Ce Jour-là

Lincoln Alexander

Personnalité politique canadienne

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Lincoln MacCauley Alexander, C.P., CC, O.Ont., CD, c. r., (21 janvier 1922 – 19 octobre 2012), avocat et homme politique, devient le premier Canadien noir député à la Chambre des communes, membre du cabinet fédéral (comme ministre du Travail), président de la Commission des accidents du travail de l’Ontario et 24e lieutenant-gouverneur (en) de la province de l’Ontario (de 1985 à 1991). Son engagement le conduit également à siéger au conseil des gouverneurs du Conseil de l’unité canadienne.

Fils d’immigrants caribéens, M. Alexander naît à Toronto. Après avoir servi durant la Seconde Guerre mondiale, il obtient un baccalauréat ès arts de l’Université McMaster en 1949 et un diplôme en droit de la Osgoode Hall Law School en 1953. Il devient le premier député noir du Canada en 1968, sous la bannière progressiste-conservatrice. En 1979, il accède au poste de ministre du Travail sous Joe Clark, jusqu’à la défaite du Parti progressiste-conservateur aux élections de 1980. Cette année-là, il se retire de la politique fédérale et accède à la présidence de la Commission des accidents du travail de l’Ontario.

En 1985, il est assermenté comme lieutenant-gouverneur de l’Ontario, fonction qu’il exerce jusqu’en 1991. De 1991 à 2007, il assume le poste de chancelier de l’Université de Guelph, exerçant cinq mandats à ce titre, une première dans l’histoire de l’établissement. À son décès en 2012, il a droit à des funérailles d’État. En 2021, l’Université métropolitaine de Toronto rebaptise sa faculté de droit en son honneur.

M. Alexander voit le jour le 21 janvier 1922, dans une maison en rangée sur Draper Street, non loin de Front Street et Spadina Avenue à Toronto, en Ontario. Il est le premier-né de Mae Rose (née Royale), immigrée de la Jamaïque, et de Lincoln McCauley Alexander père, charpentier de métier originaire de Saint-Vincent-et-les Grenadines qui travaille comme bagagiste pour le Chemin de fer Canadien Pacifique. Lincoln a un frère cadet, Hughie, né en 1924, et un demi-frère aîné, Ridley « Bunny » Wright, né hors mariage en 1920.

Lincoln Alexander fréquente la Earl Grey Public School, où il est le seul enfant noir de sa classe de maternelle. Dans ses mémoires, il souligne n’avoir jamais couru à la maison en pleurant après l’école, mais avoir su se faire respecter par ses camarades, quitte à en venir aux coups. Cette expérience l’inspire à toujours se tenir droit, à cultiver une confiance inébranlable et à imposer le respect par sa seule prestance. Dans ses mémoires publiés en 2006, intitulées Go to School, You're a Little Black Boy, M. Alexander décrit une ville de Toronto où la communauté noire est presque invisible, mais souvent la cible de discrimination raciale. Lorsque sa famille déménage dans l’est de Toronto et qu’il poursuit ses études au Riverdale Collegiate (en), le jeune Lincoln ne connaît que trois familles noires. Malgré l’absence de violence ouverte, il doit naviguer avec une conscience aiguë de sa position sociale et s’adapter en conséquence.

La vie sociale de la famille pieuse tient à la fréquentation régulière d’une église baptiste du centre-ville de Toronto. Le père de M. Alexander, au cadre strict, veut que son fils joue du piano, mais ce dernier préfère les sports : l’athlétisme, le soccer, le hockey, la balle molle et la boxe, mais pas la natation (il n’apprendra jamais à nager). Mais le garçon manque de coordination motrice et de qualités athlétiques.

L’adolescence de M. Alexander est marquée par le brusque départ de sa mère qui, après avoir été victime d’un épisode de violence conjugale, s’enfuit à Harlem, emmenant avec elle Ridley, le demi-frère du jeune homme. Dans l’attente que leur mère puisse s’occuper de l’un d’entre eux, Lincoln et Hughie sont confiés à Sadie et Rupert Downes. Lorsqu’elle est en mesure de reprendre un enfant, elle porte son choix sur Lincoln, laissant Hughie aux bons soins des Downes et séparant ainsi les destins des deux frères.

À New York, l’éducation de Lincoln Alexander prend un tournant décisif lorsqu’il intègre la DeWitt Clinton High School, une occasion unique dans sa famille. Ses mémoires révèlent sa stupéfaction face à l’absentéisme scolaire, en contradiction avec les valeurs qu’on lui inculque depuis sa tendre enfance. Toutefois, Harlem, avec sa communauté noire dynamique, lui ouvre les yeux sur un monde professionnel allant au-delà du travail manuel.

