Lucien Tesnière, né le 13 mai 1893 à Mont-Saint-Aignan (Seine-Inférieure) et mort le 6 décembre 1954 à Montpellier (Hérault), est un linguiste français, considéré comme le fondateur de la grammaire de dépendance.
Maître de conférences à Strasbourg (1924), puis professeur de linguistique comparée à Montpellier (1937), il a publié des travaux sur les langues slaves, mais il est surtout connu pour sa théorie syntaxique originale, exposée dans son livre posthume Éléments de syntaxe structurale (1959), où il propose une formalisation des structures syntaxiques de la phrase, en s'appuyant sur des exemples tirés d'un grand nombre de langues.
En 1920, il est invité comme enseignant à l'université de Ljubljana ; il est en même temps directeur de l'Institut français. Il y rédige sa thèse sur la disparition du duel en slovène. Proche du poète slovène Oton Župančič, qui était président de l'Institut français, il le fait connaître en France en publiant en 1931 Oton Joupantchhitch, poète slovène. L'homme et l'œuvre.
Il épouse à Zagreb Jeanne Roulier, dont il a eu trois enfants. Elle a joué un rôle déterminant pour la publication posthume de ses Éléments de syntaxe structurelle.
Il a été élu membre correspondant de l'Académie slovène des sciences et des arts le 2 juin 1953.
Le modèle de Tesnière se base sur la distinction entre l'ordre linéaire et l'ordre structural de la phrase. L'ordre linéaire, monodimensionnel, est réalisé en discours et observable, alors que l'ordre structural est pluridimensionnel et caché. Dès les premières pages de son livre Éléments de syntaxe structurale, il cite la notion de innere Sprachform (Wilhelm von Humboldt) pour postuler qu'il existe une structure non-matérielle sous-tendant la structure visible d'un énoncé. Les transformationistes y reconnaîtront l'opposition entre structure profonde et structure de surface dans la grammaire générative.
Pour représenter l'ordre structural, Tesnière utilise une représentation graphique qu'il appelle stemma. Le stemma sert à visualiser des relations verticales et horizontales au sein des constructions syntaxiques.
Les stemmas de Tesnière (on lit parfois le pluriel stemmata) préfigurent les arbres syntaxiques de la grammaire générative, mais l'organisation des unités représentées correspond à des liens spécifiques qui ne figurent pas la structure de l'analyse en constituants immédiats.
Connexion: lien de dépendance entre un élément régissant (plus haut dans le stemma) et un élément subordonné (plus bas)
Jonction: relation entre deux éléments de fonction équivalente («coordination» de la grammaire traditionnelle)
Anaphore: relation sémantique entre deux éléments désignant la même réalité. Par exemple, dans le stemma présenté sur cette page, il y a un lien d'anaphore entre Pierre et son.
La notion de dépendance n'est pas définie à proprement parler par Lucien Tesnière. On cite généralement la définition de Paul Garde:
[T]oute relation syntaxique (entre morphèmes dans le mot, entre mots dans la phrase) s’établit entre deux termes dont l’un, subordonné, dépend de l’autre, principal. Le terme principal (s’il s’agit de mots, le mot principal) est celui qui contient l’information sur les rapports syntaxiques entre l’ensemble constitué par le principal et son subordonné et l’environnement de cet ensemble. (Garde 1981, 159-160)
La notion de nœud recouvre la notion de connexion. Le régissant et ses subordonnés constituent un nœud.
Structure générale de la phrase
La phrase exprime « un petit drame »
Selon Tesnière (1959: ch. 48), le verbe est le centre du «petit drame» qu'exprime la phrase. Selon cette conception, qui mêle sémantique et syntaxe, il est en relation avec des acteurs et des circonstances, qui sont exprimés respectivement par des actants et des circonstants. On retiendra les définitions de Tesnière
«Le verbe exprime le procès.» (ibid, §3)