Louis IV Henri de Bourbon-Condé, né le 18 août 1692 au château de Versailles et décédé le 27 janvier 1740 au château de Chantilly, est un aristocrate et politicien de l'Ancien Régime. Fils de Louis III de Bourbon-Condé, le sixième prince de Condé, et de Louise-Françoise de Bourbon, une fille légitimée du roi Louis XIV, il est prince du sang. Il devient prince de Condé à la mort de son père en 1710. Il fut également duc de Bourbon, duc d'Enghien et seigneur de Chantilly. Il est le principal ministre d'État du roi Louis XV de 1723 à 1726 et il intrigue, avec la complicité de Madame de Prie, sa maîtresse, afin de faire épouser au jeune roi la princesse Marie Leszczyńska.
Devenu prince de Condé, il continue de se faire appeler « Monsieur le Duc » du fait que la maison de Bourbon-Condé eut renoncé au titre de « Monsieur le Prince » en faveur de la maison de Bourbon-Orléans. Il est habituellement désigné sous le titre de « Duc de Bourbon ». Le duc est celui à l'initiative de la Porcelaine de Chantilly.
Louis-Henri de Bourbon-Condé est né le 18 août 1692 au château de Versailles. Ce dernier est le fils de Louis III de Bourbon-Condé, le petit-fils du « Grand Condé » et sixième prince de Condé, et de Louise-Françoise de Bourbon, une fille légitimée du roi Louis XIV et de Madame de Montespan. Il est baptisé le 24 novembre 1698 en la chapelle du château de Versailles lors d'une cérémonie commune avec ses deux sœurs Louise-Élisabeth de Bourbon-Condé et Louise-Anne de Bourbon-Condé. Le jeune garçon est ainsi prince du sang et il obtient le prédicat d'Altesse Sérénissime. Il est également titré duc de Bourbon, du temps durant lequel son père est en vie.
À la mort du duc de Berry en mai 1714, le jeune duc passe quatrième dans l'ordre de succession au trône derrière le petit dauphin (le futur roi Louis XV), le duc d'Orléans et son fils le duc de Chartres.
Il passerait en huitième place au cas où la validité de la renonciation du roi d'Espagne à ses droits et à ceux de ses fils serait remise en cause par ces derniers : elle a été imposée aux Bourbons en 1712 lors de longues négociations mettant fin à la guerre de Succession d'Espagne), mais malgré quelques tentatives en ce sens comme la conspiration de Cellamare, ce n'est jamais arrivé.
Le jeune duc sera fait duc d'Enghien par le décès de son grand-père, le prince de Condé, en 1709.
En 1710, son père meurt et il hérite du titre de prince de Condé et des nombreuses charges qui sont alors liées, notamment celle de grand maître de France. Il est fait mestre de camp et colonel du régiment de Condé en 1710, puis maréchal de camp en 1713. Il avait probablement un œil manquant comme le laissait penser Mouffle d'Angerville : « Il fut défiguré par un accident survenu lors d'une chasse, lorsque le duc de Berry lui creva un œil ». Décrit comme laid, grand et borgne, il passe ainsi pour un homme « peu esprité » à la cour, selon une expression de son époque.
Le testament de son grand-père le roi Louis XIV lui donnait une place au Conseil de régence dès sa majorité atteinte (24 ans). Le 2 septembre 1715, après la mort du roi, se tint une séance solennelle dans la grande chambre du Parlement de Paris, réunissant les cours souveraines, les princes du sang et les ducs et pairs. C'était la coutume pour proclamer la régence. Il fut donné lecture du testament de Louis XIV et de l'édit d'août 1714 relatif au droit de succession de ses enfants légitimés. Le duc d'Orléans se fit proclamer régent par les gens du roi. Il réclama une admission immédiate du duc de Bourbon au Conseil, avec la charge de chef.
Le duc de Bourbon, grand maître de France, réclama également que le commandement des troupes, attribué par Louis XIV au duc du Maine, fût confié au régent. Le duc de Bourbon et le duc du Maine s'échauffèrent beaucoup, mais le duc d'Orléans obtint gain de cause. Dès janvier 1716, le duc de Bourbon et le duc du Maine entrèrent au Conseil de la guerre, ce qui y amena des querelles de préséance avec son président, le maréchal de Villars. Tensions avivées par l'arrivée du prince de Conti en avril 1717. En 1718, le Conseil de la guerre devint, selon le mot de Saint-Simon, « une pétaudière ».
