Louis-Hippolyte La Fontaine, 1er baronnet La Fontaine de Montréal, né le 4 octobre 1807 à Boucherville et mort le 26 février 1864 à Montréal, est un juriste, homme politique et seigneur canadien-français.
Avocat et pamphlétaire, il est d'abord proche du Parti patriote et de Louis-Joseph Papineau. Opposé au recours aux armes, il rompt avec Papineau lors de la rébellion de 1837. Chef du Parti réformiste, il est premier ministre du Canada-Uni de 1842 à 1843, puis de 1848 à 1851. Âgé de seulement 34 ans au moment de sa première nomination, il est le plus jeune Canadien français à avoir occupé ce poste.
Figure majeure du régime de l'Union, Louis-Hippolyte La Fontaine est principalement connu pour être, avec Robert Baldwin, l'un des instigateurs du gouvernement responsable au Canada-Uni.
Louis-Hippolyte La Fontaine vient au monde dans un milieu modeste. Il est le troisième fils d'Antoine Ménard dit La Fontaine, un menuisier, et de Marie-Josephte Fontaine dit Bienvenue.
Après des études primaires, en 1820, Louis-Hippolyte La Fontaine entre au collège de Montréal pour faire son cours classique. Surnommé « la grosse tête » par ses camarades, il se fait remarquer par sa mémoire prodigieuse et sa grande capacité de travail. Énergique et compétitif, il brille dans ses performances au jeu de paume où, selon les témoignages de l'époque, « il ne connaissait pas de rival ». S'il brille à ce jeu, en revanche, son tempérament contestataire cadre mal avec les rigueurs imposées aux jeunes séminaristes. À la fin de son année de belles-lettres, il abandonne ses études.
En 1826, il entre comme clerc dans un bureau d'avocat, dirigé par un dénommé François Roy. Cette expérience lui permet de se familiariser avec les diverses formules, procédures et conventions ponctuant la vie de juriste, et seulement deux ans plus tard, en 1828, il devient officiellement avocat.
Louis-Hippolyte La Fontaine se bâtit une réputation solide de plaideur efficace, d'esprit logique et précis. Cette dernière attire l'attention de Joseph-Amable Berthelot. Originaire de Saint-Eustache, Joseph-Amable était le cousin d'Adèle Berthelot, fille d'Amable Berthelot, un riche avocat de la haute-ville de Québec et ancien député de Trois-Rivières. Ce rapprochement avec les Berthelot sera très fructueux. Louis-Hippolyte La Fontaine s'associe avec Joseph-Amable Berthelot et épouse Adèle Berthelot le 9 juillet 1831.
À cette époque, bien que plusieurs membres de l'élite bas-canadienne aient reçu une formation en droit, plusieurs d'entre eux mènent en réalité des carrières hybrides. Si leur formation en droit leur confère une place privilégiée au sein de la société, ils n'agissent pas toujours à titre d'avocats, au sens strict. Par exemple, certains, comme Denis-Benjamin Viger et Ludger Duvernay, agissent plutôt à titre de journalistes ou de polémistes engagés dans les débats politiques. D'autres, comme George-Étienne Cartier et Frédéric-Auguste Quesnel, rompus à la finance, s'occupent à la fois de droit et d'affaires. D'autres encore, comme François-Xavier Garneau et Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, fondamentalement préoccupés par l'édification d'une culture nationale, s'intéressent surtout à l'histoire et à la littérature, ainsi qu'à leur enseignement et à leur rayonnement.
Dans le cas de Louis-Hippolyte La Fontaine, le droit est plutôt une vocation sincère. Avec son sang-froid et son raisonnement mesuré, toujours appuyé sur des principes juridiques clairs, La Fontaine se voit tout naturellement attiré vers les domaines juridiques et institutionnels, et en particulier vers la politique.
Sympathique aux idées de Louis-Joseph Papineau et du Parti patriote, Louis-Hippolyte La Fontaine commence à participer aux campagnes électorales du Bas-Canada. Aux élections d'octobre 1830, il se présente comme candidat et se fait élire député de Terrebonne à la Chambre d'assemblée du Bas-Canada.
Son entrée en politique coïncide avec celle d'un autre député : Augustin-Norbert Morin. De parcours similaire à celui de La Fontaine (issu d'un milieu modeste et formé en droit), avant son élection, Morin se faisait déjà connaître pour son travail de journaliste dans Le Canadien, puis dans La Minerve, qu'il avait fondé avant d'en céder la direction à son ami Ludger Duvernay. Tout au long de leurs carrières politiques, les deux hommes demeureront de proches collaborateurs.
