Ce Jour-là

Lieux de station de la liturgie de Jérusalem

Le calendrier liturgique de Jérusalem comprend 72 ou 73 lieux de station (sur ce terme, voir l'article « Mercredis et ve

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Le calendrier liturgique de Jérusalem comprend 72 ou 73 lieux de station (sur ce terme, voir l'article « Mercredis et vendredis, jours de station »), au premier rang desquels se trouvent l'Anastasis et l'église du Martyrium qui lui est attachée. La description qui suit reprend le classement opéré dans un article de la revue Proche-Orient chrétien, toutefois en renumérotant les lieux à partir de 1 dans chacune des trois sections et en commençant par la troisième (lieux saints). Dans chaque section les lieux sont indiqués en fonction de leur introduction chronologique dans le calendrier liturgique (ce principe vient également de l'article cité, où la numérotation est continue de 1 à 64), sauf pour les lieux A.19 et C.9-15 qu'aucun critère chronologique ne permet de dater (si ce n'est avant 614, année de la conquête perse de Jérusalem, comme pour tous les lieux des principaux manuscrits du lectionnaire géorgien). Les références sont faites en général au lectionnaire géorgien, sachant que les stations les plus anciennes sont aussi indiquées dans le vieux lectionnaire arménien (une bonne quinzaine de lieux) et Égérie (une bonne dizaine, en s'appuyant sur Pierre le Diacre, qui est un lecteur médiéval du manuscrit, à une époque où il était plus complet que lors de sa découverte en 1884).

Par « lieux saints », on entend les lieux se rapportant à des événements racontés dans la Bible ou un apocryphe. Trois lieux au moins relèvent de ce dernier cas - 13, 22, 29 -, identifiés à partir d'une lecture littéraliste du Protévangile de Jacques, (bien que, pour les deux premiers, l'identification ne remonte pas à l'origine de leur introduction dans le calendrier liturgique), ainsi que le lieu 26 qui donnera naissance à une vaste littérature mariale « apocryphe ».

C'est la station du 27 décembre, fête de saint Étienne. Le protodiacre a fait l'objet d'une invention de reliques en 415, et d'une translation à cet endroit peu après. L'endroit se trouve dans un angle de l'église de la Sainte-Sion (7) où il a servi de diakonikon, de sacristie, et ses restes subsistent à ce jour. Ils datent de manière quasi-certaine du IIIe siècle et sont en tous cas conformes, du point de vue architectonique, à une synagogue de cette époque. L'existence d'une telle synagogue judéo-chrétienne à Sion est, de fait, attestée par les sources textuelles (le Pèlerin de Bordeaux et Épiphane). L'Église de Jérusalem « mère de toutes les Églises », comme dit la Liturgie de saint Jacques, a son origine ici.

Apostoleion (lieu des apôtres)

L'église, appelée aussi église du Pater Noster est l'une des trois basiliques bâties par Constantin le Grand en Palestine sur des grottes : Bethléem, le Golgotha et celle-ci (Eusèbe, Vie de Constantin, III 43). Elle est aussi appelée « Éléona », du mot grec elaia signifiant « olivier », puisqu'elle se trouve sur le mont des Oliviers où elle était probablement la plus vaste église de Jérusalem jusqu'à la construction de la Néa. C'est un endroit de station habituel dans les grandes processions annuelles, ainsi que pour des commémorations d'évêques de Jérusalem.

Le mot Apostoleion (Vie de Mélanie, ch. 49, cité ci-dessous C.26), qui est traduit en géorgien, fait allusion aux apôtres, non pas parce qu'il s'y trouvait des reliques d'apôtres (encore que des noms d'apôtres se soient introduits tardivement dans certaines rubriques) mais parce que c'est là que Jésus enseigna aux apôtres ses ultimes paroles (d'où le nom didaskaleion, lieu d'enseignement, qui est parfois aussi utilisé), et aussi parce qu'on enterrait les évêques de Jérusalem, successeurs des apôtres, à cet endroit (ou plus précisément sans doute où les coffrets funéraires contenant leurs ossements étaient déposés).

Le site a été fouillé par les Pères blancs avant la première guerre mondiale, mais n'a pas fait l'objet d'une publication directe. On reconnaît du moins sur place les restes de la basilique, qui avait fait l'objet d'une tentative de restauration, qui a finalement abouti en la construction d'un carmel. On y a mis des mosaïques avec le Notre-Père dans de nombreuses langues, en référence à l'enseignement donné par Jésus sur le mont des Oliviers juste avant la passion.

La basilique de Bethléem est évidemment la station du 25 décembre, mais aussi de trois autres mémoires durant l'année.

