Louis Schittly, né le 7 juillet 1938 à Altkirch et mort le 1er janvier 2025 à Mulhouse, est un médecin français, cofondateur de Médecins sans frontières en 1971.
Louis Schittly grandit dans la ferme parentale à Bernwiller dans le Sundgau, en Alsace. Son père a été soldat dans l'armée allemande durant la Première Guerre mondiale, d'abord sur le Front de l'Est puis dans la Somme. Sa mère perd trois de ses frères et sœurs victimes d'un bombardement français le 10 août 1915.
Sa famille accueille un prisonnier de guerre allemand. Son frère Jean-Pierre passe trente mois comme soldat durant la guerre d'Algérie du côté de Souk Ahras.
Avant de devenir médecin humanitaire, il pense d'abord à être missionnaire, mais tombe amoureux lors d'un séjour d'adoration au mont Sainte-Odile, il laisse donc tomber cette vocation.
Après des études au petit séminaire de Zillisheim, il part effectuer ses études de médecin à Strasbourg puis à Lille où il soutient sa thèse le 4 juin 1968. Au mois de mars 1968, il obtient une bourse de la fondation Roux de l'Institut Pasteur à Paris puis suit des cours d'entomologie médicale à l'ORSTOM.
Après son retour du Biafra, il envisage un temps une spécialisation en pédiatrie, grâce au professeur Robert Debré. En avril 1970, grâce aux anciens du Biafra et à une bande d'amis et de soutiens parisiens de Bernard Kouchner la création du Groupement d'intervention médico-chirurgicale d'urgence est décidée, devenu plus tard MSF.
À son retour du Viêt Nam, il passe quatre années de spécialisation en ophtalmologie.
En 1973, il écrit puis coréalise avec Daniel Schlosser le long-métrage La Marraine (D'Goda) en dialecte alsacien. En 2022, le film bénéficie d'une restauration et d'une nouvelle projection en salles en Alsace.
Il exerce comme médecin-chef d'une maison de convalescence à Sentheim de 1981 jusqu'à 2009 et vit avec sa famille dans la ferme familiale à Bernwiller. À partir de 2006, il est le parrain de l'association humanitaire La Vie en Marche.
Louis Schittly a trois enfants : Manuela, née d'une liaison durant ses études à Strasbourg ; puis Martha et Jean Baptiste, avec Erika, ethnologue spécialiste de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Au Biafra, il est en couple avec Esther, une autochtone qui, après la guerre, deviendra infirmière à l'hôpital d'Enugu.
Au Vietnam, il est en couple avec Heidi, une infirmière allemande.
Après une vie de catholique pratiquant, il devient athée, bien qu'il se pose plusieurs fois la question de réciter le Notre Père durant les bombardements au Biafra, puis il se convertit à l'orthodoxie en 1981 sous le prénom de « Grégoire », en même temps que son ami René Ehni, au monastère de Grégoire du mont Athos. Avec sa femme rebaptisée Anastasie et son fils, il construit dans son verger une petite église byzantine dédiée à saint Grégoire l'Athonite et à sainte Anastasie la Romaine, consacrée par le métropolite de France, Mgr Jérémie, et décorée de fresques et icônes byzantines peintes par Léonide Ouspensky.
En politique, il se définit comme anarchiste et voue un profond respect aux amish.
Louis Schittly meurt à Mulhouse le 1er janvier 2025 à l’âge de 86 ans.
Vers la mi-décembre 1968, il voit dans le journal que la Croix-Rouge cherche des volontaires pour le Biafra. Après un premier rendez-vous avec le docteur Hernandez Minor puis un second au siège de Genève de la Croix-Rouge Internationale, il est recruté. Il débarque donc à Libreville, puis embarque avec un collègue chirurgien slovaque en direction du Biafra.
Récupéré par Jean-Paul Ryst, responsable des équipes françaises de la Croix-Rouge au Biafra et anesthésiste-réanimateur, il est déposé à Santana dans un hôpital pédiatrique où se trouvent déjà Jean Picard, Michel Castet, Anne-Marie Barbé, Guy Hanon. Cet hôpital est un centre de nutrition à la suite de la famine présente dans le pays. Les enfants sont victimes de déficit en nutrition, mais également de la gale, de parasites intestinaux et de paludisme. Le taux de mortalité est assez important, de l'ordre de 10 % à chaque arrivée de patient.
L'hôpital est composé d'anciennes salles de classe transformées en salles d'hospitalisation avec huit lits qui contiennent entre cinq et huit enfants, et effectue de quatre à cinq mille consultations par semaine. S'y trouvent une cuisine, une buanderie, une pharmacie et un laboratoire, avec également un garage composé de trois camions, trois voitures et deux motos. Une menuiserie est également présente et, pour nourrir les patients, un grand potager, avec champs de bananes et de manioc et une chèvrerie. L'équipe est composée des humanitaires français qui restent en moyenne entre deux et quatre mois, vingt-huit infirmières locales, et des auxiliaires chargés du ménage, de la sécurité, six laborantins et auxiliaires, une équipe de cuisinières et d'hommes à tout faire.