Louis-Édouard Pie (26 septembre 1815 - 18 mai 1880) est un cardinal de l'Église catholique, évêque de Poitiers, qui fut l'un des principaux chefs ultramontains pendant le XIXe siècle.
Louis-Édouard-François-Désiré Pie est né à Pontgouin dans le diocèse de Chartres le 26 septembre 1815.
Son père, Louis-Joseph Pie, est cordonnier. Sa mère, née Anne Élisabeth Aimée Gaubert (1796-1877), est fille de cordonnier. Issus d'un milieu modeste, ils se marient le 21 août 1813. Le couple s’installe à Pontgouin, petit village du diocèse de Chartres, situé dans la vallée de l’Eure. Très pieuse, la jeune épouse, âgée de 17 ans, a souffert des persécutions anti-catholiques de la Révolution. Ayant été privée d’instruction religieuse étant enfant, elle décide qu’elle la mettrait au centre de la vie de sa famille et de l’éducation de ses propres enfants. Il n’y a pas de doute qu'Anne Élisabeth a eu une grande influence sur le destin de son fils Édouard. Elle vivra avec lui à l'évêché de Poitiers et est inhumée chez les religieuses de La Puye.
Édouard Pie reçoit, le 21 décembre 1833, la tonsure. En 1835, il entre au grand séminaire de Saint-Sulpice où il demeure quatre ans. Il poursuit ensuite ses études de théologie à Paris. Sa position ultramontaine, affirmée au séminaire contre certains de ses professeurs très gallicans, le jeune abbé la tient de son ami l’abbé Lecomte, curé de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. L’abbé Lecomte, qui a à plusieurs reprises refusé la crosse d’évêque, est ultramontain, infaillibiliste et grand admirateur de la pensée de Joseph de Maistre. La mort de Lecomte, le 31 décembre 1850, est un événement très douloureux pour Édouard Pie, alors jeune évêque de Poitiers. Il écrit le jour même au frère de son ami défunt, Gabriel Lecomte : « Je n’ai point de paroles, cher monsieur et digne ami, pour vous exprimer l’excès de ma douleur […] J’aimais comme un père, comme un frère, comme un ami unique, celui que la mort vient de frapper. Je ne puis arrêter le cours de mes larmes, et elles ne sortent point encore néanmoins assez d’abondance pour décharger mon cœur. »
Un autre personnage joue un rôle de premier ordre dans la vie de l’abbé Pie, c’est son évêque, Clausel de Montals , qui le connait comme séminariste, puis comme jeune prêtre et vicaire de Chartres.
Édouard Pie reçoit les quatre ordres mineurs en 1837 et est ordonné diacre, le 9 juin 1838.
L'année suivante, le 25 mai 1839, il fut ordonné prêtre.
Il y avait donc bientôt neuf ans que Louis-Philippe est au pouvoir quand l’anti-libéral abbé Pie entame son ministère pastoral à Chartres. Il y retrouve son ami l’abbé Lecomte. De cette première année de sacerdoce, on retient trois sermons qu’il prononce sur l’éducation des enfants dans la famille, à l’école et dans l’Église. Il y critique le scepticisme de l’université et le livre de Victor Cousin : Du vrai, du beau et du bien. L’année suivante, il se vit confier par l’évêque les sermons de Carême. Il essaie de montrer l’importance et la nécessité de l’étude de la religion chrétienne. Le premier discours vise à en montrer la supériorité sur les politiques anti-chrétiennes entre autres choses. Le deuxième établit la supériorité de la religion chrétienne parce que révéléz. Non pas parce que la grâce annihilerait la raison, mais en ce qu’elle l’attire vers des hauteurs dépassant ses seules forces naturelles. Puis il aborda dans le sermon suivant la question de l’ordre social : il revendiqua la liberté de l’Église contre « les princes conjurés et les nations frémissantes. » Il fustige la France passée au libéralisme et donc à l’indifférentisme. Aux libéraux, il dit que « l’Église ne saurait être en sous-ordre. Toute captive qu’elle soit, elle veut qu’on la traite en reine, non par grâce, mais de droit. »
En 1843, le 4 janvier exactement, Montals nommait l’abbé Pie vicaire général. C’est ainsi qu’il prêcha la neuvaine de l’Assomption de l’année 1846. Pour répondre à cette invitation, il prit pour thème de ses prédications : le devoir du retour à Dieu. Ces sermons s’en prenaient à la Révolution de 1789. Le 12 juillet de cette même année, l’abbé Pie écrivait à M. de l’Estoile : « Le parti néo-catholique libéral est un enfant de la Révolution ; et la Révolution est satanique dans son essence… ».
