Louis-Antoine de Bourbon-Condé, connu dans l'histoire sous son titre de duc d'Enghien ([dɑ̃ɡjɛ̃]), né le 2 août 1772 à Chantilly et mort fusillé le 21 mars 1804 à Vincennes, est un prince du sang français. Il est le 10e et dernier duc d'Enghien, et l'ultime descendant de la maison de Condé.
Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé naît le 2 août 1772 à Chantilly. Il est le fils unique de Louis, dernier prince de Condé et de Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans. Le jour de sa naissance, il est ondoyé par Gérard Billet, curé doyen de la chapelle de Chantilly de 1733 à 1786, en présence de ses deux grands-pères : son grand-père maternel Louis-Philippe d'Orléans et son grand-père paternel Louis V Joseph de Bourbon-Condé.
Enfant de constitution délicate, le jeune Louis-Antoine-Henri grandit d'abord avec ses nourrices au domaine de Chantilly, dans le château d'Enghien, un bâtiment construit peu avant sa naissance, en 1769, par l'architecte Jean-François Leroy, et situé face au château de son grand-père.
Après un début d'union romanesque, ses parents se séparent officiellement en 1781. Sa mère est confinée à Chantilly : elle idolâtre son fils, peint son portrait et s'intéresse à l'ésotérisme en vogue. Mais sa tutelle passe au prince de Condé qui, aidé d'un vétéran, Monsieur de Virieu, aguerrit l'enfant par des exercices physiques (équitation, marche, natation, jeu de paume...), et vise à développer son intérêt pour la chose militaire en lui rappelant notamment l'exemple de leur aïeul, le Grand Condé. Quant à ses études, elles sont confiées à l'abbé Claude-François-Xavier Millot.
C'est âgé de presque 13 ans que Louis-Antoine-Henri est baptisé le 17 mai 1785, en la chapelle royale du château de Versailles par Armand de Roquelaure (1721–1818), évêque de Senlis et premier aumônier du roi ; son parrain est le roi Louis XVI et sa marraine est la reine Marie-Antoinette.
Le 14 juillet 1789, lors de la prise de la Bastille, le jeune duc d'Enghien, son père le duc de Bourbon, et son grand-père le prince de Condé, gagnent Versailles pour s'entretenir avec le roi des suites à donner à l'événement. Il note dans son journal :
« Le Roi commençait à céder, soit à l'instigation de Necker, soit entraîné par sa bonté ordinaire. Le peuple n'en devint que plus entreprenant. Toujours enhardi par sa faiblesse, il résolut d'amener le Roi à Paris, seul, sans gardes et comme un prisonnier qui comparaît devant ses juges. Cette humiliation et le refus du roi qui ne voulut point permettre à mon grand-père de le suivre à Paris décidèrent mes parents à sortir du royaume et à y chercher des remèdes aux maux de la France. »
L'émeute parisienne s'étend très vite aux campagnes environnantes : à Chantilly, des serviteurs des Condé sont malmenés. Trois jours après la chute de la Bastille, ces derniers quittent la France, retrouvent le comte d'Artois à Bruxelles, et s'établissent d'abord à Turin, auprès de la princesse de Piémont Clotilde, sœur de Louis XVI, et du beau-père des comtes de Provence et d'Artois, Victor-Amédée III de Sardaigne. Ils s'installent ensuite à Worms, sur les terres du prince-archevêque Frédéric-Charles Joseph d'Erthal, et enfin à Ettenheim, dans la partie allemande du diocèse du cardinal de Rohan, archevêque de Strasbourg. C'est là que le duc d'Enghien fait la connaissance de celle qui deviendra l'amour de sa vie, Charlotte de Rohan-Rochefort, nièce du cardinal. Cependant, ce premier séjour en pays de Bade ne dure pas, et commencent alors neuf années d'errance à travers l'Europe, au gré des combats de l'armée des princes.
