Le terme « Luftwaffe » (prononcé en allemand : [ˈlʊftvafə] ), littéralement « arme de l'air », est quelquefois improprement utilisé pour désigner les différentes armées de l'air de l'Allemagne au cours de son histoire. En réalité, du 20 novembre 1916 au 10 janvier 1920 (date d'entrée en vigueur du traité de Versailles et de leur dissolution officielle), les forces aériennes allemandes issues de différents services s'appelaient « Luftstreitkräfte ».
La première « Luftwaffe » exista du 1er mars 1935 au 8 mai 1945, dans la Wehrmacht du Troisième Reich. Lui succédèrent dans la République démocratique allemande (RDA), dans la Nationale Volksarmee, les « Luftstreitkräfte der Nationalen Volksarmee » (1er mars 1956 - 2 octobre 1990) et pour la République fédérale d'Allemagne (RFA), dans la Bundeswehr, une nouvelle « Luftwaffe » à partir du 9 janvier 1956. Cette dernière existe depuis 1991[réf. nécessaire].
Le précurseur de la Luftwaffe, le service aérien de l'armée allemande impériale, la Luftstreitkräfte, a été créé en 1910, un an après l'Aéronautique militaire française en 1909. La fondation de celle du Royaume-Uni, la Royal Flying Corps, eut lieu en 1912. À l'origine, comme les ballons utilisés dès la fin du XVIIIe siècle, lors des guerres de la Révolution française, puis pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, l'aviation devait n'être utilisée qu'en survol de reconnaissance des lignes ennemies.
Durant la Première Guerre mondiale, l'armée de l'air allemande utilisa une grande variété d'aéronefs : avions de reconnaissance (Aviatik et DFW), avions de bombardement (Gothaer Waggonfabrik, mieux connus sous le simple nom de Gotha, et Zeppelin-Staaken), avions de chasse (fabriqués par des usines Albatros Flugzeugwerke ou Fokker). Ce sont les derniers qui déchainent le plus les passions grâce aux « as » tels que Manfred von Richthofen, surnommé le « Diable rouge » par les Français, « Red Baron » par les Britanniques, Ernst Udet, Hermann Göring (le futur commandant en chef de la Luftwaffe), Oswald Boelcke (premier tacticien aérien du combat aérien dit tournoyant, ou « dogfight » expression anglaise signifiant « combat de chiens »), Werner Voss et Max Immelmann, premier pilote allemand décoré de la médaille Pour le Mérite, la distinction militaire allemande la plus importante à cette époque, qui lui est décernée, ainsi qu'à Oswald Boelcke, pour avoir abattu huit appareils ennemis. Pour cette raison, cette médaille est surnommée le « Max bleu » depuis lors. La Marine, comme l'Armée de terre allemande, utilisera aussi des dirigeables Zeppelin pour effectuer des missions de bombardement sur des cibles militaires et civiles en France, en Belgique et jusqu'au Royaume-Uni.
Jusqu'en 1918, tous les avions de l'armée allemande, ainsi que ceux de l'armée d'Autriche-Hongrie, portent l'insigne de la croix de fer, puis une croix formée de deux poutres droites (Balkenkreuz), un insigne qui devenu familier à l’époque du Troisième Reich. À la suite de l'armistice de 1918 et comme prévu par le traité de Versailles, l'armée de l'air allemande est dissoute, ses avions militaires, détruits.
Le traité de Versailles lui interdisant de posséder une armée de l'air, l'Allemagne entraîna en secret ses pilotes. Leur sélection et leur formation passaient par les écoles de l'aviation civile telle que celle de la Lufthansa. Comme il était loisible d'utiliser seulement des avions légers en territoire allemand, pour que les pilotes puissent acquérir de l'expérience avec les nouveaux avions de combat, l'Allemagne sollicita l'aide de l'URSS qui accepta en signant une clause secrète du traité de Rapallo (1922). Un aérodrome secret, établi à Lipetsk en 1924, resta opérationnel jusqu'à sa fermeture en 1933. Son école y utilise des avions d'entraînement néerlandais (Fokker), russes ainsi qu'allemands.
