Louis Clapisson (15 septembre 1808 à Naples - 19 mars 1866 à Paris 9e) est un compositeur français et un collectionneur d'instruments de musique anciens.
La famille de Clapisson était originaire de Lyon. Son grand-père, Léonard Clapisson, y exerçait le métier de facteur d'instruments à vent, place du Méridien. On connaît de lui trois instruments mais on ne dispose d'aucun renseignement biographique. Quant à son père Antoine Clapisson, il était corniste professionnel ; il fut chef de la musique militaire du roi Murat, professeur au Conservatoire de Naples et premier cor du théâtre San Carlo puis premier cor du Grand Théâtre de Bordeaux.
L'extrait du registre des actes de naissance du 5e arrondissement de Paris dressé le 27 mai 1836 au moment du mariage de Louis Clapisson avec Marie Catherine Bréard (petite-fille du conventionnel régicide Jean-Jacques Bréard) est ainsi libellé :
« Ce jourd'hui seize septembre mil huit cent huit pardevans nous Jacques Billioux, quartier maitre du régiment des grenadiers de la Garde royale, chevalier de l'ordre royal des Deux-Siciles et faisant fonction d'officier public séant à Naples est comparu, Antoine Clapisson musicien des grenadiers de la Garde royale, assisté de Messieurs Morel Xavier, chef de Bataillon au régiment des grenadiers de la Garde royale, Membre de la Légion d'honneur, et chevalier de l'ordre royal des Deux-Siciles, et Grand Jean François maître de musique du premier régiment suisse, lequel nous a présenté Antoine Louis Clapisson son fils, né de son mariage avec demoiselle Philipine Dubois, le quinze septembre Mil huit cens huit a dix heures du matin et ont signé avec nous, signé Billioux Clapisson Morel Grand Jean pour extrait conforme le quartier Maitre du regiment signé Billioux ».
Deux ans plus tard, Antoine Clapisson père est nommé en surnuméraire à l'orchestre de chambre et de la chapelle palatine, ainsi que l'atteste une lettre du chambellan surintendant de la musique du royaume de Naples et des Deux-Siciles datée du 10 décembre 1810 « l suoi conosciuti talenti, ed il suo credito nel paese per l'arte della musica hanno deliberato S.M. di presceglierlo per il suo Real Servizio della Camera, e Cappella Palatina, in qualita di soprannumero di Corno da Caccia, nell'intelligenza che dovra vestire l'abito di costume equale agli altri sonatori, che sono addetti all'Orchestra di Corte, o pure uniforme militare, e per tutt'altro dovra stare allo stabilita dalla nominata M.S. ».
On ignore à quelle date exactement Antoine Clapisson regagna la France et s'installa à Bordeaux (en 1815 semble-t-il, lors des changements politiques du royaume de Naples) où il trouva une place de premier cor solo au Grand Théâtre. Il confia alors son fils au violoncelliste Hus-Desforges, afin qu'il lui enseigne le violon. Les succès du jeune virtuose le firent remarquer de M. Hippolyte Sonnet, artiste distingué et auteur de la musique de plusieurs ballets représentés à Bordeaux à cette époque. Louis Clapisson reçut de lui des leçons d'harmonie et fut admis comme violon à l'orchestre du Grand Théâtre. L'éducation musicale du jeune Louis Clapisson se poursuivit ensuite auprès de François-Antoine Habeneck au Conservatoire de Paris à partir d'octobre 1830. Il obtint un deuxième prix de violon en 1833. Grâce à Habeneck qui l’avait pris en amitié, il suivit gratuitement des cours particuliers d'harmonie avec Anton Reicha. Il se représenta au concours de violon en 1835, sans succès. Clapisson remplaça, comme maître de composition musicale, Reicha, qui était tombé gravement malade.
À partir d'avril 1832, Louis Clapisson commence une carrière de violoniste. Il devient premier violon au Théâtre Italien et second violon à l'orchestre de l'Opéra, tandis qu'il s'essaye parallèlement à la composition : 24 duos « de genre », intitulés Vieux-Paris, des quatuors pour instruments à cordes, des morceaux de piano, vingt chœurs d'hommes, de la musique sacrée, de très nombreuses romances (notamment le recueil Chansons du Vieux Château) et des chansons à succès, souvent d'inspiration gothique, publiées sous forme d'albums annuels à partir de 1839.
