Louis André, né le 28 mars 1838 à Nuits-Saint-Georges et mort le 18 mars 1913 à Dijon, est un militaire français.
Ministre de la Guerre de la IIIe République, de mai 1900 à novembre 1904, il mène de profondes réformes dans l'armée, et milite pour la reconnaissance de l'innocence du capitaine Dreyfus, finalement et officiellement reconnue par la Cour de cassation en juillet 1906.
Il est contraint à la démission, en 1904, à la suite de l'affaire des fiches, système de renseignements politiques destiné à empêcher ou à restreindre la promotion, dans l'armée française, des officiers présumés catholiques ou anti-républicain, organisé par le Grand-Orient de France.
Louis Joseph Nicolas André est né sous la monarchie de Juillet, dans une famille fortunée, très pieuse (cinq de ses cousins germains étaient dans les ordres) et orléaniste. Louis André adhère cependant, sous le Second Empire, au positivisme, et devient, à la même époque, républicain sous l'influence d'un cousin germain de sa mère, Eugène Carion.
Louis André entre à l'École polytechnique en 1857 et poursuit sa formation militaire à l'École d'application de l'artillerie et du génie de Metz, dont il sortira 1er en 1861. Lieutenant au régiment d'artillerie à cheval de la Garde impériale, il est nommé capitaine en 1867 et entre à l'état-major particulier de l'artillerie en tant que chef d'escadron en 1877. Colonel en 1888, il est nommé général de brigade et commandant de l'École polytechnique en 1893.
En garnison au Mans de 1897 à 1899, poste auquel il avait été appelé par le général Mercier, qui dirigeait alors, dans cette ville, le 4e corps d'armée, il va se séparer de ce dernier, avec qui il était très lié, à propos de l'affaire Dreyfus. C'est en effet au Mans que le général André a été convaincu que Mercier, lorsqu'il était ministre de la Guerre, avait fait condamner en 1894 le capitaine Dreyfus au vu d'un dossier secret qui n'avait été communiqué ni au capitaine, ni à son défenseur. Et c'est au Mans que Louis André deviendra un militant dans l'Affaire (alors qu'il était, dira-t-il, « comme tout le monde, ou peu s'en faut, un antidreyfusard de la première heure »), à la suite du fameux « discours sur Byzance » prononcé par le général Mercier, suivi d'une manifestation aux relents antisémites de jeunes officiers de la garnison
Cet homme grand et maigre, était certes, malgré son passage dans la Garde impériale, républicain dès le Second Empire, mais il ne le manifestera publiquement, chose alors très rare dans l'armée, que lors des cérémonies du centenaire de l'École polytechnique, en 1894. Il avait été nommé commandant de l'École à la fin de 1893, Sadi Carnot, son condisciple de Polytechnique, étant alors président de la République. Il était positiviste et disciple d'Émile Littré. Pour Émile Mayer, c’est « l’amitié de Sadi Carnot, président de la République, pour son camarade de promotion Louis André […] » qui explique l’accession au généralat de cet officier. Mais Louis André était, et depuis fort longtemps, un artilleur réputé dans l'armée : c'est lui qui avait mis au point les méthodes de pointage du canon lourd de campagne en acier De Bange, alors qu'il était directeur du cours pratique de tir d'artillerie à Bourges (1881-1886), où passaient tous les capitaines de cette arme avant de revenir dans leurs régiments pour diffuser leur savoir ; lieutenant-colonel, il présidait (1886-1888) la Commission d'expériences de Bourges lors de la mise au point des projectiles chargés en mélinite. Sa promotion au grade de général, même un peu tardive (il allait avoir 56 ans) est donc logique.
