Linda Lê, née le 13 juillet 1963 à Đà Lạt et morte le 9 mai 2022 dans le 18e arrondissement de Paris, est une écrivaine française d'origine vietnamienne.
Son père est ingénieur originaire du Nord-Vietnam et sa mère vient d’une famille aisée naturalisée française. Linda Lê a passé les premières années de son enfance à Đà Lạt, où elle est née en 1963.
En 1969, la famille part à Saïgon pour fuir la guerre. Linda Lê suit ses études au lycée français et se prend de passion pour Victor Hugo, Balzac et Rousseau.
En 1977, quittant son père et son pays natal, elle arrive au Havre avec sa mère, sa grand-mère et ses trois sœurs. En 1981, elle s'installe à Paris pleine d'ambition, suit les cours de khâgne au lycée Henri-IV et rencontre Emil Cioran, qui l'encourage à écrire et lui donne « l'orgueil d'être une métèque ». Elle s'inscrit à la Sorbonne, puis abandonne sa thèse de doctorat sur Amiel pour devenir romancière.
Son premier roman, Un si tendre vampire, paraît en 1986 à La Table Ronde, mais c'est principalement aux Éditions Christian Bourgois qu'elle publie ensuite ses romans, nouvelles et essais, sauf Les Évangiles du crime, très remarqué à sa parution et salué par la critique pour son « exceptionnelle originalité » en 1992, qui paraît chez Julliard et sera ensuite réédité chez Christian Bourgois.
Calomnies, publié en 1992, a été traduit en anglais par Esther Allen.
Ses œuvres ont aussi été traduites en néerlandais, en italien et en portugais. Tommaso Gurrieri a publié en 2015 une traduction en italien de À l'enfant que je n'aurai pas.
Critique au Magazine Littéraire, Linda Lê est aussi préfacière. Dans Tu écriras sur le bonheur sont réunis plusieurs de ces textes. En 2006, elle établit et présente l'œuvre quasi complète de Panaït Istrati chez Phébus.
La critique estime que les livres de Linda Lê savent s'inscrire « sans bruit » dans le paysage littéraire. Son style serait empreint d'« une force d'analyse et une distance oratoire qu'elle semble hériter du XVIIe siècle ». Marine Landrot définit son œuvre comme une « gigantesque oraison funèbre dont chaque pièce semble être le reflet de l'autre - avec une lucidité de plus en plus acérée et apaisée ». L’une de ses formes de prédilection est le genre épistolaire.
Linda Lê est longtemps restée une autrice peu connue du grand public malgré un succès critique indéniable. Son œuvre a désormais maintes fois été couronnée : elle a reçu le prix de la Vocation en 1990, le prix Renaissance de la nouvelle pour Les Évangiles du crime en 1993, le prix Fénéon pour Les Trois Parques en 1997, le prix Wepler pour Cronos en 2010, la bourse Cioran en 2010, le Prix Renaudot du livre de poche pour À l'enfant que je n'aurai pas en 2011. Son roman Lame de fond (2012) a été présélectionné dans la première liste de douze romans en lice pour le prix Goncourt 2012 (puis dans les listes réduites à huit et à quatre romans). Il a également été retenu dans la sélection finale du Prix Goncourt des lycéens 2012.
Discrète, Linda Lê fuit les médias et se présente volontiers comme « un ours qui se terre », « un écrivain se sentant mal placé dans son époque ». Elle fait une incursion dans le monde de la chanson en cosignant, comme parolière, trois chansons avec Jacques Dutronc pour son album Brèves Rencontres.
En 2019, elle reçoit le prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco pour l'ensemble de son œuvre quelques mois avant la sortie, à l'aube de 2020, de sa dernière parution Je ne répondrai plus jamais de rien aux Éditions Stock.
Linda Lê meurt le 9 mai 2022 à Paris, à 58 ans, des suites d'une longue maladie.
Linda Lê était une immense lectrice. Mathieu Terence affirme qu'elle était « Babel à elle toute seule » et déplore qu'elle fut « méconnue dans l'ampleur de la lectrice qu'elle a été ». Les articles qu'elle a écrits pour En attendant Nadeau sont recueillis dans l'ouvrage L'armée invisible (2023, éditions du cerf), préfacé par Mathieu Terence qui lui rend hommage. Cécile Ladjali, écrivaine, dit qu'elle était « la meilleure d'entre nous ».
Linda Lê a également dactylographié les pages manuscrites du journal intime de Roland Jaccard.
Parmi les thèmes de l'œuvre de Linda Lê, on trouve le double, la mort, le deuil, le silence, l'art, la littérature, la folie, l'exil, l'amour, le suicide, la figure du paria, le tragique et le grotesque. Ses premiers livres ont une esthétique caractérisée par « un classicisme de moraliste, de grand grammairien navré », une écriture très imprécatoire. Les trois parques (1997), Voix : une crise (1998) et Lettre morte (1999) constituent une trilogie autour de la mort du père. Dans Les Aubes, l'on constate un apaisement, puis dans certains livres Linda Lê ose par exemple des néologismes, maitrisant son instrument. Selon Linda Lê « le désenchantement est la plaie de notre époque, je ne m’y abandonnerai pas, mes livres, mais aussi les livres de ceux que j’admire, m’aident à survivre et à croire qu’il est possible, selon l’expression des surréalistes, de "repassionner la vie" ». L'œuvre de Linda Lê fait de nombreuses références intertextuelles à la haute culture occidentale, à la mythologie grecque (mais aussi au Vietnam, surtout dans la trilogie du père). Parmi les influences, on trouve Kafka, Musil, Dostoievski, Thomas Bernhard et Cioran.
Solo, 1988 - Prix littéraire de la vocation
Ces trois premiers titres (deux romans et un recueil de nouvelles) ont été exclus de sa liste d’œuvres officielle par l'auteure elle-même.