Le général Louis-Albert-Guislain Bacler d’Albe, né le 21 octobre 1761 à Saint-Pol-sur-Ternoise, mort à Sèvres le 12 septembre 1824, est un général, cartographe et peintre français de la Révolution et de l’Empire.
Il joue un rôle historique dans deux domaines : la cartographie et la peinture de bataille. Par ailleurs, à partir de 1804, il est responsable de la documentation cartographique au service de l'empereur.
Bacler d'Albe est l'un des plus anciens compagnons de Napoléon Ier : artilleur comme lui au siège de Toulon en 1793, il fait encore partie des quelques noms cités dans le testament de Napoléon, rédigé à Sainte-Hélène en 1821, pour l'éducation de son fils. En tant que chef de son cabinet topographique personnel de 1804 à 1814, il fournit à Napoléon toutes les cartes disponibles nécessaires aux prises de décision stratégiques pendant les campagnes (il est à sa disposition de jour comme de nuit).
Géographe, il est considéré comme l'un des meilleurs cartographes de son temps, il a perfectionné la représentation du relief par jeux d'ombres, dirigé le Dépôt de la Guerre (ancêtre de l'actuel Institut national de l'information géographique et forestière) et réalisé les premières cartes homogènes d'Italie puis d'Europe (exemplaire unique appelée « carte de l'empereur », perdue pendant la retraite de Russie à part la feuille de Bavière).
Artiste, il est considéré comme un rénovateur du genre des peintures de bataille (en apportant à la fois vue d'ensemble topographique et sens du détail humain) et un bon graveur (vues de Savoie et vues prises à travers l'Europe pendant les campagnes de l'Empire).
Son fils Joseph, participe à la guerre d'indépendance du Chili, en formant les premières générations d’ingénieurs militaires et en dressant les plans des batailles.
Louis Albert Guislain Bacler d'Albe est né en Artois en 1761. Son père est un ancien trésorier du régiment de Toul.
Il part vers le sud à 24 ans, avec sa compagne (qu'il n'épousera qu'en 1808), et devient un peintre à succès dans la région du Mont-Blanc entre 1785 et 1793. Il vit à Sallanches (Haute-Savoie), où naissent deux fils Joseph Albert le 22 juillet 1789 et Marie Louis François le 12 janvier 1792, avant François Auguste Laurent (2 juillet 1795) à Nice, puis Alexandrine Julie Joséphine (24 décembre 1799) et enfin Louis Marc à Issy (28 octobre 1805).
Engagé volontaire en 1793, il participe au siège de Lyon et au siège de Toulon et est élu capitaine d'artillerie par ses camarades de régiment sans avoir suivi de formation militaire.
Il est ensuite affecté à l’armée d'Italie (1794-1797). Il y devient officier géographe et cartographe officiel de l’armée d'Italie en raison de ses talents artistiques. Il participe à la première campagne d’Italie sous les ordres de Bonaparte, qui le choisit comme dessinateur et peintre afin de populariser ses victoires auprès des Français. Bacler d'Albe réalise à cette occasion à Milan en l’An V l’un des premiers portraits de Bonaparte, s'inspirant du travail d'Antoine Gros. Nommé chef du Dépôt de la Guerre de la République cisalpine, il cartographie l'Italie entre 1797 et 1799, alors que Bonaparte est revenu en France.
Il entre de nouveau au service personnel de Bonaparte à partir 1799. À partir de cette date jusqu'à la chute de l’Empire, sa vie est entièrement dévouée au service de celui-ci. Chef des ingénieurs du Dépôt de la Guerre à Paris de 1799 à 1804, il participe à la normalisation de la cartographie française (commissions de 1802-1803). Il poursuit dans le même temps son œuvre d'artiste. Chef du bureau topographique de l'Empereur de 1804 à mars 1814, il le suit partout en temps de paix comme en campagnes et est son plus proche collaborateur sur le plan de la stratégie. Il réalise la Carte de l'Empereur, première carte homogène de l'Europe (au 1:100.000).
Directeur du Dépôt de la Guerre en 1814-1815, il sauve du pillage les cuivres de la carte de Cassini, seule carte de France existant à l'époque. Privé de son emploi par la chute définitive du Premier Empire et surveillé par la monarchie, il se retire dans sa maison de Sèvres, où il vit comme artiste lithographe. Il réalise des centaines de gravures à partir des dessins réalisés tout au long de ses campagnes à travers l'Europe. Il meurt à Sèvres en 1824.
Le collaborateur stratégique de l'empereur
Bacler d'Albe aura une place privilégiée parmi les collaborateurs de Napoléon. Il se distingue en particulier par sa longévité, sa proximité et le caractère essentiel de son rôle.
Bacler d'Albe a une longévité exceptionnelle auprès de Napoléon : présent comme lui au siège de Toulon en 1793, il travaille directement sous ses ordres de 1804 à mars 1814. Il est du petit cercle d'intime de son "cabinet intérieur". À la veille de sa mort, Napoléon se souvient de lui et cite plusieurs fois ses œuvres cartographiques dans son testament pour l'éducation de son fils, le Roi de Rome.
Bacler d'Albe est le cartographe personnel de Napoléon de 1804 à 1814. Il synthétise toutes les informations géographiques et militaires sur la carte qu'il tient à jour pour l'Empereur, en temps de paix comme en temps de guerre, ce qui en fait le plus proche collaborateur de Napoléon.
il est le seul à préparer les décisions stratégiques de Napoléon, travaillant sous sa tente, les veilles de batailles, pour répondre à ses questions cartographiques. Néanmoins, l'absence de formation militaire de Louis Bacler ne lui permet pas de conseiller Napoléon en matière de stratégie.
il rend concret devant ses yeux le terrain de campagne. L'historien Frédéric Masson écrit : "Doué d'une facilité prestigieuse, d'Albe était capable de figurer uniquement d'après la carte et sans se tromper d'une ligne le panorama des lieux où l'Empereur comptait livrer bataille. Sur ces hachures, ces courbes, ces points noirs ou blancs, il voyait et faisait voir, existant et tel que dans la nature, non pas le terrain abstrait, mais en quelques sorte le terrain concret des campagnes futures" ,