Au cours de l'année 1718, l'activité du Conseil de la guerre, comme celle des autres conseils de la polysynodie, déclina considérablement, que ce soit en termes de fréquence des réunions ou de volume des affaires traitées. Le 24 septembre 1718, le Régent mit fin à la polysynodie. Dans le même temps, le duc de Bourbon s'employa à diminuer le rang des enfants légitimés. En août 1716, accompagné de son frère le comte de Charolais et de son cousin le prince de Conti, il demanda à Louis XV un lit de justice pour abolir les dispositions de 1714.
Le 1er juillet 1717, le Conseil de régence révoqua l'édit de 1714 et la déclaration du 23 mai 1715. Néanmoins, les enfants légitimés conservaient leurs privilèges, notamment la préséance sur les ducs et pairs. À la suite du lit de justice du 26 août 1718, les enfants légitimés perdirent leurs honneurs, et le duc de Bourbon s'arrogea sur la surintendance de l'éducation de Louis XV à la place du duc du Maine. C'est au cours de cette période qu'il joue un rôle clé dans le krach du système de Law, en demandant au printemps 1720 à convertir ses billets de la Banque générale en or, comme le fit au même moment son cousin le prince de Conti.
Le 2 décembre 1723, à la mort du duc d'Orléans, le duc de Bourbon demanda immédiatement au roi sa succession comme principal ministre d'état (premier ministre). Sur l'approbation du cardinal de Fleury, Louis XV accepta. Il s'engagea néanmoins à ne jamais consulter le duc de Bourbon en l'absence du cardinal. Laid, grand et borgne, le duc passait pour « peu esprité », selon l'expression de l'époque. Le cardinal de Bernis écrivit dans ses mémoires au sujet du duc :
Il était de caractère inconstant et emporté. La maîtresse du duc, la marquise de Prie, avait beaucoup d'influence sur lui. Elle se contentait néanmoins, pour l'essentiel, de protéger les arts et les lettres. De fait, il abandonna une partie des affaires au cardinal de Fleury, en particulier la question religieuse, et notamment la querelle de la bulle Unigenitus. Sa première tâche réelle fut de trouver une épouse pour le jeune roi, désormais capable de procréer. Or sa fiancée, l'infante Marie-Anne-Victoire d'Espagne, était encore en bas âge. Le nouveau duc d’Orléans était donc le premier dans l’ordre de succession, et le duc de Bourbon ne voulait pas courir le risque de le voir monter sur le trône. À la fin de février 1725, Louis XV dut s’aliter pour avoir trop mangé et chassé.
Affolé, le duc de Bourbon résolut de lui trouver sans délai une nouvelle fiancée. On l’entendit marmonner : « S’il en réchappe, il faut le marier. » Le 1er mars, l’infante fut renvoyée. Refusant la princesse de Lorraine parce qu'elle était la nièce du feu régent, ne pouvant imposer sa propre sœur, Monsieur le Duc, soumis à la marquise de Prie, passa en revue les candidates et arrêta son choix sur une princesse obscure, fille du roi de Pologne en exil, et quasi-vieille fille (21 ans) dont on espérait que la reconnaissance serait un soutien qui permettrait de conserver le pouvoir, Marie Leszczyńska. Fleury, indifférent, s'inclina et le mariage fut célébré dans l'année.
Après deux ans d'exercice, le duc de Bourbon se trouvait détesté de tous. Après l’effondrement du système de Law, il fallait assainir les finances, exercice qui rendait peu populaire, même s’il était en réalité conduit par le financier Joseph Pâris Duverney. Un lit de justice fut nécessaire, le 8 juin 1725, pour faire enregistrer par le Parlement de Paris les mesures fiscales indispensables.
Monsieur le Duc finit par prendre ombrage de la présence continuelle de Fleury lors de ses entretiens avec le roi. À la fin de 1725, il demanda à la reine de l’aider. Reconnaissante du rôle joué dans son mariage, celle-ci accepta. Elle fit appeler Louis XV qui, arrivant dans ses appartements, y trouva le duc de Bourbon qui se mit à lui parler d’affaires en multipliant les allusions hostiles à Fleury. Louis XV resta impassible. Monsieur le Duc finit par lui demander ce qu’il pensait des imputations qu’il avait formulées à l’encontre de l’évêque de Fréjus :