Louis III de Bavière (1282 – 1347), élu roi des Romains en 1314 puis couronné empereur des Romains sous le nom de Louis IV, régna de 1328 à 1347. Il s'est fermement opposé à la papauté, notamment à Jean XXII.
Il est le fils de Louis II (1229 – 1294), duc de Bavière, et de sa seconde épouse Mathilde de Habsbourg. Né en février/mars 1282, il est associé au gouvernement par son frère aîné Rodolphe Ier du Palatinat en 1300/1304 comme duc conjoint de Haute-Bavière et corégent du palatinat du Rhin, la fonction de prince-électeur étant exercée conjointement. En 1310, le patrimoine bavarois est partagé entre eux et à partir de 1317, Louis IV devient le seul duc de Bavière après l'abdication de Rodolphe.
À la suite de la mort de l'empereur Henri VII en août 1313 en Italie, de longues négociations occupent le collège électoral pendant l'année 1314, et les électeurs convoqués à Francfort tiennent deux réunions différentes. Au cours de la première le 19 octobre, Frédéric le Bel, de la famille Habsbourg, est désigné par l'archevêque de Cologne, le comte palatin Rodolphe, Henri de Goritz, roi titulaire de Bohême, et le duc de Saxe-Wittenberg assemblés dans un faubourg de la cité. Au cours de la seconde réunion le 20 octobre, Louis de Bavière est élu à Saschshausen sur la rive gauche du Main par l'archevêque de Trèves Baudouin de Luxembourg, l'archevêque de Mayence, et trois électeurs laïcs ; Jean de Luxembourg, Valdemar de Brandebourg et le duc de Saxe-Lauenbourg. Même si la majorité des électeurs s'était prononcée pour Louis, l'élection est faussée par les doubles votes en sens opposés du royaume de Bohême et du duché de Saxe. Louis est le premier duc de Bavière de la Maison de Wittelsbach à obtenir ce titre. Le 25 novembre suivant, à Aix-la-Chapelle, il reçoit la couronne de Pierre d'Aspelt, archevêque de Mayence, tandis que Frédéric est couronné à Bonn par l'archevêque de Cologne.
Cette double élection entraîne la division de l'Empire entre partisans de Frédéric ou de Louis. Dans un premier temps, les deux prétendants tentent d'obtenir des ralliements des uns et des autres en offrant des contreparties supplémentaires (en plus des cadeaux divers déjà fait pour se faire élire), tandis que le pape Jean XXII traite les deux candidats à égalité comme des « rois élus » (reges electi) sans reconnaitre aucun des deux comme l'empereur, et en désignant un troisième homme, Robert Ier (roi de Naples), comme « vicaire » représentant l'empereur en Italie. Tout cela affaiblit considérablement le pouvoir impérial pendant près de dix ans.
Ce n'est qu'en 1322 que se produit, sur un champ de bataille, le début du basculement en faveur de Louis : il remporte la bataille de Mühldorf, fait prisonnier son adversaire, et par suite obtient de la Diète de Nuremberg en 1323 le ralliement de la plupart des soutiens de son rival. Cependant, il subsiste des résistances qui demanderont encore plusieurs années avant d'être surmontées. Veuf de Béatrice de Świdnica, il épouse en 1324 Marguerite II de Hainaut qui lui apporte en dot ses domaines des Pays-Bas. Entretemps, Louis de Bavière a été excommunié par le pape Jean XXII et, en mars 1325, un accord amiable est trouvé avec Frédéric qui pour sa libération renonce à ses droits, mais un partage est conclu à Munich le 7 janvier 1326 qui prévoit que Frédéric demeure une sorte de roi honoraire en conservant ses États patrimoniaux. Cette situation unique prendra fin en 1330 avec la mort de Frédéric. Mais cette victoire sur le terrain ne règle pas le conflit avec la papauté.
Au début du XIVe siècle, la papauté s'est exilée à Avignon, justifiant ce déplacement provisoire par les désordres régnant dans la péninsule italienne. Résider à Avignon permet aussi de recentrer le Saint-Siège au milieu de l'Occident ce qui en fait une place diplomatique et économique de premier ordre. Bénéficiant de la protection des royaumes de France et de Naples, la papauté n'est plus vulnérable aux intrigues italiennes ou à une intervention de l'armée impériale en Italie. Par contre, elle est consciente de la prééminence des gibelins plus favorables à l'empereur dans les villes du Nord de l'Italie, et s'inquiète en particulier de la puissance de Matteo Visconti.
