Lionel Groulx, né le 13 janvier 1878 à Vaudreuil (aujourd'hui Vaudreuil-Dorion) et mort dans la même ville le 23 mai 1967, est un prêtre, professeur, historien, intellectuel et écrivain québécois.
Pionnier de l'enseignement et de la recherche historique au Québec, il a été professeur d'histoire de 1915 à 1950 à l'Université de Montréal. Premier titulaire d'une chaire d'histoire du Canada, il est aussi le fondateur de l'Institut d'histoire de l'Amérique française en 1946. Partisan d'une action ancrée dans la religion catholique et la culture de langue française, il est également le cofondateur de l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française en 1905.
Penseur nationaliste, sa vision de l'histoire du Canada (partant de la Conquête et de ses effets vus comme catastrophiques pour les Québécois) a permis d'articuler un désir de reconquête de liberté passant par la construction d'un État national pour les Canadiens français (avec la prise en charge des leviers de commande politiques et économiques par une élite francophone). Sa conception de la nation canadienne-française et du rôle de l'État a eu une influence profonde sur les débats politiques, économiques, sociaux et culturels au Québec des années 1910 à 1960.
Ses contributions à l'enseignement, à la discipline historique, à la vie politique et économique, ainsi qu'à l'organisation de la société québécoise en fonction de ses intérêts nationaux propres, font de Lionel Groulx l'un des précurseurs de la Révolution tranquille et l'un des intellectuels les plus influents de la première moitié du XXe siècle au Québec.
Lionel Groulx vient au monde le 13 janvier 1878 à Vaudreuil, en Montérégie, au Québec. Il est le quatrième enfant de Léon Groulx (1837-1878), un agriculteur originaire de l'île Bizard, et de Philomène Pilon (1849-1943) une femme originaire de l'île Cadieux. Baptisé le jour de sa naissance à l'église Saint-Michel de Vaudreuil (où ses parents s'étaient mariés en 1872), son parrain et sa marraine sont son oncle Adolphe Pilon et sa tante Louise Pilon.
Lionel Groulx grandit « dans le rang des Chenaux, [sur] la deuxième terre à la sortie du village de Vaudreuil ». Son enfance est marquée par de nombreuses épreuves. À l'hiver 1878, une épidémie de variole frappe la région de Vaudreuil. Le 20 février, à peine six semaines après sa naissance, son père meurt, emporté par l'épidémie. Sa mère se retrouve alors seule à la tête de la famille et de leur ferme.
En 1879, Philomène Groulx épouse en secondes noces Guillaume Émond, un natif de Vaudreuil âgé de 25 ans, ancien compagnon de travail de Léon Groulx. Le couple aura seize enfants. Bien que ceux du premier mariage conserveront le nom de leur père, Guillaume Émond s'attachera à eux et les élèvera comme les siens.
En mai 1882, la famille est frappée par une autre épidémie – de diphtérie, cette fois. La maladie emporte la vie de trois enfants, faisant passer Lionel dans les aînés des Groulx-Émond. Bien qu'il réussisse à survivre à ces épidémies en bas âge, le prêtre-historien restera toute sa vie affligé par une santé fragile.
Lionel Groulx grandit dans un milieu rural et de conditions modestes. Son enfance est fortement marquée par le rythme de la vie agricole. Malgré la place occupée par l'élevage des bêtes et les travaux aux champs, les parents Groulx-Émond valorisent aussi l'instruction. Encouragé par sa mère, le futur chanoine fait ses études primaires au collège Saint-Michel de Vaudreuil de 1884 à 1891. C'est durant cette période qu'il est exposé pour la première fois à la politique. Marqué par l'affaire Riel et par la réélection d'Honoré Mercier en 1890, le garçon s'éveille lentement à la question nationale des Canadiens français.
Lionel Groulx évolue également dans un milieu très pieux. Dans sa famille, la foi catholique occupe une place importante, notamment pour sa mère, dont la pratique de la religion lui a permis de traverser les épreuves de la perte de son mari et de plusieurs enfants. La ferveur du jeune Lionel incite donc ses parents à faire les sacrifices nécessaires pour lui permettre de poursuivre ses études. À l'automne 1891, il entre au Séminaire de Sainte-Thérèse.