Dès ses premières années au parlement, Louis-Hippolyte La Fontaine se positionne dans le camp des radicaux de son parti. L'un des défenseurs les plus enthousiastes des 92 résolutions de Papineau, il dénonce le mépris des autorités britanniques envers les lois et les institutions de 1791. Il s'en prend en particulier à ceux qui, parmi les Canadiens français, cautionnent ce non-respect en acceptant des postes offerts par les autorités britanniques.
À la veille des élections de 1834, il publie un pamphlet intitulé Les Girouettes, dans lequel il s'en prend aux frères Dominique et Charles Mondelet. Guidés par leur « intérêt particulier et une ambition coupable », ces députés réformistes modérés avaient trahi leurs principes, le premier en acceptant un poste au Conseil exécutif non élu et le second en rejetant publiquement les 92 résolutions. En 1837, La Fontaine publie un deuxième pamphlet, Notes sur l'inamovibilité des curés dans le Bas-Canada. Son pamphlet vise directement Mgr Jean-Jacques Lartigue, évêque de Montréal, à qui il reproche d'avoir abusé de son pouvoir en retirant des curés de leurs fonctions, sans que ceux-ci aient de recours pour en appeler de sa décision.
Révoltes et suspension de la constitution
Tout au long des années 1830, les tensions montent au Bas-Canada. Bien qu'ils forment la majorité de la population, les Canadiens français demeurent exclus du contrôle de leurs propres institutions. Élue par la population, l'Assemblée du Bas-Canada ne jouit ni de la responsabilité ministérielle ni du contrôle de son propre budget. Le Conseil exécutif, ainsi que ses conseillers et ses chefs de services administratifs, demeure entièrement composé de membres choisis par la Couronne britannique, échappant au contrôle de l'Assemblée. En 1836, la situation commence à s'envenimer lorsque les élus de l'Assemblée décident de ne plus voter les subsides décidés par le Conseil exécutif.
Le 6 mars 1837, le secrétaire d'État britannique Lord Russell décide de répondre aux 92 résolutions de Papineau par la voix de ses 10 résolutions. Ignorant les changements réclamés par les patriotes, Londres décide de permettre au Conseil exécutif d'outrepasser le pouvoir de l'Assemblée et de piger dans le trésor public la somme totale des subsides refusés par les députés. Violant la souveraineté de l'Assemblée, cette décision déclenche une crise politique majeure.
Chez les patriotes, deux tendances se dessinent. La première, incarnée par Étienne Parent et René-Édouard Caron, est de rejeter le recours aux armes. Redoutant les conséquences d'un affrontement avec l'armée britannique (jugée à cette époque la plus puissante du monde) et les risques d'une défaite et d'une répression encore plus sévère par la suite, Parent et Caron continuent à espérer un règlement politique avec Londres. La seconde, incarnée par les plus radicaux comme Louis-Joseph Papineau, Augustin-Norbert Morin et Louis-Hippolyte La Fontaine, est de refuser d'obéir aux autorités britanniques et de maintenir l'attitude exprimée dans les 92 résolutions. Ainsi, à l'été 1837, des assemblées publiques s'organisent un peu partout. La Fontaine et les autres radicaux appellent au boycottage des produits anglais et encouragent la population à faire de même. Leur but est de maintenir la pression sur Londres afin que les Britanniques se rendent enfin à leurs vues.
En novembre 1837, les affrontements semblent inévitables. Dans un revirement étonnant, quatre jours avant la première bataille de la rébellion, Louis-Hippolyte La Fontaine décide de changer de position. Il rejette le recours aux armes et écrit au gouverneur Gosford pour lui demander de convoquer d'urgence le Parlement. Ce revirement sème la confusion chez les patriotes. Tout en ralliant quelques députés, La Fontaine croit qu'en convoquant les élus, l'Assemblée sera préservée et que les Canadiens français éviteront de subir le même sort que celui des Acadiens. Dans l'esprit de ce patriote, ce n'est « pas seulement la victoire ou la défaite d'un régime politique, mais tout le destin d'un peuple, d'une culture, d'une communauté nationale » qui se joue. Malgré sa demande, le gouverneur Gosford refuse de convoquer le Parlement. Des mandats d'arrestations sont lancés contre les têtes dirigeantes des patriotes. La Fontaine, Papineau et d'autres choisissent alors de s'exiler.