Vicaire à la cathédrale Notre-Dame de Chartres, il sera vicaire général du diocèse en 1845.
Il est préconisé évêque de Poitiers par Pie IX le 28 septembre 1849, il fut consacré le 25 novembre par Claude-Hippolyte Clausel de Montals dans la basilique de Notre Dame de Chartres. Après la mort de Guitton, le siège de saint Hilaire était resté vacant. La nouvelle nomination fut signée le 22 mai 1849, malgré les tentatives de l’abbé Pie pour l’éviter. Il écrivit à la suite de sa nomination : « je n’ai à cet égard aucune idée faite ; mais j’ai des pressentiments et des lueurs, et je crois que Dieu demandera beaucoup de nous pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société ! Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien : cela ne se fera pas par un miracle ni par une série de miracles surtout ; cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra. »
Le 25 novembre, Pie donna sa première lettre pastorale à Poitiers, traitant du retour à Jésus-Christ, de la nécessité de réconcilier la terre avec le ciel.
En 1850, l’évêque réclama la liberté d’enseigner pour l’Église et le 15 juillet se rendit au concile de Bordeaux.
Au référendum légitimant le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, le futur empereur est considéré comme un « sauveur ». L’évêque de Poitiers rappelait qu’il n’y a pas de salut même temporel en dehors de Jésus-Christ. Le 19 mars suivant, grâce à Pie, saint Hilaire fut déclaré docteur de l’Église. Par ce geste, Édouard Pie voulait faire sien son combat contre l’arianisme qui prenait alors les apparences du rationalisme et du nationalisme. Il fut le promoteur de la construction de la nouvelle église Saint-Hilaire de Niort, dans son diocèse, terminée en 1866.
À partir de l’année 1853, le parti libéral ne désarma plus contre l’évêque de Poitiers.
Certains évêques étaient un peu inquiets de son zèle et avaient peur qu’il leur portât ombrage. Pie entreprit d’écrire une instruction synodale contre le naturalisme, courant philosophique s’exprimant dans le Journal des débats et la Revue des deux Mondes, mais également au sein de l’université parisienne. Il écrivit ensuite les grandes instructions synodales sur les principales erreurs du temps.
Le 26 décembre 1856, Pie se rendit à Rome. Pie IX le remercia pour sa synodale. En mars de l’année suivante, toujours en Italie, il rencontra le « comte de Chambord », prétendant au trône de France, sur la pensée duquel il eut une influence déterminante. Il était de retour à Poitiers le 19 avril 1856. Il travailla au rétablissement de la liturgie romaine dans son diocèse. Puis, il participa au concile de Périgueux qui traita de la philosophie naturaliste de la Libre Pensée qui évoluait du spiritualisme rationaliste de Victor Cousin au positivisme matérialiste et athée d'Émile Littré, en passant par le scepticisme d'Ernest Renan. Le procureur général de la cour d’appel de Poitiers ne manquait pas de louer la modération de deux évêques qui « siégeant aux conseils universitaires, donnaient hautement leurs concours à la conciliation du Libéralisme et de l’Église » : il s’agissait de François Delamarre, évêque de Luçon et de Jean-François Landriot. À cette tentative de manipulation par l’isolement psychologique, l’évêque de Poitiers répondit sans se départir de son calme : « le diable se remue violemment dans le sens du christianisme modéré ».
Le 3 janvier 1859, Garibaldi, au service de Victor-Emmanuel, tentait d'envahir les États pontificaux. Pie ne cachait pas son inquiétude. Il demanda alors un nouvel entretien avec l’empereur, pénétré qu’il était, selon ses propres mots, du péril de l’Église et de la société. L’audience fut accordée pour le 15 mars. C’est également en 1859 que la police chercha à interdire la publication de l’un des discours de Pie : un éloge de saint Émilien (XIIIe siècle), prononcé devant les Nantais à l’invitation de l’évêque du lieu, Antoine Jacquemet, et évoquant le règne social de Jésus-Christ.