Ce Jour-là

Louise de Mecklembourg-Strelitz

Reine prussienne

Anúncio

Louise Augusta Wilhelmine Amélie de Mecklembourg-Strelitz (10 mars 1776 – 19 juillet 1810) est reine de Prusse et épouse de Frédéric-Guillaume III. Connue sous le nom de la reine Louise (ou Louise de Prusse), elle devint extrêmement populaire, en particulier pendant la guerre contre les Français.

Dans son livre Stein, l'ennemi de Napoléon, Constantin de Grunwald écrit au chapitre VII consacré à Louise de Prusse :

« Les patriotes d'outre-Rhin ont voué à la mémoire de Louise de Prusse un culte passionné. Ils vénèrent en elle la personnification de toutes les vertus de la femme allemande, ils vénèrent aussi en elle la mère de ce prince Guillaume qui devait devenir Empereur en 1871, la nouvelle Iphigénie qui s'immola au vainqueur à Tilsitt, dans le vain espoir de sauver son pays ; celle enfin qui en assura le relèvement en ramenant le baron Stein au pouvoir ».

Elle est la fille de Charles II de Mecklembourg-Strelitz, prince héritier du Mecklembourg-Strelitz et lieutenant général de Hanovre, et de Frédérique de Hesse-Darmstadt. Elle perd très jeune sa mère. Son père se remarie alors avec une des sœurs de sa femme, Charlotte de Hesse-Darmstadt.

À partir de 1786, elle est élevée avec sa sœur Frédérique de Mecklembourg-Strelitz à Darmstadt, auprès de sa grand-mère, Marie-Louise de Leiningen-Dagsbourg-Falkenbourg, veuve du prince Georges-Guillaume de Hesse-Darmstadt, surnommée « la princesse Georges » qui appelle auprès d'elle une gouvernante protestante de la principauté de Neuchâtel (appartenant alors à la Prusse), mademoiselle de Gélieu, qui avait autrefois fondé un pensionnat en Suisse. Elle parle le français qui est utilisé entre les familles aristocratiques, mais elle parle aussi le dialecte de la Hesse, ce qui étonne plus tard à Berlin, et son orthographe allemande laisse à désirer. Elle joue du clavecin et de la harpe et dessine. Toutefois, elle est une élève peu attentive, sauf en religion.

L'oncle de Louise, le duc de Mecklembourg-Strelitz, espérait renforcer les liens entre sa maison et la Prusse. À l'occasion d'une invitation soigneusement planifiée par le duc, Louise, âgée de dix-sept ans, rencontre le fils et héritier du roi de Prusse, le prince héritier Frédéric-Guillaume. Le prince héritier a vingt-trois ans, c'est un esprit sérieux et religieux. Louise fait une telle impression charmante sur Frédéric-Guillaume qu'il fait immédiatement son choix, et exprime son désir de se marier avec elle. La sœur de Louise, Frédérique, présente à ses côtés ce jour-là, attire également l'attention de son jeune frère le prince Louis-Charles, et les deux familles s'entendent pour planifier les doubles fiançailles de leurs enfants. Elles sont célébrées un mois plus tard, le 24 avril 1793 à Darmstadt. Frédéric-Guillaume et Louise se marient ensuite le 24 décembre de la même année, et Louis-Charles et Frédérique se marient aussi deux jours plus tard.

Princesse héritière de Prusse (1793-1797)

Après son mariage le 24 décembre 1793 à Berlin, elle devient princesse héritière de Prusse.

Le lendemain du mariage, le couple princier prend possession du palais qui lui a été destiné sur Unter den Linden. Il ne s'y installe pas à titre provisoire : celui-ci servira de résidence à Berlin, même après que Frédéric-Guillaume soit devenu roi. L'heure n'est pas à l'étalage du luxe. Frédéric-Guillaume est appelé régulièrement à remplir ses obligations militaires par suite de la guerre avec les armées révolutionnaires françaises qui occupent la rive gauche du Rhin. Selon Jean-Paul Bled, historien de Louise de Prusse :

« Le prince héritier a des goûts spartiates. Jusqu'à sa mort, il choisira de dormir sur son lit de camp, seulement revêtu d'une couverture de campagne. Quant à Louise, elle occupe le premier étage. L'aménagement en est sans doute plus recherché. En plus d'un piano et d'une bibliothèque, les meubles en acajou créent une ambiance plus chaude. Mais, en comparaison du cadre de vie auquel Louise était habituée à Darmstadt, l'ensemble reste simple ».

