tué au moins 300 000 personnes au Pakistan oriental (désormais le Bangladesh). Raymond Borel avait l'intention de recruter des médecins pour venir en aide aux victimes des catastrophes naturelles. Le 22 décembre 1971, les deux groupes de collègues fusionnent pour former Médecins sans frontières.

Les cofondateurs de MSF sont au nombre de treize :

Fondée dans le sillage de l'intervention de médecins français dans la petite enclave du Biafra au Nigéria, l'association effectue ensuite ses premières missions sous le nom de MSF au Bengladesh, juste après la guerre indo-pakistanaise en 1972, alors que de nombreux règlements de comptes armés opposaient les différentes factions.

Le Nicaragua a été en 1972, juste un an après la fondation, le premier pays où MSF est intervenue en son nom et non sous le couvert d'une organisation, afin de porter secours à la population après un tremblement de terre, au moment de la période de Noël, en envoyant onze médecins dans un Transall, trois jours après la mise en place d'une mission de secours par la Croix-Rouge.

Les 18 et 19 septembre 1974, l'ouragan Fifi a provoqué de graves inondations au Honduras et tué des milliers de personnes (les estimations varient). À la suite de cette catastrophe, MSF a mis en place sa première mission de secours médical à long terme.

MSF a effectué des chirurgies dans les hôpitaux de diverses villes du Liban durant neuf ans, 1976 à 1984. MSF s'est forgée pendant la guerre civile libanaise une réputation de neutralité et de volonté de travailler sous le feu. Tout au long de la guerre, MSF a soigné aussi bien les belligérants chrétiens que musulmans. En 1984, alors que la situation au Liban se détériorait davantage et que la sécurité des groupes humanitaires était réduite au minimum, MSF a retiré ses équipes du pays.

Le Cambodge et dissensions internes

Après l'élection de Claude Malhuret en 1978, en tant que secrétaire général du président Xavier Emmanuelli, des divergences d'opinion commencent à éclater dans l'ONG. Ils portent l'engagement politique de l'association, certains souhaitant associer le témoignage et la critique politique à la pratique de la médecine humanitaire, impliquant la professionnalisation de l’association.

Ces dissensions portent sur deux cas pratiques : premièrement sur les soins apportés, sans l'aval du comité de direction, à des détenues dans les prisons en Uruguay, au printemps 1978, peu avant la très contestée Coupe du monde 1978 en Argentine, en pleine dictature militaire. Par ailleurs, lors de l'« affaire du Cambodge », quand au printemps 1979, une partie de MSF vient au secours de boat-people et témoignent contre le régime des Khmers rouges.

Triste conséquence de la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, le cargo Hai Hong, rempli de boat-people, fait la une des journaux le 10 novembre 1978. Des dizaines d'artistes et intellectuels français lancent un appel dans Le Monde pour « Un bateau pour le Vietnam », afin d'apporter une aide médicale aux réfugiés. Sans obtenir le soutien de la majorité de MSF, une quinzaine de médecins dont Bernard Kouchner affrètent L'Île de Lumière pour secourir les boat-people en mer de Chine méridionale, avec à bord médecins, reporters et photographes. Le bateau quitte Nouméa le 1er avril 1979 et soignera près de 4 500 réfugiés pendant des mois. Cependant, cette opération indispose le président Xavier Emmanuelli, auteur d'une attaque violente dans Le Quotidien du médecin, titrée « Un bateau pour Saint-Germain-des-Prés », provoquant un premier débat à la direction de MSF dès mai 1979. Les quinze médecins présents sur le bateau fonderont Médecins du Monde, un an plus tard, en mars 1980, année où deux livres racontent l'aventure, celui de Kouchner et celui de son comparse Philippe Bernier.

Le 15 juin 1979, Jean-Yves Follezou et deux autres médecins français témoignent de la situation sanitaire toujours catastrophique (recrudescence de paludisme, tuberculose, charbon et peste), après quatre années de dénutrition et surmenage physique (douze à quinze heures de travail par jour dans certains cas) de la population cambodgienne, en appelant à un grand mouvement de solidarité, lors une conférence de presse à Paris, avec la création d'un « Comité français d'aide médicale et sanitaire à la population cambodgienne » (CFAMSPC), présidé par Follezou, par ailleurs militant au PCF. Claude Malhuret, invité à la conférence, y signale que MSF aurait souhaité se rendre au Cambodge mais n'a pas obtenu les autorisations nécessaires. Il estime qu'on ne « peut pas soigner en fermant les yeux » sur le fait que la population fuit vers la frontière mais l'association est divisée, le trésorier Raymond Borel rétorquant que MSF « fait de l'humanitaire, pas de la politique ». Le nouveau pouvoir vietnamien au Cambodge accepte finalement le projet « Survie Cambodge » lancée par la Croix-Rouge et l'Unicef : acheminer en six mois 165 000 tonnes de secours, par la mer. Dans le camp de Khao-I-Dang, Jacques Pinel passe un mois à moderniser la gestion des stocks de médicaments de MSF, permettant de les distribuer plus vite.

Dans l'émission Les Dossiers de l'écran du 27 novembre 1979 sur le thème : « Cambodge, un peuple assassiné », le député Alain Madelin, rentré le matin du Cambodge, déclare avoir vu des camions de riz prendre la direction du Vietnam et se demande pourquoi Heng Samrin, homme politique cambodgien, ex-commandant de division khmer rouge enfui au Viêt Nam en 1978 pour échapper aux purges, affirme n'avoir reçu que 4 039 tonnes d'aide occidentale alors que plus de vingt mille ont déjà été débarquées. Claude Malhuret est également cité dans le compte-rendu dans Le Monde, pour avoir interpellé brutalement le docteur Follezou, président du CFAMSPC, qui avait évoqué l'espoir d'une « renaissance » permise par l'aide, en lui demandant pourquoi les Cambodgiens pro-vietnamiens interdisent aux médecins qui ne sont pas « dans la ligne » de venir soigner les Khmers ?. Ce numéro des Dossiers de l'écran sera inclus dans leur chronologie des « Idées en France » par l'historienne Anne Simonin et la sociologue Hélène Clastres.

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