Ce Jour-là

Louise de Bettignies

Résistante, agent secret français de la Première Guerre mondiale

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Louise de Bettignies, née le 15 juillet 1880 à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et morte le 27 septembre 1918 à Cologne (Allemagne), est une résistante et une agente du renseignement française qui travaille, sous le pseudonyme d’Alice Dubois, pour le compte de l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale. Son réseau Alice contribue à sauver la vie d'un millier de soldats britanniques. Arrêtée, elle meurt en prison à la suite des mauvais traitements infligés. Elle est surnommée la reine des espions et la Jeanne d’Arc du Nord.

Louise Marie Henriette Jeanne de Bettignies est née le 15 juillet 1880 à Saint-Amand-les-Eaux. Elle est l'avant-dernière des huit enfants d'Henri-Maximilien de Bettignies (1834-1903), manufacturier de porcelaines et faïences à Saint-Amand-les-Eaux et capitaine de la Garde nationale, et de Julienne-Marie Mabille de Poncheville (1844-1927).

La famille de Bettignies est originaire de Tournai et fondatrice, en 1751, d'une manufacture de porcelaine d'art. Le grand-père de Louise de Bettignies, Maximilien Joseph de Bettignies, obtient la nationalité française en 1831. Le père, Henri-Maximilien de Bettignies, vend la Société des Produits Céramiques du Nord peu de temps avant la naissance de sa fille.

Malgré les difficultés financières de son père, Louise de Bettignies fait des études secondaires à Valenciennes chez les Sœurs du Sacré Cœur.

« Elle était mon aînée de six ans. Je la voyais le plus souvent à Valenciennes, chez notre commune grand-mère, […] Louise était blonde, frêle d'apparence, avec un visage mobile et des yeux perçants qui semblaient fureter de toutes parts. Elle ne tenait pas en place. Il est vrai que les jours où je la voyais ainsi, vers sa douzième année, étaient ses jours de sortie. Pensionnaire avec sa sœur, Germaine, au Couvent de la Sainte-Union des Sacrés-Cœurs, les bonnes religieuses nourrissaient sur le compte de cette vive enfant, à ce que j'ai su, des opinions analogues à celle de sa grand-mère. Cependant, elle travaillait de façon à leur donner satisfaction. »

— André Mabille de Poncheville

« […] je garde encore le souvenir vivace de ma cousine germaine avec laquelle je me retrouvais chez notre grand-mère, rue Capron, à Valenciennes… Louise avait, alors, une douzaine d'années. Nous étions, toutes deux, élèves des Dames de la Sainte-Union, elle comme pensionnaire, moi comme externe. Elle montrait déjà un caractère vif, enjoué… Oui, Louise était très gentille, très intelligente et faisait preuve de beaucoup de personnalité. »

À partir de 1895 ses parents habitent à Lille, au 166 rue d'Isly. Louise de Bettignies part en 1898 en Angleterre pour poursuivre des études supérieures chez les Ursulines à Upton (Essex), puis à Wimbledon, chez les Ursulines, et à Oxford. La mort de son père à Lille en avril 1903 la fait revenir dans cette ville où elle termine ses études à la faculté des lettres de l'université de Lille, en 1906.

À l'issue de ses études, elle a acquis une parfaite maîtrise de l’anglais, de l’italien et de l’allemand et se débrouille en russe, en tchèque ou encore en espagnol.

Elle travaille alors comme préceptrice à Pierrefonds, puis entre au service du comte Visconti de Modrone à Milan en Italie. Elle profite de son séjour dans ce pays pour visiter la péninsule : en 1906, alors qu'elle est chez les Visconti, elle voyage beaucoup à travers l'Italie. En 1911, elle se rend en Galicie autrichienne chez le comte Mikiewsky, près de Lemberg. De 1911 à 1912, elle se trouve chez le prince Carl Schwarzenberg, au château de Worlick.

Elle s'installe ensuite chez la princesse Elvira de Bavière, au château de Holesclau, en Autriche-Hongrie. Elle y aurait rencontré le Kronprinz Rupprecht de Bavière, qu'elle croise à nouveau en 1915 quand il commande les troupes allemandes stationnées en Belgique. C’est là qu’il lui est proposé de devenir la préceptrice des enfants de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche. Elle décline l’offre et revient en France. De retour à Lille au début de 1914, où elle est opérée de l’appendicite, elle conduit sa mère chez un de ses frères à Bully-les-Mines, puis retourne à Lille, rue d'Isly.

À la déclaration de la guerre, Louise vit dans une villa à Wissant, louée par son frère Albert. Très catholique, elle envisage à cette époque de devenir carmélite.

Lille est déclarée « ville ouverte » le 1er août 1914 et l’état-major quitte la ville le 24 août. La ville est soumise à de violents bombardements en octobre 1914. Troupes et services de l'État quittent Lille dans la confusion, laissant la place à l’abandon.

Louise de Bettignies et sa sœur Germaine Houzet vivent ensemble au 166, rue d'Isly. Leur amie, Germaine Féron-Vrau (1869-1927), responsable départementale de la Ligue patriotique des Françaises et fondatrice de l'hôpital de la Croix-Rouge, les recrute toutes deux comme infirmières. Louise de Bettignies est alors âgée de 34 ans.

Traversant les ruines de Lille, Louise assure la navette (munitions et aliments) avec les soldats qui tirent encore sur les assiégeants. Dans les hôpitaux de fortune, elle écrit les lettres en allemand dictées par les mourants d'Allemagne pour leur famille.

Alexis-Armand Charost, évêque du diocèse de Lille, lui demande d'emporter vers la France libre le tout premier courrier de Lille, des lettres destinées à des réfugiés civils, qu'elle transporte, cousues à ses vêtements ou, selon une version moins crédible, écrites sur ses jupons au jus de citron. Arrêtée par un soldat à la gare de Péronne, elle reconnaît Ruprecht de Bavière dans un groupe d'officiers. Il se souvient d'elle et lui procure un laissez-passer qui lui permet de poursuivre son voyage en toute sécurité. Elle continue son périple à travers la Belgique, les Pays-Bas et l’Angleterre. À son arrivée à Folkestone, elle est interrogée par les forces de l’ordre. Elle impressionne les services secrets britanniques par ses compétences linguistiques, son courage et son patriotisme. On lui propose alors de servir d’agente pour la Grande-Bretagne. D'après d'autres sources, c'est à son retour en France qu'elle est recrutée et retourne alors en Grande-Bretagne pour sa formation.

Louise de Bettignies s'initie en quelques jours au rudiment de l'espionnage lors d'un stage à Folkestone. Elle prend le pseudonyme d’Alice Dubois, employée d'une société d'import-export en France libre, et est ensuite exfiltrée en zone occupée, où elle monte avec son amie Léonie Vanhoutte, dite Charlotte Lameron, un vaste réseau de renseignements dans le Nord de la France pour le compte de l’armée britannique et de l’Intelligence Service. le réseau Ramble (pour les Britanniques) ou Alice.

En 1915, elle construit, en deux semaines, sur quarante kilomètres de front autour de Lille derrière les lignes allemandes, le réseau de renseignement qui se révélera le plus étendu et le plus efficace de toute la guerre. Elle dirige de 80 à 100 personnes appartenant à toutes les couches de la société du département du Nord. On estime qu’elle sauve la vie de plus d’un millier de soldats britanniques pendant les neuf mois de sa pleine activité (janvier à septembre 1915).

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