La Lombardie (en italien : Lombardia, /lombarˈdiːa/ ; en lombard : Lombardia, /lũbarˈdiːa/) est une région d'Italie septentrionale, située au sud de la Suisse, à l’est du Piémont, à l’ouest de la Vénétie et du Trentin-Haut-Adige et au nord de l’Émilie-Romagne. La ville de Milan en est le chef-lieu.
La superficie est de 23 857 km2 et sa population est estimée à 10 072 498 habitants, ce qui en fait la région italienne la plus peuplée.
Initialement peuplée par des peuples de la culture de Golasecca, mais à partir du IVe et IIIe siècle avant J.-C., par des Celtes, le territoire du bassin du Pô qui deviendra la Lombardie est conquis au IIIe siècle av. J.-C. par la République romaine qui en fait la province de Gaule cisalpine.
Avec les autres régions au nord du Pô (la Vénétie et la Ligurie), elle n'obtint en 89 avant J.-C. que le droit de citoyen latin, et non les droits civiques pleins. Elle reçut ces derniers en 49 avant J.-C. sous Jules César, récompensant sa loyauté pendant la guerre des Gaules puis la guerre civile. Avec le pays des Taurins (actuel Piémont), elle formait la 11e région Transpadane dans la structure administrative de l'Italie sous Auguste.
À la fin du IVe siècle, la région faisait partie de la province de Ligurie, dont la capitale était Mediolanum (Milan). La culture et la langue romaines supplantèrent au fil des années la civilisation antérieure, et la Lombardie, grâce à la construction de routes ainsi qu'au développement de l'agriculture et du commerce, devint l'une des régions les plus prospères d'Italie. Des personnalités importantes naquirent ici, comme Pline l'Ancien (à Côme) et Virgile (à Mantoue). À la fin de l'Antiquité, le rôle stratégique de la Lombardie fut souligné par le transfert de la capitale de l'Empire romain d'Occident à 'Milan entre 286 et 402 après J.-C. C'est ici que l'empereur romain Constantin promulgua en 313 après J.-C. le célèbre édit de Milan, qui accordait la liberté de culte à toutes les religions dans l'Empire romain. L'évêque Ambroise de Milan en fit un foyer de culture chrétienne.
Pendant la période des invasions barbares, la Transpadane connut de brèves incursions des Alamans en 260, des Wisigoths entre 401 et 412 puis des Huns en 452. De 493 à 540 et de 544 à 549, le royaume ostrogoth s'étendit sur l'Italie du Nord avec Pavie (Ticinum) pour capitale permanente. Après cela, la région passa sous le contrôle de l'Empire romain d'Orient (Empire byzantin) sous l'empereur Justinien. La reconquête byzantine rétablit pour peu de temps l'autorité romaine sur la péninsule mais vinrent vers 570, un peuple germanique, les Lombards (Longobardi en italien), profita des conflits entre Ostrogoths, Byzantins et Francs pour s'emparer de l'ancienne Cisalpine : Pavie devint leur capitale en 626 et leur royaume prit progressivement le nom de « Lombardie ». Les noblesses franque, bavaroise et lombarde entretinrent des relations étroites pendant plusieurs siècles. Après des querelles initiales et la conversion des Lombards au christianisme au VIIe siècle, les relations entre les Lombards et les populations locales s'améliorèrent. Finalement, la langue et la culture des Lombards s'assimilèrent avec la culture latine, laissant des traces dans de nombreux mots de la langue italienne, des noms (notamment des toponymes), le code civil, des lois, etc. Le lombard, langue germanique, n'est pas à l'origine du lombard, parler roman aujourd'hui en usage dans la région.
Le règne lombard prit fin en 774 lorsque le roi franc Charlemagne conquit Pavie et annexa le royaume d'Italie, principalement l'Italie du nord et centrale. Les anciens ducs et nobles lombards furent remplacés par d'autres vassaux, princes-évêques ou marquis germaniques. En 843, par le traité de Verdun, les trois fils survivants de Louis le Pieux, petits-fils de Charlemagne, se partagèrent les territoires de l'Empire carolingien en trois royaumes : l'aîné, Lothaire, régna sur la Francie médiane et l'Italie avant de les transmettre à son cadet, Charles le Chauve. Un second royaume d'Italie, détaché de l'Empire carolingien, connut une existence intermittente jusqu'en 1024 avant de passer sous la tutelle lointaine du Saint Empire germanique.
Le XIe siècle fut marqué par un essor économique important dans la région, dû au développement du commerce et surtout à des conditions agricoles favorables. Comme dans d'autres régions en Italie, cette évolution mena à une reconnaissance des villes, dont la richesse croissante leur permit de défier le pouvoir suprême féodal traditionnel, représenté par les empereurs germaniques et leurs légats locaux. Ce processus atteint son apogée aux XIIe et XIIIe siècles, lorsque différentes ligues lombardes formées de villes alliées de Lombardie, généralement menées par Milan, vainquirent l'empereur Hohenstaufen Frédéric Ier à Legnano, ainsi que son petit-fils Frédéric II, à Parme.
