La Ligue française pour la défense des droits de l'Homme et du citoyen, abrégée en Ligue des droits de l’Homme, LDH, ou Ligue des droits humains, est une association de défense des droits humains. Créée en 1898 pour défendre un innocent, Alfred Dreyfus, la LDH a pour objectif la défense de la justice, des libertés, des droits civiques et politiques, des droits économiques, sociaux et culturels, contre le racisme et l’antisémitisme.
Elle est présidée depuis 2024 par Nathalie Tehio.
La LDH est officiellement enregistrée le 4 juin 1898, soit 3 ans avant le vote de la loi de 1901 sur les associations, par le républicain Ludovic Trarieux en défense du capitaine Dreyfus. Se basant sur une défense stricte des droits individuels, au pied de la lettre de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la LDH des débuts ne s'intéresse pas aux droits sociaux. D'autres associations similaires existent à l'époque, comme la Société protectrice des citoyens contre les abus, créée en 1881 par le docteur Edmond-Alfred Goupy avec comme premiers donateurs et membres d'honneur Victor Hugo et Georges Clemenceau.
Prenant parti dans la lutte pour la reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus, la Ligue se mobilise pour la sensibilisation de l'opinion publique. En outre, nombre de ses responsables participent aux universités populaires (Georges Dottin, Victor Basch ou Henri Sée à Rennes, Charles Gide, Gabriel Séailles ou Charles Seignobos à Paris).
De l'affaire Dreyfus à la Première Guerre mondiale et défense des droits sociaux
Ludovic Trarieux, malade, démissionne le 19 octobre 1903, puis est remplacé à l'unanimité par le jaurésien Francis de Pressensé, qui était, avec Lucien Herr, le seul socialiste du comité central. Les autres membres sont plus modérés : outre Trarieux, l'avocat et politique Joseph Reinach et l'historien et diplomatiste Arthur Giry (mort en 1899) étaient peu portés aux meetings de masse. D'autres militants plus radicaux évoluent autour de Pressensé et de la Ligue, comme les anarchistes Albert Libertad, Antoine Cyvoct ou Pierre Martinet, qui appelle à se saisir de l'antisémite Édouard Drumont pour le frapper. Progressivement, le nombre d'avocats ou de professeurs de droit socialistes ou radicaux augmente (Jean Appleton, Maxime Leroy, Goudchaux-Brunschvicg, Marius Moutet, Antonin Bergougnan, Ernest Tarbouriech, Eugène Prévost et Albert Chenevier). La Ligue dispose ainsi d'un service juridique spécialisé dans la défense des droits.
À partir de 1905, la Ligue des droits de l'homme s'intéresse à des questions dépassant la France et milite pour la libération d'Edward Joris, un anarchiste belge, responsable l'Attentat de la mosquée Yıldız, condamné à mort dans l'Empire ottoman, notamment en effectuant des manifestations de soutien en sa faveur. Elle est donc rangée au rang des Jorisards, comme de nombreux Dreyfusards. Edward Joris devient ensuite, après sa libération, le secrétaire de la branche anversoise de la Ligue des droits de l'homme. L'un des plus influents Jorisards et Dreyfusards au sein de la Ligue des droits de l'homme est alors Pierre Quillard, un anarchiste qui s'intéresse aux deux questions à la fois et s'oppose, avec Francis de Pressensé, aux traitements des Arméniens dans l'Empire ottoman.
Pressensé y entreprend des réformes statutaires pour lui donner plus de vigueur démocratique et engage la LDH sur la voie de la défense des droits sociaux, notamment par le biais de la défense des syndicalistes (Gustave Hervé). Ferdinand Buisson, qui deviendra président de la LDH en 1913, dit, en 1902, qu'il y a « une affaire Dreyfus partout où il y a un ouvrier qui souffre, un enfant sans instruction, un travailleur sans défense, un vieillard sans asile ».
La grève dans les usines Caillez, à Neuvilly, dans le Nord, en 1903, marque un tournant. Un incendie se déclare dans l'usine, et des responsables ouvriers sont désignés. L'avocat Paul Mesmin, membre de la Ligue, assiste juridiquement et financièrement les familles. Une délégation du comité central de la Ligue se rend à Neuvilly, et Paul Painlevé déclare que « la Ligue n'est pas une assemblée de notaires chargés d'enregistrer congrûment les iniquités sociales, pourvu que la forme légale ait été respectée ». À partir de ce moment, la LDH s'intéresse aux accidents du travail et aux retraites.
