Liu Binyan (chinois simplifié : 刘 宾 雁 ; chinois traditionnel : 劉賓雁 ; pinyin : liú bīn yàn ; bopomofo : ㄌㄧㄡˊ ㄅㄧㄣ ㄧㄢˋ) est un journaliste et écrivain dissident chinois, né le 7 février 1925 à Changchun, province du Jilin, dans le Nord-Est de la Chine, et mort le 5 décembre 2005 dans un hôpital du New Jersey, aux États-Unis.
Son œuvre, méconnue en France, un regard critique sur la société chinoise sous le régime communiste. Son travail expose les difficultés des populations face au système politique en place.
Son engagement lui vaudra d'être persécuté pendant vingt-deux ans.
Liu Binyan vient d’une famille modeste. Il est le fils d’un employé des chemins de fer, russophone, travaillant comme interprète sur le chemin de fer transmandchourien. Il passe son enfance dans la ville industrielle de Changchun, où il est né. Il doit interrompre ses études assez tôt, lorsque son père perd son emploi, lors de l’invasion japonaise en Chine du Nord.
Privé d'école en raison de la déchéance de sa famille, Liu lit les œuvres de Tolstoï et Dostoïevski. Elles susciteront sa vocation d'écrivain et son admiration pour la Russie.
Son père lui a transmis sa foi marxiste ; Liu adhère au parti communiste à 19 ans, en 1944. Il est à Harbin (province du Heilongjiang), au moment de la défaite du Japon, de la reprise de la guerre civile et de la progression des communistes en Mandchourie.
Après la victoire communiste, il est engagé, en 1951, comme journaliste dans le Quotidien de la jeunesse de Chine, l'organe de la Ligue de la jeunesse communiste ; il y exerce un journalisme littéraire, soucieux de descriptions méticuleuses.
Lors d’un voyage en Union soviétique en 1951, il constate l’atmosphère pesante du stalinisme ; le dégel krouchtchévien le rassure.
Il se lie avec l’écrivain russe Valentin Ovetchkine, dénonciateur des excès du stalinisme ; cette rencontre l’oriente vers la « littérature de reportage », dont la mission est de critiquer le système pour le redresser de l’intérieur.
Il rédige des reportages sur la corruption et la bureaucratie, et, en 1956, après l'appel de Mao Zedong à faire éclore les Cent Fleurs, Liu publie Nouvelles confidentielles de notre journal.
Ce livre sur l’absence de liberté de la presse, plaidoyer en faveur de la libération de la plume des journalistes, au nom du socialisme, lui apporte la notoriété.
Liu Binyan devient un écrivain admiré en Chine, avant d’être mis au ban, par deux fois, par le parti communiste, pour ses écrits critiques : en 1957, d'abord, après le piège de la campagne des Cent Fleurs, il est victime du « retour de bâton », dénoncé comme « droitier » et exilé dans un village de montagne.
En 1966, il est vilipendé pendant la révolution culturelle, séparé de sa famille, envoyé en « rééducation » à la campagne, condamné aux travaux forcés dans un laogai pendant huit ans.
En 1979, Liu est réhabilité par la nouvelle équipe de dirigeants réformateurs, conduite par Deng Xiaoping ; il est réintégré dans le Parti, autorisé à travailler pour le Quotidien du Peuple, et devient son « correspondant spécial ». Il revient à cette « littérature de reportage » : il est convaincu qu'elle doit aider le Parti à se corriger.
Engagé dans le processus d’émancipation de la pensée, Liu Binyan participe au mouvement intellectuel, que Cheng Yingxiang a qualifié de « second réveil de l’intelligentsia chinoise ». Il va constituer, dans les années 1980, l’un des moteurs de la réforme. (Le « premier réveil », le mouvement du 4 Mai, remontait aux années 1910).
Avec quelques intellectuels partageant ses positions, Liu, journaliste et écrivain de renom, sème le doute, lance des défis au régime, influence les étudiants et le public, suscite l’espoir qu’il est possible de changer la société.
Dans son œuvre littéraire comme dans ses reportages, il met en évidence le quotidien et la réalité du régime. Adulé par ses lecteurs, devenu une « figure » de son journal, il lutte pour la démocratisation et dénonce les bureaucrates.
En 1979, Liu Binyan publie Cauchemar des mandarins rouges ; il y