Ce Jour-là

Lu Xun (écrivain)

Écrivain et essayiste chinois (1881–1936)

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Lu Xun (chinois simplifié : 鲁迅 ; chinois traditionnel : 魯迅 ; pinyin : Lǔ Xùn ; Wade : Lu Hsün ; EFEO : Lou Siun, aussi orthographié Luxun ou Lou Sin), de son vrai nom Zhou Shuren (周树人 / 周樹人, Zhōu Shùrén, Wade : Chou Shu-jen), né le 25 septembre 1881 à Shaoxing, province de Zhejiang, et mort le 19 octobre 1936 à Shanghai, est un écrivain chinois, l’un des « fondateurs de la littérature chinoise contemporaine ».

Lu Xun naît dans une famille de lettrés sur le déclin. Si son grand-père, Zhou Fuqin (1838-1904), passe avec succès le plus haut degré des examens impériaux et obtient une place d'étudiant à l’Académie impériale de Hanlin de la dynastie des Qing, sa carrière de fonctionnaire reste médiocre. Son père, Zhou Boyi, né en 1861, échoue aux examens provinciaux et, sans emploi à la fin de sa vie, tire ses revenus de la location des terres familiales.

Lu Xun est l'aîné de trois frères : Lu Xun, de son vrai nom Zhou Shuren, est né en 1881, Zhou Zuoren en 1885, et Zhou Jianren (en) en 1888. Avant l'âge d'un an, il reçoit, conformément à la tradition, un prénom bouddhique, Changgeng, « dont j'ai affublé le bon-à-rien de ma nouvelle Au cabaret ».

Enfant, Lu Xun est élevé par une gouvernante, Ah Chang. Il découvre légendes et histoires populaires par son intermédiaire. « Elle me racontait souvent des histoires sur les Longs-Cheveux. Et les Longs-Cheveux qu'elle me décrivait, ce n'était pas seulement les troupes de Hong Xiuquan, mais ils comprenaient tous les brigands et tous les révoltés apparus plus tard ». C'est elle qui lui offre le premier livre qu'il possède, une édition illustrée du Livre des monts et des mers. Les représentations de monstres de l'ouvrage l'impressionnent fortement. Il collectionne alors les éditions illustrées de classiques. Les représentations théâtrales données à l'occasion de fêtes sont une autre source de son intérêt pour la culture populaire. Il évoque dans plusieurs textes les esprits et démons qui ont marqué son enfance : Wu Chang, le Serpent-Femme, la Femme-pendue…

Lu Xun commence son éducation à l'âge de six ans dans une école primaire, et à onze ans, il entre dans une école privée, le « Cabinet de travail aux trois senteurs ». Il reçoit dans ces deux écoles une éducation traditionnelle, basée surtout sur les Entretiens de Confucius et le Classique des vers au primaire, puis les Quatre Livres et les Cinq Classiques aux « Trois Senteurs ». Mais, l'année suivante, son grand-père est impliqué dans un trafic d’influence et condamné à la décapitation. Emprisonné, Zhou Fuqin est gracié en 1901. Son père, devenu dépressif, alcoolique et opiomane, tombe malade, atteint d'hydropisie et décède deux ans plus tard, en 1896. Lu Xun conserve de cette période le souvenir de médecins traditionnels ignorants et cupides. L'emprisonnement du grand-père et la maladie du père ont en outre considérablement appauvri la famille.

La découverte des idées occidentales

De 1898 à 1902, Lu Xun continue son parcours à l’École navale de Nankin, parce qu’on n'y demande pas de frais de scolarisation, puis à l’École des chemins de fer et des mines, qui est rattachée à l'École militaire de Nankin. L'enseignement qui y est délivré est de type occidental, avec des cours d'allemand, de géologie, de chimie, etc. C'est alors que « j'en vins peu à peu à la conclusion que les médecins chinois n'étaient, consciemment ou non, que des escrocs. « À cette époque, il demande qu’on lui fabrique trois sceaux, le premier portant l’inscription « Les paroles me dupèrent », le deuxième « L’homme sort l’épée », le troisième « Étudiant sur un cheval de bataille », traçant le portrait d'un jeune homme déterminé à se battre ».

