Jesús Luis Ocaña Pernía, né le 9 juin 1945 à Priego (Espagne) et mort le 19 mai 1994 à Mont-de-Marsan, est un coureur cycliste espagnol. Professionnel de 1968 à 1977, il remporte 110 victoires, souvent dans des courses à étapes. Il remporte notamment le Tour de France 1973 et le Tour d'Espagne 1970 et est sacré à deux reprises champion d'Espagne sur route.
Après avoir passé son enfance en Espagne, Luis Ocaña immigre en France avec sa famille à Magnan dans le Gers en 1957. Il signe sa première licence de cyclisme à 16 ans, puis intègre le Stade montois cyclisme de Mont-de-Marsan. Il devient professionnel en 1968 au sein de la formation ibérique Fagor. Il effectue une première saison prometteuse, remportant le championnat d'Espagne. Il confirme son talent l'année suivante, puis s'impose en 1970 lors du Tour d'Espagne et remporte une étape sur le Tour de France. Il est le principal adversaire du grand favori Eddy Merckx lors du Tour de France 1971. Après une victoire mythique à Orcières Merlette, où il franchit la ligne d'arrivée avec 8'42 d'avance sur le groupe mené par Eddy Merckx, un petit peloton comprenant notamment Luis, Eddy Merckx, Joop Zoetemelk est pris dans un orage terrible dans la descente du col de Menté, et au moment de se relever, Luis est percuté par Joop Zoetemelk, le contraignant à abandonner alors qu'il est porteur du maillot jaune. Cette fin dramatique après avoir été le premier à mettre à mal Eddy Merckx marque l'histoire du cyclisme. Il obtient la consécration deux années plus tard sur le Tour de France 1973. Ocaña n'obtient plus de succès probants par la suite et termine sa carrière en 1977.
Sa carrière terminée, il devient directeur sportif sans grands succès. Il fait l'acquisition d'une exploitation agricole à Caupenne-d'Armagnac dans le Gers, mais subit de grosses pertes financières à la suite d'une forte grêle qui détruit son vignoble en 1983. Il est aussi consultant pour Antenne 2 et des radios espagnoles.
Victime de plusieurs accidents de voiture, il subit des transfusions sanguines, au cours desquelles il contracte une hépatite C qui provoque un cancer du foie. Se sachant condamné à brève échéance, il se suicide par arme à feu le 19 mai 1994.
Jesús Luis Ocaña Pernía naît le 9 juin 1945 à Priego en Nouvelle-Castille, entre Cuenca et Tolède, dans l'Espagne franquiste. Il est le fils aîné de Luis et Julia, il a quatre frères et deux sœurs, Amparo, Antonio, Marino décédé à deux mois, d'un autre frère prénommé également Marino, Marie-France et Michel. Il passe sa petite enfance dans le val d'Aran, dans le hameau de Vila à proximité du col du Portillon et de la frontière française, où son père a trouvé un travail de mineur. Il parcourt à pied sept kilomètres à travers champs afin de se rendre à l'école des Frères de la Saille, située à Vielha e Mijaran. Toute la famille Ocaña immigre en France en 1957 à Magnan dans le Gers où le père de Luis a trouvé un travail de bûcheron. Dans ce village qu'il trouvait « magnifiquement beau », il fréquente l'école communale. À 14 ans, il quitte l'école et devient apprenti dans une menuiserie chez Monsieur Ducos à Aire-sur-l'Adour. Luis apprend à faire de la bicyclette sur celle de sa cousine Carmen.
Passionné par la pratique du vélo, il travaille dans un magasin à Barcelonne-du-Gers pour se payer son premier vélo jaune marbré de marque Automoto, qui a équipé de grands coureurs comme Lucien Petit-Breton, Henri Pélissier ou Ottavio Bottecchia. Grâce à son patron menuisier, Ocaña signe à 16 ans sa première licence cycliste à l'Avenir aturin, société sportive à Aire-sur-l'Adour. Le jeune coureur a besoin d'un véritable vélo de course afin de participer aux compétitions. Le prix étant trop élevé, c'est Monsieur Ducos qui le finance moyennant un remboursement en cinq mensualités. Il signe sa licence sous le nom francisé de « Louis Ocagna » car la tilde sur le n de son nom n'existe pas dans les caractères d'imprimerie française. Ocaña remporte sa première victoire amateur le 1er avril 1962 lors du Grand Prix du Printemps à Mimizan. Après six victoires en 1962 et sept autres en 1963, il intègre le club de Mont-de-Marsan, portant un maillot jaune à épaulettes noires orné de la silhouette d'un petit écureuil. Le président du club Pierre Cescutti, dénicheur de talents, parle de Luis Ocaña en ces termes : « Sous ses allures de chien fou, j'ai vite repéré que le gamin avait un gros moteur. J'avais entre les mains un joyau, à la fois talentueux et fragile. ». En 1964, il s'impose pour la première fois sous ses nouvelles couleurs lors du Prix Martini à Mont-de-Marsan. Quelques jours plus tard, il l'emporte à Bagnères-de-Bigorre par une température en dessous de zéro, avec plus de six minutes d'avance sur le deuxième. L'année suivante, sa licence comporte le label « indépendant hors catégorie », ce qui lui permet de se confronter aux coureurs professionnels. En mai, il participe à la Course de côte du mont Faron, épreuve en contre-la-montre individuel, qu'il termine à la cinquième place à deux minutes du vainqueur, Jacques Anquetil. Il prend ensuite la deuxième place lors du Grand Prix de France, puis la septième place lors du Grand Prix des Nations.