À en juger par les témoignages des contemporains, il se dégageait de sa personne un charme extraordinaire. La princesse Dorothée de Courlande (future duchesse de Dino et amie de Talleyrand) écrit dans ses mémoires :

« Sa beauté était vraiment royale. Plus grande qu'on ne l'est ordinairement, sa taille était dans les proportions parfaites. Les épaules, la poitrine étaient incomparables ; son teint était éblouissant ; ses cheveux étaient légèrement châtains ; son front était noble, ses yeux pleins de douceur, ses lèvres vermeilles. Rien n'égalait l'élégance de son cou et des mouvements de sa tête. Peut-être les dents n'avaient pas tout l'éclat qu'on aurait pu désirer, ses mains, quoique blanches, étaient un peu trop fortes et son pied était plutôt mal. Mais ces légères imperfections étaient grandement rachetées par l'ensemble majestueux de toute sa personne ».

La peintre Élisabeth Vigée Le Brun, qui fait son portrait en 1801, n'est pas moins catégorique :

« La plume est impuissante pour peindre l'impression que j'éprouvais la première fois que je vis cette princesse. Le charme de son céleste visage, qui exprimait la bienveillance, la bonté, et dont les traits étaient si réguliers et si fins ; la beauté de sa taille, de son cou, de ses bras, l'éblouissante fraîcheur de son teint, tout enfin dépassait en elle ce qu'on peut imaginer de plus ravissant ».

Jean-Roch Coignet la décrit dans ses Cahiers d'une façon très imagée pendant l'entrevue de Tilsit.

« Dieu, qu’elle était belle avec son turban autour de la tête ! On pouvait dire que c’était une belle reine pour un vilain roi, mais je crois qu’elle était roi et reine en même temps. […] J’eus le bonheur de me trouver le soir de faction au pied du perron pour la voir de près, et, le lendemain à midi, je me trouvais à mon même poste ; je la contemplai. Quelle belle figure, avec un port de reine ! À trente-trois ans, j’aurais donné une de mes oreilles pour rester avec elle aussi longtemps que l’Empereur ».

Le roi Frédéric-Guillaume donne au couple le château de Charlottenbourg, mais le prince héritier et sa nouvelle épouse préfèrent vivre au château de Paretz, situé à l'extérieur de Potsdam, où Louise prend l'habitude de s'occuper elle-même des affaires du ménage. Paretz est éloigné des agitations de la cour, le couple est heureux et se maintient dans la « retraite rurale » d'une vie à la campagne. Louise est choyée par le roi, qui l’appelle « la princesse des princesses » et lui donne le palais d'Oranienbourg. La princesse se fait un devoir de soutenir son mari dans toutes ses activités, partageant le chant, ou faisant ensemble la lecture de Shakespeare et de Goethe. Louise devient bientôt enceinte, donnant naissance à une fille mort-née le 1er octobre 1794. Neuf enfants en bonne santé suivent ensuite en une succession rapide : Frédéric-Guillaume, Guillaume, Charlotte, Frédérique, Charles, Alexandrine, Ferdinand, Louise, enfin Albert en 1809. Louise pratique continuellement des dons de charité et à l'occasion de la fête de la moisson, elle achète des cadeaux et les distribue aux enfants locaux. Pour son premier anniversaire après son mariage à Berlin, lorsque le roi Frédéric-Guillaume II demande à sa bru ce qu'elle désire comme cadeau, Louise répond qu'elle voulait une poignée de pièces d'argent pour laisser les gens de la ville partager sa joie ; il lui en donne en souriant une grande quantité pour cette tâche.

À ses avantages physiques, Louise de Prusse joint de hautes qualités morales. Le chevalier de Gentz, homme d'État autrichien qui la connut en 1806, rend hommage à ses qualités de la façon suivante : « Dans chaque moment d'un entretien d'environ trois quarts d'heure, elle s'exprima avec une précision, avec une fermeté, avec une énergie et en même temps une mesure et une prudence qui m'auraient enchanté dans un homme ; et cependant elle répandit sur tout ce qu'elle disait une sensibilité profonde, qui ne me laissa pas oublier un instant que c'était une femme que j'admirais ». Son esprit était vif, pénétré d'une sincère piété : « Tout mon être est empreint d'amour pour les humains, écrivait-elle, je voudrais tant savoir toute l'humanité heureuse et contribuer à son bonheur aux frais de ma personne ». Elle possédait à un haut degré le sens de l'humour : raccommodant des chaussettes, elle sollicitait de son auguste époux sa nomination « au poste permanent de tricoteuse royale ». Fervente de poésie, admiratrice des tragédies de Schiller, elle était portée à l'exaltation rêveuse de l'esprit allemand. Elle était, d'après Constantin de Grunwald : « représentante typique du pré-romantisme allemand, "belle âme" vaporeuse et pourtant épouse fidèle et dévouée, qui trouvait le plus grand bonheur de son existence au sein de sa famille, dans la calme retraite d'une petite propriété aux environs de Potsdam ».

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Louise de Mecklembourg-Strelitz | World in Stories