Louis-François Richer Laflèche (4 septembre 1818 - 14 juillet 1898) est un prêtre catholique et seigneur canadien métis. Il est évêque du diocèse de Trois-Rivières, au Québec, à partir de 1867.
Louis-François Laflèche naît le 4 septembre 1818 à Sainte-Anne-de-la-Pérade, village situé dans la région de la Mauricie, au Québec. Il est fils de Louis Richer-Laflèche et de Marie-Anne Joubin-Boisvert. Cette dernière donna naissance à sept enfants, mais seuls cinq survécurent, faisant de Louis-François le cadet de la famille. Le père de Laflèche est agriculteur et marguillier tandis que sa mère se dévoue essentiellement à l’éducation de ses enfants. Cette éducation, qui comprend notamment l’enseignement des devoirs religieux et les premiers rudiments de la connaissance, elle la reçut elle-même chez les Ursulines. La famille Laflèche accueille ensuite un instituteur en pension, John Craig Morris, qui offre aussi à Laflèche un enseignement certes rigide et strict, mais sans lequel son admission au collège classique aurait été plus qu’incertaine.
Il fait son entrée au Collège de Nicolet à l’âge de treize ans et y est pensionnaire jusqu’à ses vingt ans, soit de 1831 à 1838. Puis, il y poursuit son parcours comme étudiant en théologie jusqu’en 1844. Simultanément à sa préparation au sacerdoce, il occupe un poste de professeur dans une classe de troisième année, il enseigne plus précisément la rhétorique. Louis-François Laflèche était considéré comme un élève brillant et un excellent professeur doté d’une vaste culture et d’un grand talent d’orateur. Il reçoit le diaconat en 1843 et entame par conséquent l’année scolaire de 1843-1844 comme diacre. Il est finalement ordonné prêtre le 4 janvier 1844, à Québec.
Missionnaire dans l'Ouest (1844-1856)
Le Collège de Nicolet est un des grands pourvoyeurs des missionnaires de l’Ouest canadien. Dans le but de faire germer des vocations chez les étudiants, les missionnaires leur rendent visite à maintes reprises et racontent leur histoire. Joseph Norbert Provencher inspire grandement Laflèche et le motive à s’engager dans une mission à la colonie de la rivière Rouge. Un autre incitatif justifie son implication dans cette mission: sa grand-mère était une métisse originaire des plaines de l’Ouest. La mère de Louis-François lui en parle souvent et éveille en lui une curiosité pour cette région. Ainsi, le 27 avril 1844, il commence un voyage vers Saint-Boniface, qui durera 55 jours. L’équipage traverse rivières et lacs à canot et procède à plusieurs dizaines de portages. Tempêtes, accidents et conditions difficiles alourdissent le voyage. Laflèche contracte d’ailleurs un rhumatisme qui l’affecte tout au long de son séjour dans l’Ouest et duquel il tire des séquelles à son retour, notamment une légère claudication.
Laflèche fait preuve d'une grande activité missionnaire. D’abord, il apprend les langues et cultures autochtones en un temps remarquable, plus précisément celles des Cris, des Montagnais et des Sauteux. En 1846, il se rend au poste de mission de l’Île-à-la-Crosse, accompagné d’Alexandre-Antonin Taché, qui sera par ailleurs nommé archevêque de Saint-Boniface quelques années plus tard. Laflèche est plus sédentaire que son compagnon en raison de son rhumatisme qui lui cause des souffrances. Ces dernières justifient son retour à Saint-Boniface auprès de Joseph Provencher en 1849. Il y restera jusqu’en 1856. Durant ces années, il est notamment invité à participer au Conseil d’Assiniboia, au sein duquel il s’impliquera sur des questions variées telles que l’éducation, la chasse et les ventes immobilières. En 1851, il frôle la mort dans le Dakota du Nord lors d’une sortie de chasse au bison pour laquelle il accompagnait les Métis de la Prairie-du-Cheval-Blanc. Un groupe de Sioux largement plus nombreux qu’eux les attaque par surprise et encercle leur campement. Miraculeusement, les Sioux battent en retraite après plusieurs affrontements. Après douze ans de mission, Laflèche quitte définitivement l’Ouest pour sa terre natale dans le but d’y trouver repos. Cette expérience comme missionnaire le marque profondément, il retourne d’ailleurs en ces lieux à quatre reprises entre 1880 et 1894.
