Ce Jour-là

Lucien Bodard

Journaliste français

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Lucien Bodard, né le 9 janvier 1914 à Chongqing et mort le 2 mars 1998 à Paris, est un écrivain et journaliste français. Grand reporter à France-Soir, il reçoit le prix Goncourt en 1981 et le prix interallié en 1973.

Fils d'Albert Bodard et d'Anne-Marie Greffier, Lucien Bodard est né dans le Sichuan en République de Chine, où son père était consul à Chengdu. Son enfance a profondément marqué sa future vie d'écrivain :

« C'est un monde, un raisonnement particuliers, des mœurs différentes... Vous verrez... C'est un autre univers, complexe, riche. C'est une excellente matière romanesque, qui n'a cessé de nourrir mon inspiration… » explique-t-il à Jean-Luc Delblat qui part alors pour Saïgon et le rencontre pour un recueil d'entretiens, Le Métier d'écrire, qui paraîtra quatre ans avant sa mort.

Après ses dix premières années en Chine, il part avec sa mère pour la France pour intégrer l’École des Roches. Ses études le mèneront à un diplôme de sciences politiques. Durant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint l'Afrique du Nord, puis Londres en 1940.

Pendant la guerre d'Espagne, il est interné au camp de concentration de Miranda de Ebro.

En 1944 il commence sa carrière de journaliste au sein de la section presse-information du gouvernement provisoire et couvre l'actualité de l'Extrême-Orient. En 1946, il publie dans France-Illustration un article envisageant comme inéluctable la décolonisation en Afrique du Nord.

Repéré par Pierre Lazareff et Joseph Kessel, il devient alors grand reporter au sein de l'équipe du tout nouveau France-Soir qui tire alors à plus d'un million d'exemplaires avec sept éditions quotidiennes. Il est notamment correspondant de guerre en Indochine de 1948 à 1954, à Hong Kong, en Chine, en Afrique du Nord, et plus tard en Amérique du Sud.

Plongé dès son enfance dans les événements qui ont secoué l'Asie dans les années 1920-1940, il en tire une connaissance profonde de la réalité asiatique qu'il décrira dans La Chine de la douceur et La Chine du cauchemar, publiés en 1957 et 1961 dans la collection L'Air du temps, dirigée par Pierre Lazareff chez Gallimard :

« Quand j'étais reporter en Chine, au moment où j'ai vu s'établir le maoïsme, j'ai vu passer des masses de délégations et de littérateurs français qui étaient immédiatement subjugués. C'était une époque terrible, où Mao voulait enlever à l'homme son ego et exigeait des Russes qu'ils menacent d'employer la bombe atomique pour écarter la flotte américaine du détroit de Formose. J'ai ainsi écrit ces deux livres pour montrer qu'il suffisait qu'en Chine l'on resserrât les boulons pour que la douceur devînt un cauchemar ». Ces deux livres lui attirent les foudres du milieu intellectuel parisien alors fasciné par le maoïsme. L'ancien communiste Roger Vailland est l'un des rares à le soutenir à rebours :

« Je l'ai rencontré au bar Le Pont royal. Le soir, il y réunissait toute sa bande, et un jour il m'a abordé pour me parler de mes livres sur la Chine qui venaient de sortir : “J'ai aimé vos livres, m'a-t-il dit, je vous soutiendrai”. J'étais très critiqué par la gauche à cette époque-là. Ces deux livres avaient provoqué un tollé. J'étais l'infâme… (rires). Roger Vailland, qui avait été communiste, en était revenu. Il m'a alors promis qu'il écrirait un article pour me défendre. Mais, maintenant, cela ne pose plus de problèmes, tout le monde étant devenu de mon avis. » explique-t-il à Jean-Luc Delblat.

De là son regard incisif sur le premier conflit indochinois qu'il a couvert en tant que correspondant de presse. Lucien Bodard a eu ses entrées dans l'état-major du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, auprès de l'empereur Bảo Đại, mais aussi chez des acteurs de moindre envergure comme l'administrateur civil de Cao Bằng ou Deo Van Long, un chef tày du nord-ouest du Tonkin.

Sur la guerre d'Indochine, Lucien Bodard consacre une œuvre en trois tomes, dont le troisième, intitulé L'Aventure, décrit les deux années allant de l'arrivée de Jean de Lattre de Tassigny le 17 décembre 1950 après la déroute de Cao Bang à sa mort le 11 janvier 1952, deux ans avant la défaite de Dien Bien Phu signant la fin de la présence française en Indochine.

En 1969, il publie un livre sur l'extermination des tribus amazoniennes au Brésil qui fait grand bruit, Le Massacre des Indiens :

« La civilisation c'est la mort. Au siècle dernier, le génocide a fait place nette dans les immensités des prairies et des montagnes du Far West, ce qui a permis aux pionniers blancs de créer le plus formidable empire du monde. Maintenant on assiste au même phénomène dans les matos, les selvas et les serras du Brésil. Là aussi il s'agit de créer un des plus vastes États de l'univers. Les victimes ce sont toujours les Peaux-Rouges. »

Ce sera l'un de ses derniers grands reportages. À 56 ans, il décide de consacrer sa vie à une longue série de romans inspirés de sa carrière.

« Dans le journalisme, on est guidé par les événements, dans le roman, la liberté est immense. Je suis guidé par des instincts, des pulsions, des lambeaux de souvenirs. Et par des impressions, une certaine façon d'écrire. La difficulté, c'est de se repérer au milieu de tout cela. Tout l'art, c'est d'arriver à faire quelque chose de concis avec cette liberté, qui est abondante, plantureuse, et qu'il y ait une histoire et un style. Faire un livre, c'est un peu comme faire cuire un gâteau ! »

Monsieur le Consul, inspiré de la vie d'son père en Chine, lui vaut le prix Interallié en 1973. Dans Anne Marie, qui lui vaut le prix Goncourt en 1981, il évoque encore plus précisément la figure de sa mère et de Philippe Berthelot, diplomate éminent qui a lancé la carrière diplomatique de son père.

Le 12 décembre 1975, un débat oppose Han Suyin à Lucien Bodard, dans l'émission Apostrophes de Bernard Pivot. Han Suyin dénonce la fascination « schizophrène » de Lucien Bodard pour l'ancienne Chine, alors qu'elle loue le modèle économique du Grand Bond en avant, créé, selon elle, par de « vrais économistes » pour un pays sous-développé. Ils s'opposent également sur la personnalité de Mao Zedong, sur celle de l'empereur Puyi, sur le communisme et ses méthodes, la dictature du prolétariat.

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