Ce Jour-là

Louis Hémon

Écrivain français

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Louis Hémon est un écrivain français, né le 12 octobre 1880 à Brest (Finistère) et mort le 8 juillet 1913 à Chapleau (Ontario) dans un accident ferroviaire.

Il doit sa célébrité à son principal roman Maria Chapdelaine écrit en 1912-1913 alors qu'il séjournait au Québec et publié après sa mort, d'abord en feuilleton au début de 1914 à Paris, puis en volume au Québec en 1916, avant la version définitive qui parut aux éditions Grasset en 1921. Ce roman a connu un immense succès commercial et Louis Hémon reste l'écrivain emblématique du Canada français par son évocation mythique des humbles paysans défricheurs du début du XXe siècle et de la terre québécoise. Il est d'ailleurs très régulièrement intégré à la liste des écrivains canadiens français, mais un peu abusivement puisqu'il a vécu moins de deux ans au Canada, d'octobre 1911 à juillet 1913.

Né en Bretagne dans une famille de l'élite républicaine, Louis Hémon est le dernier enfant, après Félix et Marie, de Louise, née Le Breton, et de Félix Hémon. Le père, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, est un ardent républicain qui a distribué sous le manteau des poèmes des Châtiments et correspondu avec Victor Hugo. Le professeur Hémon se fait remarquer par l'Académie française qui lui décerne en 1878 son Prix annuel d'éloquence pour son Éloge de Buffon. En 1882, Félix Hémon, muté à Paris, quitte sa Bretagne natale ; Louis est alors âgé de deux ans, il va donc passer son enfance et sa jeunesse à Paris.

De son père, professeur devenu pendant un an chef de cabinet d'Armand Fallières au ministère de l'Instruction publique, puis inspecteur général, qui écrit un Cours de littérature, le fils hérite un goût littéraire certain. Le jeune Louis apprécie et lit Hugo, comme son père, mais également des auteurs contemporains tels Verlaine, Maupassant et Kipling. Amateur de sport, il pratique la course à pied, le rugby, le canoë, la natation et la boxe. Ses études au Lycée Montaigne (1887-1893) et à Louis-le-Grand (1893-1897) ne le passionnent pas et il décrira plus tard cette période de sa vie dans un autoportrait publié à la une du quotidien sportif Le Vélo : « jeunesse terne – dix ans d'externat dans un lycée noir – études sans éclat – toute combativité disparaît devant la lente oppression du thème grec ». Tout en menant des études de droit à la Sorbonne, il apprend l'annamite (vietnamien) avec l'espoir de partir un jour en Extrême-Orient. Après l'obtention de sa licence en 1901, il s'acquitte de son service militaire à Chartres, étape qui lui déplaît tout autant que ses études. Il ne suit pas les traces de son frère aîné, officier de marine, qui meurt subitement en 1902 d'une typhoïde foudroyante à son retour de Cochinchine. Admis au concours de l'administration coloniale mais affecté en Algérie alors que l'Extrême-Orient l'attirait, Louis Hémon décide alors de partir pour Londres, en 1903, renonçant ainsi au concours et à une carrière diplomatique, au grand dam de sa famille.

Ses années londoniennes : 1903-1911

Du chroniqueur sportif à l'écrivain

Dans la capitale britannique où il est attaché commercial pour les peintures Ripolin, il se découvre écrivain grâce au sport. En effet, son entrée en littérature se fait par les journaux sportifs, en particulier Le Vélo dans lequel est publié, le 1er janvier 1904 son texte « La Rivière », classé premier au concours de nouvelles organisé par le quotidien. Dès cette date, il devient correspondant du Vélo à Londres et publie régulièrement des chroniques sportives ainsi que des récits. Sous le chroniqueur sportif perce l'écrivain. Pour assurer sa subsistance, il exerce divers travaux alimentaires qui ne l'intéressent pas spécialement mais qui lui permettent d'observer les êtres croisés au cours de ses déambulations lorsqu'il est représentant de commerce, ou les collègues fréquentés dans les bureaux. Ce qui compte désormais pour lui, c'est d'écrire.