Le duc d'Enghien rejoint l'Armée des émigrés qui se forme outre-Rhin sous le commandement de son grand-père, le prince de Condé, et de son père, le duc de Bourbon. Leur but est de marcher sur Paris pour restituer à Louis XVI les pouvoirs que lui a arrachés l'Assemblée nationale constituante.
En 1792, le duc d'Enghien prend la tête de l'« Armée royale française ». Cette dernière s'engage en août dans l'invasion de la France aux côtés des corps autrichiens et prussiens réunis sous le commandement du duc Charles-Guillaume Ferdinand de Brunswick, expédition qui échoue en septembre lors de la bataille de Valmy. Malgré cela, Enghien se taille une réputation de chef de guerre : les soldats le surnomment le duc « Va de bon cœur », et, le 2 février 1794, il reçoit des mains du comte de Provence la croix de Saint-Louis pour son comportement valeureux.
Cependant, avec les années, le duc perd espoir :
« Je ne crois plus à la contre-révolution ; je vois avec chagrin que d'avoir fait toute la guerre dans l'armée de Condé sera avoir perdu mon temps. »
De retour à Ettenheim dans le margraviat de Bade, à quelques lieues de la frontière française, sans ressources autres qu'une modique pension du gouvernement britannique, il s'y établit dans une simple maison, entouré de quelques fidèles tels le marquis de Thumery, le baron de Grünstein, le lieutenant Schmidt et son fidèle serviteur Joseph Calonne.
Ses projets de mariage avec la princesse Caroline de Bade ayant été contrariés par le margrave Charles-Frédéric, il vit ouvertement avec la femme de sa vie, Charlotte de Rohan-Rochefort. Tout projet de mariage paraît impossible, dans la mesure où la jeune femme, si elle est issue d'une des plus prestigieuses familles de France, n'est pas de sang royal. Qui plus est, elle est la nièce du cardinal de Rohan, autrefois compromis dans l'affaire du collier de la Reine.
Selon Charles Lefeuve (1818-1882), historien de la ville de Paris, Charlotte aurait toutefois, en 1794, à la suite de sa liaison avec le duc d'Enghien, accouché de deux filles jumelles, dans l'ancien hôtel Rohan-Rochefort au 19, rue Bonaparte, par le docteur Moulin.
En mai 1803, alors que la paix d'Amiens est rompue, Georges Cadoudal, ancien général en chef de l'armée catholique et royale de Bretagne, accompagné du général Pichegru et du général Moreau, fomente un projet d'attentat contre Bonaparte, alors Premier Consul, pour restaurer la royauté.
Dès mars 1804, à la suite d'une perquisition chez Armand de Chateaubriand (le cousin du mémorialiste), Napoléon Bonaparte découvre l'existence du complot et fait arrêter la plupart des conjurés. Cadoudal, arrêté le 9 mars, reconnaît que le complot attend pour son exécution le retour d'un prince de sang royal, qui doit se mettre à sa tête et qui pourrait, une fois revenu en France, se proclamer lieutenant général du royaume et préparer la restauration des Bourbons.
Le futur Louis XVIII séjourne alors en Pologne avec son neveu le duc d'Angoulême, le comte d'Artois est en Angleterre avec son fils cadet le duc de Berry, et les soupçons se portent donc très vite sur le duc d'Enghien, seul à demeurer près de la frontière française. La police consulaire sait par ailleurs qu'Enghien est en relation avec les ennemis du régime, émigrés et royalistes de l'intérieur. Elle croit par ailleurs savoir, mais se trompe, que Charles François Dumouriez lui a rendu visite. Le préfet du Rhin, enfin, signale, en partie à tort, d'importants rassemblements d'émigrés autour d'Ettenheim. La correspondance de l'ambassadeur anglais Sir Francis Drake, qui est portée à la connaissance du Premier Consul vers la même époque, achève de le convaincre : elle fait également état de l'arrivée clandestine d'un Bourbon sur le sol de la République.