Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé, d'abord désigné par le titre de duc d'Enghien, né le 8 septembre 1621 à Paris et mort le 11 décembre 1686 à Fontainebleau, est un prince du sang français, cousin de Louis XIV, et un des généraux du Grand Siècle, devenu le quatrième prince de Condé.
Engagé à la fin de la guerre de Trente Ans comme général de l'armée française, il devient célèbre dans toute l'Europe dès l'âge de 21 ans à l'issue de la bataille de Rocroi (1643), au cours de laquelle il inflige une sévère défaite à l'armée espagnole. Il devient ensuite un des principaux meneurs de la Fronde des princes contre le cardinal Mazarin au début des années 1650, et se met ensuite un moment au service de l'Espagne, avant de rentrer en France, gracié par Louis XIV. Ses exploits militaires et sa bravoure lui valurent le surnom de Grand Condé.
Le Grand Condé porte de nombreux titres, hérités ou attribués : premier prince du sang, pair de France, prince de Condé, duc de Bourbon, duc d'Enghien, duc de Montmorency, duc de Châteauroux, duc de Bellegarde, duc de Fronsac, comte de Sancerre (1646-1686), comte de Charolais ; il a également détenu la fonction de gouverneur du Berry et le gouvernement de Bourgogne.
Origines familiales et formation
La branche des princes de Condé est issue du fils cadet de Charles IV de Bourbon, duc de Vendôme, Louis (1530-1569), arrière-grand-père du Grand Condé, tandis que la dynastie royale est issue d'Antoine (1518-1562), son fils aîné, père d'Henri IV. Durant les guerres de religion (1562-1598), les membres des deux branches font partie du camp protestant, ce qui n'empêche pas des rivalités, notamment entre Henri IV et son cousin germain Henri de Bourbon-Condé (1552-1588), mort dans des conditions suspectes.
Louis II est le fils d'Henri II de Bourbon-Condé (1588-1646), qui a été héritier présomptif d'Henri IV de 1596 à 1601, date de la naissance de Louis XIII. Dans les années 1620, Henri II détient notamment la fonction de gouverneur du Berry, dont Louis II hérite à sa mort. L'héritier présomptif de Louis XIII est alors son frère Gaston (1608-1660), dont la situation matrimoniale est telle que les Condé peuvent avoir l'espérance d'arriver un jour sur le trône de France, du moins jusqu'à la naissance tardive de Louis XIV, en 1638.
Sa mère, Charlotte-Marguerite de Montmorency (1594-1650), est la petite-fille du connétable Anne de Montmorency. En 1629, après qu'elle a donné naissance à un second fils, Armand, son mari part pour son gouvernement du Berry, en emmenant Louis.
Celui-ci, qui a jusque-là été éduqué assez sévèrement par des précepteurs à l'hôtel de Condé, poursuit ses études au collège des jésuites de Bourges.
En 1640, son père le fait entrer dans l'armée et il participe au siège d’Arras.
Des fiançailles politiques avec la nièce de Richelieu (1633-1641)
Un projet de mariage est élaboré dès le début des années 1630 entre le prince du sang Louis II, qui est assez proche du trône de France jusqu'à la naissance de Louis XIV, et la nièce du cardinal de Richelieu, Claire-Clémence de Maillé (1628-1694), fille d'Urbain, marquis de Brézé. Les fiançailles ont lieu en 1633, entre deux enfants de 12 et 5 ans.
Pour Henri II de Bourbon-Condé, Claire-Clémence doit apporter une dot considérable, en contrepartie d'un degré de noblesse sans commune mesure avec celui des Condé.
Pour Richelieu, c'est la perspective de devenir l'oncle de la reine de France. En effet, le mariage de Louis XIII, né en 1601, et d'Anne d'Autriche, est encore dépourvu de descendance. L'héritier présomptif avant Henri II, puis Louis II, Gaston d'Orléans, n'a pas eu de fils de son premier mariage (1626) et le second (1632) a été conclu sans l'autorisation du roi.
Malgré le changement de situation dû aux naissances royales de Louis XIV (1638), puis de Philippe d'Orléans (1640), le mariage est célébré en 1641, alors que les deux fiancés (20 et 13 ans) n'ont aucun attrait l'un pour l'autre. Le duc d'Enghien proteste contre la contrainte qui lui est alors imposée, en vain.
Général au service de la France (1643-1648)
Le duc d'Enghien montre dans la carrière militaire un génie précoce.
En 1643, à l'âge de 21 ans, Louis XIII lui confie le commandement honorifique de l'armée de Picardie, sous les ordres de François de L'Hospital. Il s'agit de barrer la route à l'armée du roi d'Espagne Philippe IV, qui envahit la France à partir des Pays-Bas espagnols.
Le 19 mai, cinq jours après la mort de Louis XIII, il remporte la victoire de Rocroi, brisant ainsi la réputation d'invincibilité des tercios. Ce très jeune général est alors vu dans toute l'Europe comme un égal de César et d'Alexandre.