Luchino Visconti di Modrone /luˈkiːno visˈkonti di moˈdroːne/, comte de Lonate Pozzolo, est un réalisateur de cinéma, directeur de théâtre, metteur en scène et écrivain italien, né le 2 novembre 1906 à Milan et mort le 17 mars 1976 à Rome.
Descendant de l'illustre maison Visconti qui régna sur Milan au Moyen Âge, Luchino Visconti met en scène pendant sa carrière 50 pièces de théâtre et 20 opéras à l'esthétique naturaliste et vériste. Il est considéré comme l'un des réalisateurs les plus importants du cinéma européen, ayant notamment contribué à fonder le néoréalisme italien avec le film Les Amants diaboliques (1943). Il est remarqué en France pour réunir Alain Delon, Annie Girardot et Claudia Cardinale dans le drame de la boxe Rocco et ses frères (1960). Plus tard, ses films sont principalement consacrés à des sujets tels que la beauté, la décadence, la mort et l'histoire européenne, et tout particulièrement le déclin de la noblesse et de la bourgeoisie, thème évoqué à plusieurs reprises dans ses films, comme dans Le Guépard (1963) avec sa fameuse réplique « il faut que tout change pour que rien ne change », ainsi que dans la trilogie allemande qui comprend Les Damnés (1969), Mort à Venise (1971) et Ludwig : Le Crépuscule des dieux (1973).
Luchino Visconti est le fils de Giuseppe Visconti di Modrone, duc de Grazzano Visconti (1879-1941), et de Carla Erba (née en 1879 et morte à Cortina d'Ampezzo le 17 janvier 1939).
« Je suis né, le 2 novembre 1906 à 8 heures du soir. On m'a dit plus tard qu'une heure après, le rideau de La Scala se levait pour une énième première de La Traviata » déclarait Visconti en 1963, né dans une famille tournée vers l'opéra, la musique, le théâtre et les arts. Son grand-père le duc Guido est un des financiers sauveurs du théâtre de La Scala, intime de Giuseppe Verdi. Son père Giuseppe Visconti, gère la société cosmétique Erba, écrit des pièces de théâtre et mécène des jeunes compagnies théâtrales. Son oncle Giovanni Visconti fonde la société Milano Films.
Sa mère Carla, née Erba est une bourgeoise héritière de la compagnie Erba. Elle donne des réceptions mondaines, des bals et diners où elle reçoit le mercredi, les artistes et la meilleure société milanaise dont le compositeur Giacomo Puccini dans leur hôtel particulier situé via Cerva, non loin du fameux théâtre où la famille Visconti a sa loge attitrée. Elle est portraiturée par Boldini, habillée par Mariano Fortuny. Luchino Visconti passe une partie de son enfance à jouer avec Wally, la fille du chef d'orchestre Arturo Toscanini, un ami intime de la famille. Il apprend le violoncelle. Et un précepteur lui apprend l'anglais et le français. Le jeudi, les enfants vont au cinéma et jouent au théâtre et au mélodrame à la maison sous la surveillance de la gouvernante. Visconti n'aura aucun diplôme scolaire. Il se passionne pour le théâtre et la littérature. La famille posséde aussi une grande villa de style néo-Renaissance au bord du lac de Côme, la villa Erba, à Cernobbio, où se retrouvait la famille pour les grandes vacances et de petits séjours et où le duc Guiseppe Visconti aimait à monter des pièces de théâtre en amateur.
Luchino Visconti lit avec avidité la littérature française, André Gide, Alain-Fournier et Marcel Proust.
En 1922, Wally Toscanini épouse le cousin de Luchino Visconti, le comte Emmanuele Castelbarco, peintre mondain et galeriste à Milan dont c'est le quatrième mariage. Ce mariage rejeté par Arturo Toscanini, sépare les deux familles.
Sans doute après la découverte des relations extra-conjugales homosexuelles de Guiseppe Visconti, Donna Carla rompt définitivement avec son mari, surnommé à Milan « Don Zizi », qui se maquillait de « poudre et mascara » pour paraître à La Scala. Après la séparation de ses parents en 1925, Luchino Visconti qui a 19 ans, « est d'une beauté à faire tomber le pain des mains » vit avec sa mère. La société Erba périclite, Carla Erba renonce à la vie mondaine.