L'usage du droit de grève, en particulier dans la fonction publique, où le syndicalisme est interdit (l'enseignant Marcel Nègre est ainsi révoqué en 1907), divise la Ligue. Pressensé soutient le droit de se syndiquer, et la Ligue soutient le comité confédéral de la CGT, considéré par le gouvernement Clemenceau comme collectivement responsables de l'affiche « Gouvernement d'assassins », signée par 77 militants. La LDH soutient L'Humanité dans sa défense du droit syndical chez le « prolétariat d'État » (les fonctionnaires) et obtient quelques succès jurisprudentiels (dont un arrêt du Conseil d'État). Au sein de la Ligue, certains, dont le professeur au Collège de France Albert Réville, demeurent toutefois opposés au droit de grève. L'affaire Durand, en 1910, représente ces tensions, qui aboutissent au départ de 40 000 membres entre 1909 et 1914.
Mais un certain nombre de syndicalistes entrent dans la direction de l'association, dont l'instituteur Émile Glay, l'employé Paul Aubriot, le postier Léopold Clavier et le cheminot Émile Toffin. Un groupe de travail se constitue autour de ces questions, et Ferdinand Buisson dépose, le 30 janvier 1908, une proposition de loi inspirée par Georges Demartial, syndicaliste membre de la Ligue. Les fonctionnaires n'obtiennent le droit de se syndiquer qu'en 1924.
Au congrès de 1908, Francis de Pressensé fait adopter une motion condamnant la politique du gouverneur général de Madagascar.
En mai 1909, la LDH apporte son soutien aux 7 postiers appelés à comparaître devant le conseil de discipline pour avoir « préconisé l'entente entre les travailleurs de l'État et ceux des industries privées ». Après un vif débat, il est décidé d'organiser un meeting en leur soutien, qui rassemblera plus de 6 000 personnes. À l'issue du congrès ouvert le 29 mai, cette déviation sociale est contestée par une forte minorité : un tiers des 9 000 membres démissionnent, dont Gabriel Trarieux, fils de Ludovic Trarieux.
En 1914, la LDH rejoint l'Union sacrée en invoquant la nécessité de « briser la dictature militaire d'une puissance qui, ayant fait de la guerre son industrie, l'a imposée aux autres ». À son congrès de 1916, elle s'oppose à toute « paix prématurée », ce qui ne l'empêche pas de défendre les soldats fusillés pour l'exemple. Elle continue aussi son œuvre de protection des droits économiques et sociaux, réclamant des pensions pour toutes les victimes et la répartition des allocations militaires.
Une minorité se forme après-guerre qui critiquera notamment le traité de Versailles. Cette minorité, pacifiste, se maintiendra jusqu'au congrès de Tours de 1937. La Ligue atteint son apogée lors de l'entre-deux-guerres, avec 180 000 adhérents en 1933. Dans son livre Hitler ou Staline : Le prix de la paix, Christian Jelen écrit :
« L'objet de ce livre est de décrire comment le pacifisme a aveuglé une majorité de socialistes sur le communisme et une minorité sur le nazisme. La Ligue des droits de l'homme constituant un lieu d'observation privilégié. Pendant ces années troublées de l'entre-deux-guerres, celle-ci est un puissant centre de diffusion des idées socialistes et représente le temple de la morale et de la démocratie. Pacifistes démocrates et pacifistes radicaux s'y affrontent avec férocité croissante. Les premiers comptent sur Staline pour résister à Hitler. Les seconds voient dans Staline un danger de guerre et dans Hitler un socialiste de paix. »
La Ligue étend son combat pour les droits sociaux, défendant la CGT attaquée par le gouvernement du Bloc national. De nouveau, des syndicalistes entrent dans la direction de la LDH (le cheminot Marcel Bidegaray, le mineur Georges Dumoulin, l'instituteur Lucien Boulanger, l'employé Georges Buisson, le journaliste Francis Delaisi, les enseignantes Suzanne Collette-Kahn et Jeanne Deghilage). Des mutualistes en font aussi partie (Robert Perdon), des coopérateurs (Charles Gide, Roger Picard, Julien Barthélemy, Henri Doizy), et des politiques proches du mouvement ouvrier (Daniel Vincent, Justin Godart ou César Chabrun, à l'origine de la loi sur la capacité civile des syndicats). On peut enfin citer Marcel Paon, représentant du HCR en France et chef de cabinet du radical Charles Lambert, haut commissaire à l'immigration et aux naturalisations sous le premier Cartel des gauches.