À son retour de mission, Laflèche consacre cinq ans à son alma mater. Il y enseigne d’abord les mathématiques et la philosophie, puis il occupe le poste de préfet des études en remplacement de l’abbé Charles-Olivier Caron. Il profite de l’occasion pour faire des changements considérables dans divers secteurs du collège: il s’implique dans le succès des élèves et les motive à l’apprentissage des sciences mathématiques et de la physique, il améliore l’esthétique de la cour extérieure et enrichit la bibliothèque. Il contribue, de surcroit, à éteindre les ambitions de certains Trifluviens qui auraient souhaité le déménagement du Collège dans leur ville, et il fait échec au projet d’affilier celui-ci à l’Université Laval, qu’il juge trop libéral.
Coadjuteur du diocèse trifluvien (1861-1867)
Menacé d’une crise financière, le diocèse de Trois-Rivières a urgemment besoin d’un redressement. Grandement impressionné par travail de Louis Laflèche au Collège de Nicolet, Thomas Cooke lui demande son aide pour l’épauler dans cette tâche colossale. Après s’être fait longtemps prier, Laflèche accepte de quitter ses fonctions au collège et déménage sur l’autre rive du Saint-Laurent afin d’occuper le poste d’administrateur du diocèse, bien qu’il doute de ses aptitudes, selon lui réduites en raison de ses infirmités. Il relève finalement le défi avec brio et sauve le diocèse de la faillite.
Laflèche contribue également durant ces années à la fondation du Journal de Trois-Rivières dans lequel il publiera abondamment. Parmi ses nombreuses publications, on compte tout spécialement la série de 34 articles intitulée Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille. Cette collection d’articles est rassemblée en un volume et publiée par la maison d’édition Eusèbe Sénécal en 1866. La supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel est le point de convergence des articles. Il y expose, dans un premier temps, sa conception de la nation, du patriotisme et de la destinée providentielle, puis s’attarde sur la question de l’autorité et du gouvernement. Il traite ensuite du rapport entre Église et politique. Puisque décisions politiques et convictions morales sont intriquées et que, selon lui, la société religieuse devrait détenir une autorité première, il serait du devoir de l’Église d’intervenir dans la sphère politique notamment en guidant les choix électoraux des fidèles. Enfin, sous sa plume, la Providence interviendrait dans l’organisation sociale et politique des sociétés et une erreur serait la séparation de l’Église et de l’État.
Évêque du diocèse de Trois-Rivières (1867-1898)
Le 23 novembre 1866, Laflèche est officiellement ordonné évêque coadjuteur de Trois-Rivières par le pape Pie IX, eu égard au précaire état de santé de Thomas Cooke. Il est consacré le 25 février 1867 par l'évêque titulaire de Tlos (de) Charles-François Baillargeon avec comme co-consécrateurs John Joseph Lynch et Charles La Rocque. Il est très honoré et impressionné d’assister au premier concile du Vatican de 1869-1870. Il considère la journée du 18 juillet 1870, soit la journée de l’acceptation du décret de l’infaillibilité pontificale, comme la plus belle de sa vie. La même année, il succède à Thomas Cooke, mort pendant le concile. Il devient évêque en titre du diocèse trifluvien et est accueilli par une foule en liesse à son retour de Rome. L’épiscopat de Louis-François Laflèche s’étend sur 31 ans. À la fois autoritaire et cordial, opiniâtre et chaleureux, il attire la sympathie de ses paroissiens, notamment par ses nombreuses visites pastorales et la sollicitude qu’il démontre à l’égard des plus pauvres. Il est apprécié de ses pairs, à l’exception des plus libéraux avec lesquels il entretient des échanges houleux. En effet, il prend part aux controverses qui opposent très généralement deux familles de pensée : d’un côté se trouvent les ultramontains et de l’autre, les libéraux. Certaines dissensions naissent en majeure partie des opinions de chacun quant au rapport entre la politique et l’Église ou bien entre l’éducation et l’Église. Au sein de l’épiscopat de la province de Québec, cette joute oppose les tenants de l’ultramontanisme comme Ignace Bourget et Laflèche, et les évêques libéraux tels que le cercle de Elzéar-Alexandre Taschereau. On retrouve cet antagonisme dans d’illustres querelles de l’époque, entre autres, celles relatives au Programme catholique, à l’influence indue ou encore à la division du diocèse trifluvien.