Après avoir effectué son service militaire en 1926, il retrouve à Rome son père, qui est imprésario de théâtre.
Visconti s'achète une Lancia Spider. À l'automne 1929, il ordonne au chauffeur et jeune père de famille du château familial de l'accompagner. Visconti, au volant, rate le dépassement d'une charrette attelée dont une poutre dépasse et heurte de plein fouet la tête du passager qui meurt peu de temps après. Toute sa vie, Visconti versera une pension à la famille du chauffeur : « Aucun chatiment ne lui semble à la mesure de sa faute ».
Après cet évènement dramatique, Luchino Visconti se retire. Il crée comme son frère Luigi, une écurie et un élevage de chevaux de courses, mais aussi de chiens, de chats avec même l'acquisition d'un lion et d'un ours pendant cinq ans avant de quitter l'Italie pour l'Allemagne où il est fasciné par Siegfried et les démonstrations de force, puis il vient vivre à Paris. En 1932, son pur-sang Sanzio, participe au Prix de l'Arc de Triomphe.
« C'est avec les pur-sang, ne cessera-t-il de répéter que j'ai appris à faire travailler les acteurs ; les faire travailler, c'est-à-dire les plier à sa volonté, les faire aller à sa guise, les créer ou les recréer ».
A Paris, il côtoie le cercle de Marie-Laure de Noailles et des surréalistes, Jean Cocteau, Salvador Dalí, Serge Lifar, Alberto Giacometti, Elsa Schiaparelli, Jean Marais et Coco Chanel qui le présente à Jean Renoir.
En 1934, il revient en Italie, s'achète une caméra 16mm et réalise ses premiers films. Il travaille, dans le sillage de son père, à dessiner les décors et costumes, dont celui de "Doux Aloès" de Jay Mallory pour le Théâtre Manzoni de Milan, ce qui lui vaut les éloges de la presse.
De retour à Paris, il découvre le théâtre français, Jean Giraudoux, Jean Anouilh, Marcel Achard et assiste le décorateur Christian Bérard.
Amoureux de la belle Irma von Windischgraetz, rencontrée aux sports d'hiver à Kitzbühel lorsqu'il a 29 ans (vers 1935), il doit affronter l'opposition du père d'Irma à un éventuel mariage. Ensuite, il assume son homosexualité et se tourne vers les amours masculines qu'il conçoit comme une fatalité : « L'homosexualité est longtemps restée liée pour lui, comme pour le roi Ludwig, comme pour Proust, à une malédiction. Plus qu'un grand seigneur libertin, Visconti s'est montré dans nombre de ses attitudes un bourgeois attaché, entre autres, à une morale de la famille et de la société toute traditionnelle et patriarcale. » selon Laurence Schifano. Un de ses premiers amants fut le photographe de Vogue Horst, que lui présenta Coco Chanel à Paris. Ils voyagèrent ensemble en Tunisie en 1936.
En 1937, Visconti part découvrir la Grèce et de retour réalise les décors du "Voyage" de la pièce de théâtre de Henri Bernstein. La mère de Visconti Carla s'éteint le 19 janvier 1939.
Sa carrière cinématographique débuta en 1935, en France, où il travaille sur Toni aux côtés de Jean Renoir comme assistant, à la réalisation et au choix des costumes, de deux de ses œuvres, Les Bas-fonds et Partie de campagne. Le souci de réalisme du grand cinéaste français le marqua profondément. Toujours en France, il rencontra des réfugiés italiens, militants de gauche, au contact desquels ses convictions politiques changèrent radicalement. Il fait un bref séjour à Hollywood, où il présente un scénario biographique sur Coco Chanel. Avec Renoir, il commença à travailler à une adaptation cinématographique de La Tosca, produite en Italie mais, quand éclata la guerre, le réalisateur français fut contraint d'abandonner le tournage — il fut remplacé par l'Allemand Carl Koch, assisté de Visconti.