Bien que le traité d'armistice soit toujours en vigueur, le 26 février 1935, Adolf Hitler ordonne à Hermann Göring de rétablir la Luftwaffe. Ni la France ni le Royaume-Uni, ni la Société des Nations ne s'opposent à cette enfreinte au traité, ni aux autres, dans d'autres domaines d'ailleurs. Bien que la nouvelle Luftwaffe soit une organisation totalement indépendante de l'armée, elle continue la tradition d'attribuer des grades militaires à son personnel, comme en 2026 par la Bundesluftwaffe (c'est-à-dire, l'armée de l'air de la RFA). Le service aérien paramilitaire en vigueur avant la promulgation de la Luftwaffe portait le nom de Deutscher Luftverband (DLV), dont le chef était Ernst Udet. Ses membres portaient l'uniforme et l'insigne gardés sur l'uniforme de la Luftwaffe, bien que les noms des « grades » soient plus « civils » que militaires.
La Luftwaffe saisit l'occasion de d'évaluer l'efficacité de ses tactiques de combat et de ses appareils pendant la guerre d'Espagne de 1936-1939. La Légion Condor combat en Espagne pour y donner un appui aérien au forces nationalistes conduites par Francisco Franco contre le gouvernement républicain. Les machines, dont les noms sont devenus fameux, incluent notamment le Junkers Ju 87 « Stuka » (pour Sturzkampfflugzeug : avion de combat en piqué), spécialisé dans ce type de bombardement. Les Stukas disposent ainsi d'une meilleure précision que les appareils de bombardement en altitude. Le Messerschmitt Bf 109 est l'avion de chasse le plus fameux en Allemagne.
Comme armée de l'air attachée aux forces nationalistes de Franco, l'insigne de la Luftwaffe est remplacé sur le fuselage des avions pour donner l'illusion que l'Allemagne ne participe pas activement à la guerre civile espagnole. À sa place, la croix à barres droites apposée sur le fuselage est remplacée par un disque noir ; la croix gammée sur la dérive est remplacée par une sorte d'«X» noir sur fond blanc. Celle-ci apparaît ensuite sur les avions militaires espagnols, avec le disque noir remplacé par une cocarde (comme celle de l'Armée de l'air française), en rouge-jaune-rouge. Les avions de la Légion Condor sont affectés aux unités portant le numéro 88 ; par exemple, celles de bombardement sont assignées au Kampfgruppe (« groupe de bombardement ») 88 (KG/88) alors que celles de chasse sont assignées au Jagdgruppe (« groupe de chasse ») 88 (JG/88).
Les prémices du bombardement systématique des cités se manifestent le 26 avril 1937 lorsqu'une force de bombardement combinée d'avions espagnols, allemands et italiens détruit la ville basque de Guernica dans le Nord-Ouest de l'Espagne. La destruction de cette cible civile sans intérêt militaire ni stratégique frappe les esprits. Les opinions publiques et les états condamnent ce bombardement, dont la mémoire collective se maintient grâce à la peinture exécutée par l'artiste Pablo Picasso en art cubiste.
À cette époque, l'opinion publique craint que toutes les futures guerres comportent de tels bombardements[réf. nécessaire]. Le général italien Giulio Douhet (mort en 1930) a théorisé le rôle de l'avion militaire, ébauchant le concept de « bombardement stratégique ». Selon l'idée de Douhet : une nation peut détruire une autre en portant un coup pulvérisant les cibles industrielles par les bombardements aériens[réf. nécessaire]. L'effet est si foudroyant que le moral de la population civile plonge et que le gouvernement n'a pas d'autre choix que de solliciter la paix.
Cette théorie annonce ce qui se adviendra pendant la Seconde Guerre mondiale, qui se déclenchera quelques mois après la fin de la guerre civile en Espagne[pas clair]. La théorie du général Douhet retentit en Allemagne, au point que les escadres et les escadrilles de bombardement portent le préfixe Kampf (= combat), le bombardement étant alors considéré comme le combat par excellence[réf. nécessaire], les autres unités spécialisées de la Luftwaffe semblant être accessoires[réf. nécessaire].
Pendant l'été 1939, à la veille du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la Luftwaffe devient l'armée de l'air la plus puissante du monde[réf. nécessaire].
Elle aligne environ quatre mille avions[réf. nécessaire], dont 1 100 monomoteurs de chasse Messerschmitt Bf 109, 400 chasseurs-bombardiers bimoteurs Messerschmitt Bf 110, 1 100 bombardiers moyens Dornier Do 17, Junkers Ju 88 et Heinkel He 111, et 290 bombardiers en piqué Junkers Ju 87 (Stuka).