Ce Jour-là

Lon Nol

Président de la République khmère

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Lon Nol, né le 13 novembre 1913 et mort le 17 novembre 1985, est le chef d'État cambodgien qui fut Premier ministre du royaume du Cambodge et président de la République khmère.

Officier de l'armée, il était, dans les années 1960 le leader de la droite de son pays. Il a conduit le mouvement qui déposera le prince Norodom Sihanouk de la tête de l'État à son profit, le 18 mars 1970. Son nom reste étroitement associé à la République khmère qu'il dirigea de 1970 à 1975, d'abord comme chef du gouvernement, puis, à partir de 1972, en tant que président. Il vit ensuite en exil.

Jeunesse et début dans la fonction publique

Lon Nol est né le 13 novembre 1913 à Kampong Lœu, dans la province de Prey Veng à l'est du Cambodge, deuxième d'une famille sino-khmère de 10 enfants (Lon Nil en est le troisième et Lon Non le septième).

Son père, Lon Hin, était le fils d'un Khmer Krom de la province de Tây Ninh qui fut chef de district à Siem Reap et Kampong Thom alors que son grand-père maternel était un gouverneur de Prey Veng originaire de la province chinoise du Fujian.

Après des études primaires à l’école Doudart de Lagrée de Phnom Penh, il poursuit sa formation au lycée Chasseloup-Laubat de Saïgon de 1928 à 1934. En 1936, il rentre dans la fonction publique de l'administration coloniale française en tant que juge au tribunal de Siem Reap. Il aura notamment à réprimer une émeute francophobe en 1939.

Il abandonnera toutefois la magistrature à une date indéterminée pour une carrière administrative dans la province de Kompong Cham. En mai 1945, il devient gouverneur de la province de Kratie, puis responsable de la police nationale. En 1946, le roi Norodom Sihanouk le nomme responsable de la délégation khmère qui doit assister les négociateurs français chargés de faire restituer la province de Battambang au Cambodge, province alors occupée par la Thaïlande depuis 1941. Les Thaïlandais partis, il rétablit l'administration khmère, avant, en 1947, de devenir gouverneur de la province.

En 1951, il dirige un petit parti, la Rénovation Khmère, créé par Nhiek Tioulong et devient un des leaders de la droite autoritaire. Le parti subit un échec lors des élections de septembre 1951. La même année, il retrouve son poste de chef de la police nationale. En 1952, il retourne à Battambang avec le grade de lieutenant-colonel où il lutte contre les rebelles Khmers issarak, les Khmers Serei de Son Ngoc Thanh et les troupes Việt Minh installées dans la région. En 1954, il préside la commission mixte mise en place par les accords de Genève laquelle doit surveiller le départ des éléments Việt Minh infiltrés au Cambodge. En 1955, devenu général, il est nommé chef de l’État-major général des Forces Royales Khmères (FARK) ce qui lui permet de nouer des relations avec de nombreux officiers.

La même année, le Parti de la rénovation khmère se joint à d'autres petites formations de droite dirigés notamment par Sam Sary et Dap Chhuon pour créer l'ossature du Sangkum Reastr Niyum, mis en place par Norodom Sihanouk pour gagner les élections de 1955.

Le 23 juillet 1959, sur recommandation de Sirik Matak, Sihanouk le nomme ministre de la défense. À ce poste, il montre des compétences limitées, au grand dam du prince Monireth qui, de par sa formation militaire à Saint-Cyr, avait espéré ce portefeuille qu’il n’obtiendra jamais. Dans les années 1960, ses agents et ceux de son collègue Kou Roun arrêtent, torturent et assassinent fréquemment les opposants au régime.

Il conserve son ministère dans les deux gouvernements Pho Proeung (19 avril 1960 – fin 1960) ainsi que dans le nouveau cabinet Sihanouk constitué le 28 janvier 1961. En 1963, il devient vice-Premier ministre. Alors que Sihanouk - dans le but de préserver le Cambodge des affres de la guerre du Viêt Nam - poursuit une politique d'« extrême neutralité » qui implique un rapprochement avec la Chine et accepte les opérations du Việt Minh sur la frontière orientale, Lon Nol, qui conserve une sympathie certaine pour les États-Unis, regrette publiquement le refroidissement des relations entre Washington et Phnom Penh.