À la mort de l'empereur Henri VII en 1313, les princes s'étant divisés en deux factions, le pape Jean XXII, entreprenant et autoritaire, croit pouvoir en profiter : il refuse de choisir entre les deux élus. Il déclare l'Empire vacant et nomme le roi de Naples Robert le Sage vicaire pour l'Italie le 14 mars 1314. Le conflit tourne à l'épreuve de force avec les gibelins : Matteo Visconti, le maître de Milan excommunié, envoie son fils Marco Visconti assiéger Gênes. Robert le Sage débloque la ville le 21 juillet 1318. Le légat Bertrand du Pouget, envoyé à la tête d'une armée pontificale pour appliquer la décision, s'acquitte de sa tâche avec rudesse et s'attire de nombreuses inimitiés. Louis IV de Bavière, qui a eu raison de son rival Frédéric le Bel lors de la bataille de Mühldorf en 1322, entreprend de faire valoir ses droits en Italie et y descend avec son armée. Il délivre Milan assiégée, occupe Pavie et prend contact avec les Milanais lesquels, se posant en vicaires du roi des Romains, se heurtent aux représentants du pape. Ce conflit soulève une question de principe : le pape peut-il prétendre à être le vicaire de l'Empire en Italie pendant la vacance du trône impérial ? Or, aux yeux de certains, le trône est vacant puisque la désignation de Louis de Bavière n'a pas obtenu l'approbation pontificale. Le 8 octobre 1323, le pape déclare que le « Bavarois » a usurpé les droits dont il fait usage ; s'il n'y renonçait pas dans les trois mois, il serait excommunié ; en attendant, le vicariat d'Empire en Italie reviendrait au roi de Naples, Robert d'Anjou. Cet ultimatum est le point de départ d'une querelle qui va durer pendant près d'un quart de siècle. L'empereur dépêche une armée dans la péninsule et répond qu'il tient l'Empire de Dieu seul grâce à l'élection des princes et donc que son élection ne requiert aucune confirmation et que la seule prérogative pontificale en la matière est de le couronner.
Jean XXII qui est peu conciliant de caractère, doit faire comprendre au monde chrétien que le déplacement de la papauté de Rome en Avignon n'affecte aucunement l'autorité du successeur de saint Pierre. Excellent juriste, il entend faire appliquer à la lettre les textes canoniques. Loin de se soumettre, Louis de Bavière riposte en publiant, entre décembre 1323 et mai 1324, trois « appellations » destinées en principe au pape, elles s'adressent aussi à tous ceux qui sont capables en Allemagne, surtout dans les villes, de discerner les enjeux du débat. Jean XXII l'excommunie le 23 mars 1324. De son côté, depuis la chapelle de la commanderie à Francfort de l'ordre Teutonique de Sachsenhausen, Louis lance un appel au concile général pour juger le pape, accusé d'hérésie et d'usurpation de bien d'autrui. Tandis que les papes d'Avignon, vivant dans l'opulence, se heurtent depuis des années à l'opposition des ordres mendiants, Louis de Bavière accueille et soutient les Franscicains. Le 14 juillet 1324, Jean XXII dépose Louis de Bavière.
Mais, Louis de Bavière sait que le pape est vulnérable et ne cède pas. Le coût de la réorganisation des États pontificaux en un État moderne lui suscite des ennemis : la levée des annates et la centralisation mécontentent les collateurs ordinaires dont elle rogne les prérogatives et pousse à bout les contribuables impitoyablement pressurés. La fraction de l'ordre franciscain qui prône une pauvreté radicale se dit profondément scandalisée par la richesse des dignitaires ecclésiastiques ; certains de ces « spirituels » professèrent le joachimisme qui annonçait l'irruption d'une ère nouvelle. Condamnés par la papauté, persécutés à l'intérieur de leur famille religieuse, ils pouvaient penser qu'ils étaient seuls à être marginalisés ; or, en 1323, nombreux sont ceux qui contestent le poids de la fiscalité pontificale, l'accusant de servir à financer les fastes de la cour avignonnaise. Dans les faits, Jean XXII refusait le luxe des cours princières, même s'il n'était pas austère. Ils eurent la surprise de voir la majorité de leurs confrères, ministre général en tête, les rejoindre dans l'opposition au pape qui venait de condamner une opinion partagée par la plupart des franciscains : la pauvreté personnelle du Christ. En promulguant ce texte, Jean XXII se fait des adversaires dans toute la chrétienté et nombre de théologiens de talent, tel que Guillaume d'Occam, les rallient. Louis de Bavière en joue et accueille les franciscains en rupture de ban auxquels se joint Marsile de Padoue dont l'œuvre maîtresse, le Defensor pacis, subordonne le pouvoir spirituel au temporel. Conseillé par cet état-major, Louis se rend à Rome, décidé à se faire couronner. Il descend en Italie avec son armée, et met fin à une série de succès militaires du légat Bertrand du Pouget. Ce dernier, après avoir rallié l'Émilie et la Romagne, a réussi à occuper Modène, Parme et Reggio en été 1326. En février 1327, il a également soumis Bologne susceptible d'être une capitale pontificale plus stable que Rome. Mais l'empereur excommunié, attendu en Italie comme celui qui pourra s'opposer au légat du pape, se rend rapidement impopulaire par de nombreux impairs. Le 31 mai 1327, à Milan, il reçoit la couronne des rois lombards des mains d'un évêque excommunié, car l'archevêque s'est absenté pour ne pas officier. Il fait arrêter Galéas Ier Visconti qui manifeste trop d'esprit d'indépendance, et se croyant tout autorisé nomme trois évêques. Sa popularité s'effondre même chez les gibelins les plus convaincus : pour entrer dans Pise il doit assiéger la ville pendant un mois. Rome lui ouvre ses portes plus pour se venger du transfert de la papauté en Avignon que par attrait pour l'empereur. Le légat Giovanni Orsini ayant ordonné à tout le clergé de quitter la ville, c'est Sciarra Colonna, un membre puissant de la noblesse romaine qui, en tant que représentant du peuple romain, couronne l'empereur, le 17 janvier 1328. En recourant à des laïcs pour sacraliser une fonction qui est en partie religieuse, Louis de Bavière perd tout son crédit. Le pape saisit cette occasion pour déclarer la déchéance de l'empereur le 3 avril 1328. Seule l'incapacité des électeurs à s'entendre empêche l'élection d'un nouvel empereur.