Durant ses études à Nankin, Lu Xun découvre la théorie de l'évolution de Darwin et le darwinisme social, à travers l'ouvrage de Thomas Henry Huxley, Evolution and Ethics, dont la traduction faite par Yan Fu est assortie de commentaires sur la situation chinoise. Il découvre aussi la littérature occidentale grâce aux traductions faites par Lin Shu. Lu Xun s'intéresse en particulier à certaines œuvres dont la thématique est aisément transposable au contexte chinois, celui de la soumission des Han aux Mandchous : Ivanhoé de Walter Scott ou encore La Case de l'oncle Tom de Harriet Beecher Stowe.

Diplômé de l'École des chemins de fer et des mines en 1902, Lu Xun quitte la Chine pour le Japon et étudie le japonais dans une école préparatoire, l’institut Kobun de Tokyo. Il décide en 1903, à l'instar de nombreux autres étudiants chinois au Japon, de couper sa natte, symbole de l'oppression mandchoue sur les Han. Il traduit Jules Verne, écrit des essais sur les découvertes géologiques, et découvre, en japonais et en allemand, les œuvres de Byron, Shelley, Heine, Pouchkine, Lermontov, Mickiewicz, Petöfi…

Suivent des études à la faculté de médecine de Sendai (la future faculté de médecine de l’Université du Tōhoku) de 1904 à 1906, ville où il est bien accueilli, y étant à son arrivée le premier étudiant étranger. En butte, malgré tout, à l'hostilité de certains étudiants japonais, il se lie avec l'un de ses professeurs, M. Fujino.

En 1906, à la fin d'un cours, il assiste à la projection de diapositives d'actualités sur la guerre russo-japonaise. L'une de ces images, montrant l'exécution publique d'un Chinois accusé d'espionnage, et dont il raconte dans la préface de Cris le bouleversement qu'elle lui causa, lui fait prendre conscience que « la médecine n'est pas tellement importante après tout. Aussi vigoureuse et saine que soit la population d'un pays faible et arriéré, elle ne pouvait servir que […] de public à spectacle aussi absurde. […] La première chose à faire était de changer les mentalités ». Et, conclut-il, « la littérature était le meilleur moyen pour y parvenir ». Il abandonne alors ses études de médecine. À Tokyo, durant les trois années suivantes, il écrit divers essais en chinois classique sur l'histoire de la science, la littérature européenne, la société chinoise et traduit la littérature de plusieurs auteurs étrangers en chinois.

En 1908, Lu Xun adhère à la Société de Restauration, une organisation chinoise anti-Qing. Avec d'autres étudiants chinois, Lu Xun suit les événements liés au mouvement révolutionnaire contre la dynastie Qing dans la presse japonaise : assassinat du gouverneur de l'Anhui par Xu Xilin (en), exécution de Qiu Jin… Il fait la connaissance d'un ancien élève de Xu Xilin, Fan Ainong.

En 1909, Lu Xun retourne en Chine et enseigne la physiologie et la chimie à l’École normale de Hangzhou, puis dans une école de sa ville natale de Shaoxing. En 1911, il assiste à la révolution républicaine : « En apparence tout avait changé, mais sous la surface, tout continuait comme avant ». Il devient recteur de l’école normale supérieure de Shaoxing et publie la nouvelle En souvenir d’un passé lointain, rédigée en langue classique et ridiculisant le féodalisme. Il soutient la création d'un journal lancé par un groupe de jeunes gens opposés à la nouvelle administration, puis démissionne de son poste.

Lors de l’instauration du gouvernement provisoire après la chute des Qing, sur l'invitation du ministre de l’Éducation Cai Yuanpei, il devient attaché au ministère de l'Éducation.

Lu Xun loge, de 1912 à 1919, à l'auberge de Shaoxing de Pékin. Il traverse une période de dépression et s'adonne à des travaux d'érudition : collecte d'inscriptions de l'époque des Six Dynasties, publication de l'œuvre de Ji Kang... Il évoque cette période dans la préface de son recueil Cris.

L’année 1918 voit la publication, dans la revue Nouvelle Jeunesse, de sa premièrer œuvre en langage parlé, ou baihua, Le Journal d’un fou, qui connaît un succès immédiat. Cette publication fait suite au manifeste pour l'adoption du baihua à l'écrit lancé l'année d'avant par Hu Shi dans la même revue. La nouvelle est considérée comme un texte fondateur pour le Mouvement du 4 mai 1919. C'est à cette occasion que Lu Xun adopte pour la première fois le pseudonyme sous lequel il est connu, Lu étant le nom de famille de sa mère.

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