Plusieurs de ses œuvres apparaissent au programme de la Société des concerts du Conservatoire, où il sera nommé premier violon le 11 mars 1836, tel Voici la Nuit, chœur sans accompagnement en février 1835.
Son audience populaire va se confirmer avec son opéra-comique La Figurante en 1838, premier d'une suite d'œuvres dramatiques à succès, écrites pour des chanteurs à la mode, tels Caroline Miolan-Carvalho ou Roger. La revue l’Artiste, sous la plume de L. Michelant, donnait, à la suite de la première, cette critique un peu sévère mais encourageante pour l’avenir du jeune compositeur : « M. Clapisson a déjà composé des nocturnes, des chansonnettes, et, pour nous, ce n’est pas une recommandation. Nous regrettons de voir nos jeunes compositeurs traverser la romance pour arriver à la musique dramatique. (…) Loin de développer leur imagination, ces frivoles compositions la rétrécissent (…). C’est peut-être à cette cause qu’il faut attribuer l’uniformité du premier ouvrage de M. Clapisson : ses mélodies paraissent conçues avec difficulté, et manquent souvent de chaleur. Mais à côté de ces défauts, brillent des qualités qu’on rencontre rarement dans un début. M. Clapisson est excellent harmoniste, et traite l'instrumentation bien mieux qu’on ne pouvait s’y attendre. (…) Nous dirions après avoir entendu l’opéra de M. Clapisson, si nous avions à préjuger sur son avenir, qu’il promet un talent à la fois solide et correct, porté plutôt aux choses de passion qu’au caprice ou à la fantaisie ».
Clapisson abandonne le métier de violoniste du rang et se consacre dorénavant à la composition d'une vingtaine d'œuvres lyriques qui dénotent d'un style tantôt facile et léger, tantôt grandiose, telle Jeanne la Folle (1848), sa seule œuvre pour le grand Opéra, dont plusieurs critiques remarqueront le caractère meyerbeerien. On peut citer également Le Code Noir (1842), son grand succès populaire Gibby la Cornemuse (1846), La Promise (1854) et bien sûr son œuvre la plus connue La Fanchonnette (1856).
Gibby la Cornemuse lui valut quelques critiques mémorables, parmi lesquelles celle de Berlioz, dans le Journal des Débats : « L’Opéra-Comique vient d’obtenir un grand succès dû à une partition brillante (…). Je crois avoir laissé entrevoir qu’elle était musicale. Je le prouverai mieux par les éloges que je dois à l’œuvre de M. Clapisson, véritable œuvre d’art dont la popularité est aujourd’hui assurée. La partition de Gibby, écrite avec cette aisance qu’on ne trouve pas toujours même chez les plus savants maîtres, s’éloigne également de cette facilité étourdie des productions dites gracieuses qui ne vivent qu’un jour. Le style en est franc, toujours clair, les intentions dramatiques les plus heureuses s’y rencontrent fréquemment, et le compositeur a su faire ressortir à merveille les ressources du magnifique talent de Roger dans le rôle principal ». Théophile Gautier n’est pas moins explicite dans ses éloges : « Il était difficile de mettre à la disposition d’un compositeur une donnée plus musicale. Aussi, M. Clapisson en a-t-il tiré le plus heureux parti. (…) Cette œuvre sort M. Clapisson de la foule des faiseurs de romances et de nocturnes, et lui donne un beau rang parmi les compositeurs modernes ».
Clapisson a aussi laissé des chœurs orphéoniques qui restent sans doute moins connus que ceux de Gounod, Félicien David, ou Halévy, mais qui participèrent aussi à sa notoriété. En effet, selon Emile Gilbert, « il avait obtenu tout ce qu'ambitionne un artiste; la réputation que donnent le monde et le théâtre, il l'avait conquise ». Nommé Chevalier de la Légion d'honneur le 29 avril 1847 sur demande d’Adam et Halévy à la suite du très grand succès de son opéra-comique, Gibby la Cornemuse, il se présente une première fois à l'Académie des beaux-arts en 1853. Le 13 novembre, c’est Reber qui obtient au cinquième tour un succès laborieux devançant de peu Clapisson.