Luitpold ou Léopold de Bavière (en allemand : Luitpold von Bayern et en grec moderne : Λεοπόλδος της Βαυαρίας / Leopóldos tis Bavarías), prince puis prince-régent de Bavière, est né le 12 mars 1821 à Wurtzbourg et mort le 12 décembre 1912 à Munich. Après avoir été un temps l'héritier du trône de Grèce (1832-1844), il devient régent et héritier du royaume de Bavière (1886-1912). Sa régence est notamment marquée par le recul progressif des intérêts bavarois derrière ceux de l'Empire allemand.
Le prince Luitpold est le troisième fils du roi Louis Ier (1786-1868) et de son épouse Thérèse de Saxe-Hildburghausen (1792-1854). Ses frères aînés sont les rois Maximilien II de Bavière (1811-1864) et Othon Ier de Grèce (1815-1867).
Le 1er avril 1844, Luitpold épouse, à Florence, la princesse Auguste-Ferdinande de Habsbourg-Toscane (1825-1864), fille du grand-duc Léopold II de Toscane (1797-1870). De ce mariage naissent quatre enfants :
Louis III (1845-1921), régent puis roi de Bavière, qui épouse, en 1868, la princesse Marie-Thérèse de Modène (1849-1919) ;
Léopold de Bavière (1846-1930), prince de Bavière, qui épouse, en 1873, l'archiduchesse Gisèle d'Autriche (1856-1932) ;
Thérèse de Bavière (1850-1925), princesse de Bavière. C'est une voyageuse, chercheuse en botanique et docteur de plusieurs universités qui laisse son nom attaché à la découverte de nombreuses plantes ;
Arnulf de Bavière (1852-1907), prince de Bavière, qui épouse, en 1882, la princesse Thérèse de Liechtenstein (1850-1938).
En 1832, en raison de l'hellénophilie du roi Louis Ier, le traité de Londres donne la couronne de Grèce à son fils cadet, le prince Othon de Bavière, qui, à 17 ans, devient le roi Othon Ier de Grèce. Le traité reconnaît par ailleurs le prince Luitpold, troisième fils du roi, âgé de 11 ans, comme héritier du trône dans l'attente d'une naissance princière dans le foyer d'Othon. Le nouveau roi de Grèce n'ayant pas d'enfant, Luitpold ou son fils Louis semblent promis à lui succéder. Cependant, la Constitution adoptée par la Grèce en 1843 stipule que l'héritier du trône doit professer la religion orthodoxe. Or, ni Luitpold ni aucun des membres de sa Maison n'est prêt à abjurer le catholicisme. Cette situation aboutit à une crise successorale qui débouche sur la déposition d'Othon Ier et de son épouse Amélie d'Oldenbourg en 1862.
Alors que son frère aîné, promis au trône de Bavière, épouse en 1842 une princesse prussienne et protestante, le prince Luitpold épouse en 1844 une archiduchesse d'Autriche catholique, fille du grand-duc de Toscane. Le couple a quatre enfants. La princesse meurt en 1864 à l'âge de 39 ans.
En septembre 1846, Luitpold entreprend un grand voyage en Orient d'une durée de quatre mois. Après avoir traversé le Danube (via Galați) et la mer Noire, il arrive le 7 octobre à Constantinople, où il reste trois semaines, jusqu'au 27 octobre. Il séjourne alors à l'ambassade d'Autriche. L'interprète autrichien Theodor Ritter von Schwarzhuber, alors en poste à Constantinople, rédige un rapport de 40 pages sur le séjour de Luitpold dans la capitale ottomane.
En 1848, confronté à l'agitation de ses peuples, le roi Louis Ier renvoie sa maîtresse Lola Montez, abdique et se retire à Nice. Il y meurt en 1868. Son fils aîné lui succède sous le nom de Maximilien II. Il meurt en 1864, laissant le trône à son fils de 19 ans, qui règne sous le nom de Louis II.
En 1866, la Bavière prend parti pour l'Autriche dans le conflit qui l'oppose à la Prusse et se retrouve dans le camp des vaincus ; après la défaite, Luitpold entreprend de réorganiser l'armée bavaroise selon le modèle prussien, tandis que la Prusse impose à la Bavière un traité d'alliance. En vertu de ce traité, en 1870, à la suite de la déclaration de guerre de la France à la Prusse, la Bavière est contrainte de soutenir la Prusse. Le roi Louis II invite ses pairs à proclamer le roi de Prusse victorieux empereur allemand. Luitpold assiste avec son neveu Othon à la proclamation impériale à Versailles, le 18 janvier 1871.
Un projet de mariage du jeune roi avec une cousine d'une branche cadette, Sophie-Charlotte en Bavière, ayant fait long feu, il apparaît de plus en plus clair que le souverain restera célibataire et n'aura pas de descendance légitime. Son frère et héritier Othon, devenu fou, est reclus au palais de Fürstenried en 1872.
Entre-temps, très proche de sa sœur cadette la duchesse douairière de Modène qui lui survivra deux ans, le prince Luitpold a marié son fils aîné Louis à l'archiduchesse Marie-Thérèse, princesse de Modène, nièce de sa sœur. Le couple a eu un fils, Rupprecht de Bavière en 1869, aîné d'une nombreuse progéniture. En 1873, le second fils, Léopold, a épousé l'archiduchesse Gisèle d'Autriche, fille aînée de l'empereur François-Joseph Ier et de l'impératrice née Élisabeth en Bavière, tandis que la princesse Thérèse, fille du prince Luitpold, devient une scientifique reconnue.
En 1886, le roi Louis II, neveu de Luitpold, vit de plus en plus éloigné du monde, délaissant ses devoirs politiques et dilapidant les finances publiques dans la construction ruineuse de châteaux pharaoniques. Son frère et successeur, le prince Othon, est lui-même interné depuis 1872.
Le 10 juin 1886, Louis II est déclaré inapte à régner et interné dans un de ses châteaux ; la régence est alors confiée à Luitpold, héritier du trône après ses deux neveux. Cependant, Louis II est retrouvé mort dans le lac de Starnberg une semaine plus tard et Othon est proclamé roi ; mais lui aussi étant inapte à régner, Luitpold demeure régent.
Contrairement aux souverains qui l'ont précédé, Luitpold adopte un style de gouvernement largement représentatif et se tient généralement très en retrait des décisions politiques, de sorte que le gouvernement et le Parlement gagnent en puissance. Luitpold laisse la gestion du royaume en grande partie à ses ministres libéraux et favorables à l'Empire, sous la présidence de Johann von Lutz (jusqu'en 1890), Friedrich Krafft von Crailsheim (jusqu'en 1903) puis Clemens von Podewils-Dürniz (en) (jusqu'en 1912). Ainsi, Luitpold, bien que catholique lui-même, soutient également l'attitude anticléricale de Johann von Lutz et l'hostilité du gouvernement bavarois à l'égard de l'Église et du catholicisme politique, ce qui le conduit en 1890 à empêcher la tenue d'un congrès catholique à Munich.
Le régent anoblit le gouverneur de ses fils, Ferdinand Malaisé, en 1887 et le prêtre missionnaire Johann Baptist von Anzer en 1897.