Luis Ocaña continue de triompher dans la catégorie amateur les années suivantes, à Bretagne-de-Marsan, au Tour de la Bidassoa, au Tour du Béarn, au Tour du Roussillon et au Grand Prix des Nations amateurs. Ses bonnes performances le font connaître et le milieu cycliste lui donne le surnom de « l'Espagnol de Mont-de-Marsan ». Malgré ces bons résultats en amateur et en tant qu'indépendant chez les professionnels, aucune équipe française ne veut le faire signer. Il répond alors aux sollicitations de l'équipe espagnole Fagor, qui lui impose de conserver sa nationalité espagnole alors que des démarches pour une naturalisation française avaient été entamées. Il devient donc coureur professionnel pour un salaire mensuel de 15 000 pesetas (soit 1 200 francs) et abandonne son métier de menuisier ébéniste.
En 1968, pour sa première saison professionnelle, Ocaña remporte le GP Llodio devant son compatriote José Antonio Momeñe. Fin avril, il participe au Tour d'Espagne qu'il abandonne lors de la douzième étape. Il participe ensuite à son deuxième grand tour lors du Tour d'Italie. Ocaña fait partie de la bonne échappée lors de la dix-neuvième étape mais ne peut contester au sprint la victoire à l'Italien Luciano Dalla Bona. Lors de l'avant-dernière étape, il s'échappe à nouveau et franchit la ligne d'arrivée au sommet du Blockhaus de la Majella à la quatrième place. Il termine trente-deuxième au classement général de l'épreuve transalpine remportée par le Belge Eddy Merckx. Ocaña devient ensuite champion d'Espagne devant Antonio Gómez del Moral et Jesús Aranzabal. Le soir même, il offre son maillot sang et or à son père mourant. Ce dernier décède le 31 août alors que son fils participe pour la première fois aux championnats du monde à Imola en Italie. En septembre, Ocaña est troisième du Grand Prix des Nations à plus de quatre minutes du vainqueur, l'Italien Felice Gimondi. Il conclut sa saison par une cinquième place lors d'À travers Lausanne, avant de terminer troisième avec son compatriote Jesús Aranzabal au Trophée Baracchi, remporté par Felice Gimondi et Jacques Anquetil.
Confirmation de son talent (1969)
Luis Ocaña commence sa saison 1969 par une victoire à la Semaine catalane. Un mois plus tard, lors du Tour du Pays basque, malgré sa victoire lors de la troisième étape, il ne termine qu'à la sixième place du classement général final, remporté par le vétéran Jacques Anquetil à 35 ans. En avril, lors de la Vuelta 1969, il remporte le prologue inaugural de 6,5 kilomètres à Badajoz, ce qui lui permet de se parer du maillot jaune de leader du classement général. Il perd sa tunique, dès le lendemain, au profit du Britannique Michael Wright. Il parvient ensuite à suivre les favoris dans les étapes au profil accidenté. Il conclut l'épreuve par deux victoires en contre-la-montre individuel à Saint-Sébastien et à Bilbao. Cela lui permet de terminer à la deuxième place au classement général final, à une minute et cinquante-quatre secondes du vainqueur, Roger Pingeon. Ocaña remporte également le Grand Prix de la montagne. En juin, il prend à Nîmes, le départ du Grand Prix du Midi libre, épreuve courue en six étapes réparties sur quatre jours. Alors qu'il est troisième au classement général, à l'amorce de la dernière journée de course qui est scindée en deux étapes, sur la courte étape de 83 kilomètres entre Quillan et Font-Romeu, proposant plusieurs ascensions, Ocaña crée une échappée avant la montée du col de la Quillane. Les fuyards ne sont pas repris, il termine deuxième de l'étape et se pare du maillot de leader. Lors de la dernière étape menant à Perpignan, il conserve son avance et remporte le Grand Prix du Midi libre. Il devient leader de son équipe pour le Tour de France 1969 qui démarre de Roubaix et se présente avec un rôle d'outsider pour la victoire finale. Les espoirs d'Ocaña de bien figurer sur l'épreuve sont rapidement déçus. Lors du contre-la-montre par équipes à Woluwe-Saint-Pierre en Belgique, l'équipe Fagor termine onzième, à plus de cinq minutes de l'équipe victorieuse, la Faema. De plus, lors de la sixième étape menant au Ballon d'Alsace, Ocaña chute lourdement dans la descente du Grand Ballon. Blessé, couvert de pansements, il lutte pendant deux jours. Mais à bout de force, ne parvenant plus à suivre le rythme du peloton, il est contraint à l'abandon à Bas-Mornex, lors du deuxième tronçon de la huitième étape. Sélectionné afin de participer aux championnats du monde organisés à Zolder en Belgique, il manque la bonne échappée et ne parvient pas à faire un retour sur l'avant de la course, malgré une tentative sur plusieurs tours du circuit en compagnie du Français José Catieau et du Belge Roger Swerts. Le Néerlandais Harm Ottenbros l'emporte et se pare du maillot arc-en-ciel.