Rapidement, Louis Hémon déborde du cadre sportif et ses nouvelles s'ancrent dans la capitale anglaise dont il donne à voir la misère, en observateur sensible du quartier pauvre qu'est l'East End. Au cours de l'année 1906, il remporte deux nouveaux prix avec les nouvelles intitulées « La Conquête » et « La Foire aux vérités ». En 1907, il travaille à une nouvelle plus longue, « Lizzie Blakeston », qui sera publiée en feuilleton, du 3 au 8 mars 1908, dans le journal parisien Le Temps. Cette nouvelle assez sombre, qui montre un écrivain parvenu à la maturité, met en scène « le triomphe éphémère puis le drame cruel d'une jeune danseuse londonienne qui, après avoir gagné un concours d'amateurs, ne peut accepter de mener une vie minable dans une corderie. Convaincue de l'inégalité de la lutte et de l'injustice des hommes, désespérée, parce qu'on avait détruit son rêve d'une existence supérieure, elle se jette à l'eau. »

Durant l'année 1908, il écrit un premier roman, Colin-Maillard, qu'il envoie au journal Le Temps, mais sans réussir à le faire publier. L'ouvrage met en scène Mike O'Brady, un jeune héros « qui rêve, un instant, de changer l'ordre du monde et des choses [...] devient révolutionnaire et passe à l'action en tuant le

patron d'une serveuse, humiliée et oppressée ».

À la fin de 1909, il écrit Battling Malone, pugiliste, dans lequel il raconte « la montée fulgurante d'un jeune boxeur, Patrick Malone, à qui on prédit un bel avenir », mais qui est défait par le grand champion français de l'époque. Hémon ne réussit toutefois pas à faire publier ce roman, pas plus que le précédent ou le suivant.

Sans se décourager, il écrit en 1911 Monsieur Ripois et la Némésis, qui raconte l'existence d'un minable exilé français employé dans une grande firme londonienne. Ce dernier ne rêve que de vivre le plus possible d'expériences amoureuses, qu'il accumule avec cynisme, jusqu'à ce que sa rencontre avec Ella lui fasse connaître une vibration nouvelle. Quand celle-ci lui annonce qu'elle est enceinte de lui, il la quitte pour une riche héritière. Un nouvel échec amoureux, mais professionnel aussi, le fait revenir à Ella; mais il apprend alors qu'elle est morte dans un accident. Ripois rentre en France, voué à l'amertume de vivre son premier véritable amour pour une morte. D'où le titre du livre, dont René Clément fera un de ses meilleurs films, sur des dialogues de Raymond Queneau.

Vie amoureuse et départ pour le Canada

Comme le note Aurélien Boivin, « Le caractère de Monsieur Ripois ressemble étrangement à celui de Hémon qui vient de connaître une aventure amoureuse à Londres. En Monsieur Ripois, le don juan raté, Louis Hémon, le timide, s'est projeté pour revivre avec remords son aventure avec Lydia O'Kelly qu'il a abandonnée lui aussi après la naissance d'une fille. » En 1908, Louis Hémon avait en effet eu une liaison avec une jeune femme d'origine irlandaise, Lydia O'Kelly qui avait tout fait pour le séduire, selon la sœur de cette dernière. Le jeune homme est resté très discret sur sa vie avec Lydia au point de ne pas annoncer à sa famille la naissance de sa fille Lydia Kathleen, le 12 avril 1909, estimant que sa famille aurait été incapable de comprendre une relation aussi peu convenable. Lorsqu'il déclare la naissance de l'enfant, il fait une fausse déclaration de mariage pour protéger Lydia. Lydia O'Kelly manifeste des troubles mentaux graves et doit être internée peu après la naissance de sa fille. Louis Hémon confie l'enfant à la sœur de sa compagne, madame Phillips. Mais Lydia ne guérit pas et restera à l'asile de Hanwell jusqu'à la fin de sa vie.

Après huit années passées à Londres où il a le sentiment de n'arriver à rien, Louis Hémon décide de partir pour le Canada. Il quitte Liverpool le 12 octobre 1911, à bord du Virginian, à destination de Québec où il arrive six jours plus tard. Il laisse à Londres sa fille alors âgée de deux ans, sans savoir qu'il ne reverra plus ni la mère, ni l'enfant.

Après un séjour à Québec, il débarque à Montréal et gagne sa vie comme commis dans une compagnie d'assurance, tout en écrivant quelques articles sur le Canada à l'intention du public français.

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