En 1966, il se porte candidat aux élections législatives et se fait élire dans une chambre où les représentants conservateurs obtiennent une majorité écrasante. Lorsque cette nouvelle assemblée se réunit, et après avoir rejeté les candidatures de Sim Var et de Norodom Kantol, elle choisit, par 59 voix, le général Lon Nol comme Premier ministre.

Le choix de Lon Nol ne semble alors pas risqué par Sihanouk qui avalise la décision du parlement. Au fil du temps, Lon Nol n’avait pas montré de talent militaire particulier, ni exprimé de propos polémiques. Bouddhiste pratiquant, il est populaire parmi les officiers, même s’il ne semble pas avoir fait grande impression auprès d’eux. Il a la réputation d’avoir une bonne capacité d’écoute et sa progression est souvent attribuée à sa faculté à constituer méticuleusement des dossiers pour le prince et pour lui-même sur les fauteurs de troubles potentiels de tout bord. Depuis la fondation du Parti de la rénovation khmère et une brève détention en 1952, il voue une certaine défiance envers les institutions parlementaires et a jusque-là montré un soutien sans faille à Sihanouk.

Lon Nol semble respecter Sihanouk et la plupart de ses contemporains ont du mal à cerner sa personnalité. En public comme en privé, il reste impassible – « muet comme une carpe » dira de lui Charles Meyer – se risquant rarement à exprimer une opinion, mais toujours avide de détecter des rivalités et faiblesses qu'il pourra plus tard exploiter. Cette attitude lui servira dans les années 1970 - souvent au détriment de l’intérêt national – quand il détiendra le pouvoir. En 1965, le prince Monireth écrira dans ses mémoires qu’il avait une ambition démesurée alors que Sihanouk semblait sous-estimer cet aspect de son nouveau premier ministre et interprétait ses silences pour des marques de déférence. En 1988, le monarque affirmera toutefois qu’il l’avait depuis longtemps considéré comme « capable un jour de diriger le gouvernement et l’armée », ajoutant que sa popularité au sein des militaires et de la jeunesse non-communiste ainsi que son « manque de flamboyance » en faisait un bon candidat à un poste à responsabilité.

En le laissant à la tête du gouvernement, Sihanouk espérait peut-être apaiser l’élite cambodgienne pro-occidentale. Il pouvait penser qu’il était temps pour l’armée de prendre les commandes et intimider les opposants de gauche. Si Lon Nol fléchissait ou devenait trop impatient, d’autres membres, loyaux au prince tels Nhiek Tioulong, Penn Nouth ou Son Sann pouvaient le remplacer. Le contre-gouvernement composé d’éléments de gauche du Sangkum qu’il venait de créer et le pouvoir de dissoudre l’assemblée étaient deux autres armes entre les mains de Sihanouk. En fait, le choix de Lon Nol présentait alors peu de risques perceptibles.

L'une des premières priorités de Lon Nol en tant que premier ministre fut, pour stabiliser l'économie chancelante, de réfréner la vente illégale de riz aux communistes. Des troupes furent dépêchées vers les zones rizicoles pour procéder à la récolte forcée à la pointe du fusil et en ne payant que le prix minimal offert par le gouvernement. La visite que fit alors Lon Nol à Battambang fut ressentie comme un appui à ces exactions et encouragea l’administration à faire preuve d’encore plus de cupidité vis-à-vis de la population locale. L’agitation qui s’était généralisée à l’ensemble du pays fut ainsi plus marquée dans cette riche province, une zone depuis longtemps connue pour la présence de grands propriétaires terriens, une grande disparité dans la richesse et où les communistes avaient une certaine influence.

Le 11 mars 1967, alors que Sihanouk se trouvait en France, une rébellion éclata près de Samlaut dans la province de Battambang. Avec les encouragements probables des cadres communistes locaux, l'insurrection se répandit rapidement dans toute la région. Lon Nol réagissait, certainement avec l’accord du prince, en proclamant la loi martiale. Des centaines de paysans furent tués et des villages entiers rasés lors de la répression.

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