Le général André est nommé ministre de la Guerre par Waldeck-Rousseau, président du Conseil, le 28 mai 1900, en remplacement du général de Galliffet, démissionnaire. C'était en pleine affaire Dreyfus, quelques mois après le verdict de Rennes qui avait de nouveau condamné le capitaine, mais avec circonstances atténuantes, décision s'agissant d'une accusation de trahison. En accord avec le président du Conseil, il va s'attacher à rétablir la discipline dans l'armée où nombre d'officiers avaient pris position publiquement contre Dreyfus. Son premier acte sera de décider du remplacement de trois responsables de bureaux à l'état-major, ce qui va déclencher une vive réaction des généraux Jamont, vice-président du Conseil supérieur de la guerre, et Delanne, chef d'état-major de l'armée qui l'accuseront de « désorganiser l'armée ». Devant cette manifestation publique de désaccord, le général André va mettre immédiatement fin aux fonctions de ces deux généraux (4 juillet 1900) qui occupaient alors les deux principaux postes de l'armée. Il déclarera ce jour-là à la Chambre des députés :
« Soyez certains, Messieurs, que la tâche que je me suis imposée est de maintenir à tous les degrés de l'échelle, et de rétablir, s'il en était besoin, la discipline militaire la plus absolue. »
Le général André, ministre de la Guerre de 1900 à 1904, a mené nombre de réformes : suppression de la dot des femmes d'officiers au moment de leur mariage ; fin des commissions de classement qui, composées uniquement de généraux, décidaient souverainement des promotions des officiers ; suppression des "inspections générales" dans les corps d'armée puisque, pour Louis André, l'inspecteur général des troupes ne peut être que celui qui les commande ; rattachement des régiments d'artillerie aux divisions d'infanterie, en lieu et place des corps d'armée, afin de favoriser la liaison de l'infanterie et de l'artillerie sur le champ de bataille ; amélioration de la santé dans l'armée ; réforme et libéralisation des établissements pénitentiaires ; port de la tenue bourgeoise en dehors du service ; fixation de la revue du 14 juillet le matin au lieu de l'après-midi, afin d'éviter les insolations ; importance du rôle social des officiers, comme le recommandait Lyautey, que Louis André fera passer général de brigade à 49 ans en octobre 1903. Le général André était à la fois un partisan de la colonisation et d'une armée forte face à l'Allemagne (discours au lycée du Mans de juillet 1897), préfigurant ainsi la position que prendra Delcassé lorsqu'il sera ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905. C'est sous son ministère que les camps du Larzac, de Mailly et de la Courtine sont ouverts, celui de Sissonne faisant, lui, l'objet d'un agrandissement.
Le général André décide, en octobre 1904, que le 155 Rimailho en acier serait le nouveau canon lourd de campagne (en remplacement du 120). Il ne sera pas fabriqué en nombre suffisant par ses successeurs. Il porte à 3 000 le nombre de canons de 75 modèle 1897 que son prédécesseur, Galliffet, avait fait fabriquer à 2 000 exemplaires.
Au début de la Grande Guerre, en 1914, l'armée française disposait de 3675 canons de 75, chiffre dû, pour l'essentiel, au général Galliffet et au général André.
Répondant à un fameux discours de Jean Jaurès à la Chambre des députés (6 et 7 avril 1903), tout en affirmant qu'il ne pouvait que respecter le verdict de Rennes, au nom de la "chose jugée", le ministre accepte de mener, à l'intérieur du ministère de la Guerre, une "enquête personnelle" pour savoir dans quelles conditions, et sur quelles pièces, Alfred Dreyfus avait été condamné à la déportation à perpétuité en décembre 1894. Aidé de son officier d'ordonnance, le capitaine Antoine Targe, il découvre en quelques semaines que Dreyfus avait été condamné d'après des pièces inventées ou falsifiées et que des documents favorables à l'accusé n'ont pas été fournis au conseil de guerre. Il démontre aussi que les "aveux" de sa culpabilité qu'aurait faits le capitaine Dreyfus le jour de sa dégradation (5 janvier 1895), ont été purement et simplement inventés par l'officier qui commandait, ce jour-là, le détachement de la Garde républicaine chargé de veiller sur le condamné, ces "aveux" étant validés par écrit avec la signature du général Gonse, sous-chef d'état-major de l'armée. Fort de ces découvertes, le général André obtient, avec quelques difficultés, du gouvernement Combes, que ces éléments nouveaux soient transmis à la Cour de cassation. Pour lui, l'honneur de l'armée nécessitait qu'elle reconnaisse ses erreurs dans l'Affaire. La Cour de cassation, après une enquête complète et rigoureuse de plus de deux années, innocente définitivement le capitaine Dreyfus le 12 juillet 1906.