En 1939, après l’entrée en guerre du Canada contre l’Allemagne, Lincoln Alexander est renvoyé par sa mère auprès de son père à Toronto. C’est lors d’une soirée dansante dans cette ville qu’il fait la rencontre d’Yvonne (Tody) Harrison, la plus jeune des quatre filles de Robert, lui aussi bagagiste, et de son épouse Edythe (née Lewis). Yvonne Harrison vit à Hamilton, en Ontario. Tombé sous le charme, M. Alexander est déterminé à l’épouser. Trop jeune pour s’enrôler dans l’armée, il trouve un emploi de machiniste dans une usine de Hamilton qui produit des canons antiaériens, ce qui lui permet de se rapprocher d’elle.

En 1942, Lincoln Alexander s’engage dans l’Aviation royale canadienne. Malgré son inaptitude au combat due à une mauvaise vision, il se distingue comme caporal et opérateur radio dans plusieurs bases, servant notamment à Portage La Prairie.

En 1945, Lincoln Alexander, alors stationné à Vancouver, se voit refuser le service dans un bar en raison de la couleur de sa peau. Il signale l’incident à un officier supérieur, mais se heurte à l’inaction de ce dernier. La même année, il quitte l’Aviation royale canadienne, libéré honorablement. À propos de cet incident, il déclare plus tard : « À l’époque, on ne savait pas comment aborder ce genre de questions raciales ; on choisissait tout bonnement de les ignorer. »

Études supérieures et carrière en droit

Après la guerre, Lincoln Alexander termine ses études au Central Collegiate Institute de Hamilton, puis s’inscrit à l’Université McMaster en 1946 pour étudier l’économie et l’histoire, décrochant un baccalauréat en 1949.

Le 10 septembre 1948, Lincoln Alexander, alors âgé de 25 ans, unit sa destinée à Yvonne « Tody » Harrison, de cinq ans son aînée. Fraîchement diplômé en 1949, il postule un poste de vendeur chez Stelco, une aciérie de Hamilton. Malgré les qualifications du jeune homme et les recommandations de l’Université McMaster et du maire de Hamilton, l’entreprise, réticente à embaucher un homme noir dans son service des ventes, décline sa candidature. Lorsque l’aciérie lui propose plutôt de reprendre son ancien emploi d’été à l’usine, le jeune homme refuse.

En 1948, Lincoln Alexander perd sa mère, qui s’éteint à l’âge de 49 ans des suites de troubles cognitifs. La même année, il épouse Yvonne Harrison et leur fils Keith voit le jour l’année suivante. Le destin frappe à nouveau en 1952 lorsque son père se suicide. En 1986, dans les pages du magazine Châtelaine, M. Alexander rend hommage à sa mère : « Elle a été la plus grande influence dans ma vie, avant ma femme. Je regrette qu’elle n’ait pas pu me voir obtenir mon diplôme universitaire ».

M. Alexander s’inscrit ensuite à l’Osgoode Hall Law School à Toronto. Pendant un cours, il interpelle le doyen sur son utilisation de l’expression raciste « looking for a nigger in a woodpile » (« comme un combat de nègres dans un tunnel » [Traduction libre]). Il ose le confronter : « Vous êtes en position d’autorité en tant que leader dans la communauté. Un leader se doit d’être exemplaire ; il ne devrait pas employer des termes offensants sans y réfléchir. » Cette confrontation marque un tournant personnel : « Je ne sais pas ce qui m’a poussé à me lever et à prendre position devant 200 étudiants. Mais je vais vous dire une chose, c’est à ce moment-là que je suis devenu un homme. » Contrairement à ses craintes, cette prise de position n’entrave pas son parcours, et il obtient son diplôme en 1953.

Après un stage chez Sam Gottfried, il ne reçoit qu’une seule offre d’emploi, celle du cabinet des frère et sœur Ted et Helen Okuloski qui, à défaut de trouver du travail, avaient fondé leur propre cabinet à Hamilton. Il y cultive ses compétences en droit de l’immobilier et des affaires, tout en tissant des liens avec les communautés allemande et polonaise de Hamilton. Deux ans plus tard, le jeune avocat fonde le cabinet Duncan & Alexander avec Dave Duncan, reconnu comme le premier partenariat juridique interracial au Canada. En 1958, il quitte le domicile de ses beaux-parents pour s’installer avec sa famille dans une maison sur le boulevard Proctor dans l’est de Hamilton, où il résidera pendant près de 40 ans.

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