L'Anastasis est le lieu de station habituel, celui qui est aussi le plus souvent mentionné dans le lectionnaire. Il y a donc une évolution par rapport à Égérie, pour qui la plupart des stations, comme les petites heures, se faisaient dans le Martyrium (5), en présence de la foule. L'Anastasis devait être réservée à un public surtout monastique.

Le Martyrium est mentionné une douzaine de fois dans le lectionnaire, où il est aussi appelé « Katholikon » (on dirait aujourd'hui cathédrale, siège de l'évêque de l'Église « catholique »).

On compte une dizaine de stations dans l'Atrium ou juste devant le Golgotha, dont la vigile du vendredi saint (une station de la procession) et le vendredi saint lui-même (office de l'adoration de la Croix). Le 21 août et le lendemain on y commémore les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, avec des lectures de Mt. 22 et Lc 20, où se trouvent rapprochés le titre « Dieu d'Abraham » et la notion de résurrection des morts.

C'est le troisième lieu saint par le nombre des stations liturgiques. La basilique a été construite au IVe siècle, vraisemblablement entre 379 (début du règne de Théodose Ier à qui remonte sa fondation d'après des sources géorgiennes) et 383 (quand Égérie la visite), mais la dédicace semble un peu plus tardive puisque c'est à Jean II (386-417) qu'un manuscrit du lectionnaire géorgien attribue cette fondation (n°565). En fait elle pourrait avoir fait, à cette époque, l'objet d'une reconstruction ou d'un agrandissement, car un sondage réalisé dans le diakonikon (= 1) a révélé un premier pavement de mosaïques 10 cm. plus bas que le pavement ultérieur. Cette première église aurait donc succédé immédiatement à la construction judéo-chrétienne dont il est question ci-dessus (1).

On y commémore deux événements fondamentaux : la Pentecôte du récit des Actes des apôtres (dès 350 d'après une allusion de Cyrille de Jérusalem, XVI 4), mais aussi la Dernière Cène (après avoir assimilé, vers la fin du siècle, la « chambre haute » du récit de Ac. 1, 13 au « cénacle » des Évangiles synoptiques, mais cette assimilation n'a pas supprimé une tradition plus ancienne, encore relatée au VIe siècle, d'une dernière cène de Jésus, sans doute celle de Jn 12, sur le mont des Oliviers ; voir ci-après 10). L'endroit a été très mal fouillé au moment de la construction (au XIXe siècle) de l'abbaye bénédictine de la Dormition. Une chose est sûre, l'église a fonctionné encore après la dévastation de Jérusalem par les Perses en 614. Le stavrou 43 mentionne, vers le Xe siècle, une « chambre haute » où l'on procède au rite du lavement des pieds. Il y avait donc à cette époque, un étage, comme on peut le voir encore aujourd'hui dans le lieu saint qui se trouvait, au Moyen Âge, dans l'enceinte d'un couvent franciscain (les fenêtres à l'étage sur les deux photos ci-joint donnent sur cette pièce). À l'époque ottomane celui-ci dut céder la place à une mosquée, qui abrite le cénotaphe du roi David.

L'idée de situer à cet endroit le cénotaphe du roi David provient d'une tradition chrétienne qui est à la source de la confusion entre la colline biblique de Sion (le Mont du Temple) et le lieu le plus haut de la ville de Jérusalem à l'époque romaine (le récit des Actes fait allusion à David qui est « parmi nous »), l'actuel Mont Sion. Bref on peut visiter aujourd'hui une « chambre haute » au-dessus d'une mosquée, devenue synagogue (!), comportant le cénotaphe du roi David. Les pèlerins chrétiens ont identifié pas mal de choses dans cette église (notamment divers souvenirs relatifs à saint Étienne[Lequel ?], voir ci-dessus 1), mais n'ont jamais rapporté cette tradition. Le vieux lectionnaire arménien situe cependant dans cette église la fête de « Jacob (Jacques) et David » du 25 (plus tard 26) décembre. C'est peut-être la tradition à l'origine de ce cénotaphe. Quoi qu'il en soit, le lien entre Jacob / Jacques (en grec c'est le même mot) et Étienne est intéressant. Divers éléments qu'il est difficile de passer en revue ici, suggèrent que le culte d'Étienne s'est développé à Sion parce que l'on a cherché à transposer les traditions judéo-chrétiennes relatives à Jacques sur le protomartyr, les judéo-chrétiens de Jérusalem ayant précisément leur lieu de rassemblement, au IIIe siècle, à cet endroit (voir ci-dessus 1).

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