Comme beaucoup de garçons issus de classes modestes et de milieux ruraux ou semi-ruraux ayant passé par le collège classique, Lionel Groulx s'adapte difficilement à sa nouvelle vie de séminariste. Vécue comme une sorte d'« émigration solitaire », cette vie de pensionnaire loin de ses parents lui pèse lourdement. Soumis à un horaire exigeant et à une discipline sévère, laissant peu de temps libre et d'espace personnel, Groulx éprouve un vif mal du pays. Pour alléger ce mal, il trouve refuge dans les livres.
L'écriture et la soif d'absolu
Durant ces premières années de séminaire, Lionel Groulx apprécie particulièrement les auteurs classiques de la littérature française, tels que Racine, Corneille, Fénelon, ainsi que des auteurs plus modernes, tels qu'Alphonse Daudet et Jules Verne. Il prend goût également pour les lectures nourrissant sa ferveur religieuse. En 1894, il découvre avec enthousiasme des auteurs catholiques de son siècle tels que le journaliste Louis Veuillot, le philosophe Joseph de Maistre et l'homme politique Charles de Montalembert. La découverte de ces auteurs est déterminante dans son parcours, car elle fait naître en lui une nouvelle ambition : celle de devenir écrivain.
Tout en consacrant une grande partie de son temps à la lecture et à l'écriture, Lionel Groulx s'intéresse aussi à la musique, aux sports (tout particulièrement au baseball), aux excursions et aux débats oratoires. À travers ces activités, les prêtres-professeurs du séminaire de Sainte-Thérèse utilisent la compétition, l'émulation, les honneurs et les distinctions pour encourager les élèves à se surpasser. Dans ce contexte, Lionel Groulx se distingue avantageusement. Il remporte ainsi le premier prix de classe, le premier rang aux épreuves du baccalauréat, ainsi que d'autres prix en littérature, en instruction religieuse et en musique.
En 1896, Lionel Groulx fait la rencontre de l'abbé Sylvio Corbeil, un enseignant qui jouera un rôle important dans son cheminement. Prenant le jeune homme sous son aile, l'abbé Corbeil devient son mentor. Il l'encourage à poursuivre son ambition de devenir prêtre et l'initie à la philosophie et à l'histoire. Tout en développant sa culture, Groulx reste également très attiré par les débats d'idées et par le désir de servir sa patrie. Cette attirance le fait bientôt pencher du côté du journalisme.
Son indécision le fera longtemps hésiter entre le journalisme et la prêtrise. Il discute de ce choix de vocation avec son mentor. Ses questions nombreuses, amenant tantôt des réponses, tantôt d'autres questions plus complexes, le conduisent éventuellement à trouver sa voie : celle du prêtre-éducateur. Voyant ce rôle comme une manière plus utile de se dévouer au service de l'Église et de la foi, Groulx y trouve aussi une manière de servir ses compatriotes en contribuant à la formation d'une élite canadienne-française – à la fois patriotique et chrétienne, rayonnant dans toutes les sphères, pour le bienfait de la collectivité.
Au printemps 1899, Lionel Groulx termine ses études classiques à Sainte-Thérèse et obtient son baccalauréat. À l'automne, il fait son entrée au Grand Séminaire de Montréal et commence ses études de théologie.
Ce changement d'environnement lui est difficile. Alors que les professeurs du séminaire de Sainte-Thérèse faisaient preuve d'un nationalisme affirmé et décomplexé, ceux du Grand Séminaire de Montréal (tenu par les Sulpiciens) affichaient une grande méfiance à l'égard du nationalisme canadien-français. Cette distance se ressent également dans la grande rigueur qu'ils mettent dans la pratique de la religion. Ces différences de tempérament et d'esprit refroidissent les ardeurs du futur prêtre-historien. Afin d'être retiré de cet environnement, Lionel Groulx écrit à son supérieur, l'évêque de Valleyfield, Joseph-Médard Emard, et lui demande de poursuivre ses études en enseignant à Valleyfield. Après seulement quatre mois d'étude chez les Sulpiciens, le jeune séminariste quitte Montréal.