À la Renaissance, le duché de Milan, ayant absorbé plusieurs petites cités de la ligue lombarde, se structura sous la domination des Visconti (1277-1447) puis des Sforza (1450-1535).
Domination française et hispano-autrichienne
Pendant les guerres d'Italie, le duché de Milan fut brièvement occupé par les Français jusqu'à la bataille de Pavie (1525) : il passa sous la domination des rois d'Espagne, ratifiée par les traités du Cateau-Cambrésis en 1559, puis celle des Habsbourg d'Autriche à l'issue de la guerre de succession d'Espagne (traité de Baden (1714). En revanche, Mantoue devint un domaine des Gonzague en 1328 et, de 1530 à 1706, fut la capitale du duché de Mantoue, tandis que Bergame et Brescia passèrent à la république de Venise au XVe siècle.
Conquise en 1797 par Bonaparte qui la transforma en République cisalpine avant d'en faire le centre de son royaume d'Italie, la Lombardie fut rendue par le congrès de Vienne à l'Autriche qui l'associa à la Vénétie pour former le royaume de Lombardie-Vénétie.
En 1848, un soulèvement favorable au Risorgimento réussit à chasser provisoirement les Autrichiens de Milan. Toutefois, l'armée autrichienne contre-attaqua, écrasa les troupes du royaume de Sardaigne lors de la première bataille de Custoza et de celle de Novare et rétablit l'autorité de l'Autriche en Italie du Nord.
Ce n'est qu'en juin 1859 que les Piémontais, très fortement épaulés par les Français, réussirent à prendre le dessus sur l'Autriche lors des batailles de Magenta et de Solférino. Toutefois le 12 juillet, Napoléon III, rendu inquiet par les pertes dans son armée, stoppa tout. À l'armistice de Villafranca, il obtint le rattachement de la Lombardie au royaume de Sardaigne de Victor-Emmanuel II de Savoie et de Cavour qui, en échange, cédèrent le duché de Savoie et le comté de Nice à la France tandis que l'Autriche conservait la Vénétie jusqu'en 1866.
La révolution industrielle fut assez tardive en Italie : vers la fin du XIXe siècle, le décollage de l'industrie, principalement textile, était surtout sensible dans les provinces de Bergame, Brescia, Côme et Milan, le reste de la région étant plus rural. Le travail des enfants, particulièrement des fillettes, représentait une part importante de la main-d'œuvre ; les filles de 10 à 14 ans constituaient 32,5% de la population ouvrière de la province de Côme en 1876, 30,6% dans celle de Bergame, 27,8% dans celle de Milan. Au début du XXe siècle, le travail enfantin diminua en proportion tout en restant courant mais c'est celui des femmes adultes et surtout des hommes adultes qui connut le plus fort développement : 24 438 hommes adultes, 78 743 femmes adultes et 58 130 enfants des deux sexes en 1876 (respectivement 15,2%, 48,8% et 38,0% de la main-d'œuvre industrielle) contre 266 092 hommes, 211 234 femmes, 83 324 enfants en 1911 (respectivement 47,7%, 37,5% et 14,8%).
Pendant la Première Guerre mondiale, le Front alpin long de 700 km s'étendait jusqu'au nord-est de la Lombardie.
Durant l'entre-deux-guerres Milan devint le centre des Faisceaux italiens de combat. Lors de la Seconde Guerre mondiale, entre 1943 et le début de 1945, la République sociale italienne, État fantoche sous la tutelle de l'Allemagne nazie, eut son siège à Salò dans la province de Brescia : les règlements de comptes entre fascistes et antifascistes aboutirent à la guerre civile italienne. Bien que le relief se prêtât moins bien à l'action des partisans qu'au Piémont, en Ligurie ou en Vénétie, la résistance fut active dans les provinces de Pavie, Lecco, Côme et une partie des provinces de Brescia et Mantoue. Dans l'ensemble de la Lombardie, 2 594 partisans furent tués et 2 436 blessés ; dans la province de Milan, 856 tués au combat et 350 fusillés contre 1 786 Allemands et fascistes italiens tués, 1 090 blessés et 590 capturés. Les partisans identifiés appartenaient pour 48% aux brigades Garibaldi liées au Parti communiste italien, 31,5% au groupe Giustiza e Libertá lié au Parti d'action, 6,2% aux Formations Matteoti liées au Parti socialiste italien et 14,2% aux Brigades du peuple d'inspiration démocrate-chrétienne ou à divers groupes autonomes désignés comme Brigate Fiamme Verdi (it) (Brigades de la flamme verte). Milan reçut la médaille d'or de la valeur militaire pour son rôle dans la résistance.