Liber Pater ou Liber (quelquefois traduit en français sous la forme Père Liber) est un dieu de la fécondité d'origine italique de la religion romaine. Il fut assimilé à Bacchus (Dionysos) par les Romains.
Le culte de Liber Pater et de sa parèdre Libera remonte à la très haute antiquité à Rome. Le caractère et le sens primitifs de ce culte s'altérèrent ensuite sous l'influence de la mythologie grecque.
Il existe à travers différents auteurs latins plusieurs étymologies pour expliquer la provenance du nom de Liber. De nombreuses formes et dérivations ont d'ailleurs été retracées à travers l'Italie antique: les plus anciennes formes du mot Liber furent Loebasius ou Lebasius chez les Sabins, Leiber ou Leber chez les Falisques et Loufir ou Lifar chez les Osques. Varron, cité par Augustin d'Hippone, explique l’étymologie de son nom dans la libération (a liberamento) de la semence de l'homme pendant l'acte sexuel. Cette semence est considérée comme liquide (liquor) et fait de Liber le protecteur de la fertilité masculine, mais aussi de la fertilité végétale, notamment celle de la vigne. Des auteurs postérieurs ont repris pour base l'étymologie de Varron pour aussi associer Liber au vin : Sénèque et Festus mentionnent tous deux que Liber est à l’origine de la découverte de la vigne et que son nom dérive de la liberté d’expression que les gens possèdent étant ivres, tout comme Fulgentius qui, dans ses Mythologies, fait dériver le nom de Liber de la libération des esprits par le vin.
Cicéron s'intéresse quant à lui à la généalogie des divinités romaines pour expliquer l'origine du nom de Liber. Il indique qu'à Rome, les enfants sont nommés liberi car la progéniture de Cérès est nommée Liber et Libera. Cette explication étymologique met l’accent sur la fertilité de la triade et met surtout en lumière la relation entre ces divinités : Cérès, déesse du grain, est la mère et la tête de famille de la triade aventine, tandis que Liber et Libera, responsables de la semence masculine et féminine, sont ses enfants.
Servius, au IVe siècle apr. J.-C., fait de Liber le protecteur du vin et de la liberté des cités dans ses commentaires sur l'Énéide et les Géorgiques de Virgile. Il mentionne que son nom sabin Loebasius dérive du grec λοιβή, «verser une libation». Il fait aussi remonter l'origine du nom de Liber à la libertas à travers son servant Marsyas qui représente la liberté politique et juridique chez les Romains. Macrobe reprend à l'identique l'idée selon laquelle Liber protège les villes et leurs libertés par l'entremise de son servant Marsyas.
Les linguistes modernes font quant à eux remonter l'étymologie de Liber à l'adjectif latin liber, «libre» ou «enfant», qui dérive de la racine indo-européenne du verbe *H1lewdh- associé à la croissance et à la naissance. Son sens propre est celui de la germination : Liber garantit la naissance et la moisson à travers la semence fertile. Jean Haudry reconstruit un groupe italo-germanique de divinités de la croissance tirées de la racine indo-européenne *H1lewdh- dont l'une s'est spécialisée dans la croissance humaine comme le latin līberī, les autres ont pris le sens de « feu de la croissance, de la génération », comme dans le verbe allemand lodern.
Plusieurs savants, notamment Georg Wissowa, soutiennent que Liber apparaît à l'origine comme une épithète de Jupiter. Le temple de Jupiter Liber à Furfo, chez les Vestins est bien connu: d'autres inscriptions dédiées à Jovis Liber ont aussi été trouvées en Sabine et à Capoue. La même mention se lit à Rome sur le calendrier des Arvales à la date du 1er septembre. Avec le temps, Liber se serait dissocié de Jupiter pour former une divinité à part entière. Il n'existe pas de véritable consensus: il n'est pas invraisemblable que malgré l'homonymie entre les deux divinités, Jupiter et Liber aient été deux entités distinctes dès une époque reculée.
À l'origine, Liber n'avait pas d'épithète accolée à son nom. Les premières attestations dans les pièces de théâtre de Naevius, Livius Andronicus et Ennius ne mentionne d'ailleurs aucune épithète cultuelle associée à Liber. Il en va de même pour les plus anciennes inscriptions de l'Italie antique mentionnant Liber : sur chacune d'entre elles, on lit le nom du dieu seul, sans épithète. À l’époque impériale, l’épithète Pater, «père», est cependant indissociable de Liber. Pour les Romains, Pater est un signe de respect et de vénération pour invoquer les dieux : Neptune, Saturne, Mars, Janus et Quirinus en sont aussi affublés. L’association du Pater se fait progressivement chez les poètes avec un des nombreux noms de Dionysos, soit Bacchus, Lenaeus, Lyaeus : ce phénomène est d’ailleurs déjà attesté chez Accius et Pseudo-Ennius au IIe siècle av. J.-C.
Une cérémonie du culte de Liber paraît propre au Liber italique : la fête romaine des Liberalia, qui se célébrait le 17 mars, et qui n'avait rien de commun ni avec les Dionysies, ni avec les Ludi Liberales de création postérieure. À Rome et dans le Latium, la fête de la Liberalia, le 17 mars, était une célébration du passage à l'âge adulte pour les " enfants libres " (līberi līberi), soit les adolescents entre 14 et 17 ans. C’est à cette date que se faisait la prise de la toge virile (toga virilis) qui signifiait le passage de l’enfance à l’âge adulte ainsi que l’entrée dans la vie publique avec l'inscription au tabularium. Les calendriers républicains (Fasti Antiates) et les Fasti Caeretani mentionnent une fête pour Liber mais aussi pour Libera, ce qui suggère que la fête était à l'origine un passage à l'âge adulte à la fois pour les garçons et pour les filles. Aucune attestation de Liberalia féminine n'est cependant attesté.
Ce rituel se situait dans un contexte familial et était parrainé par le pater familias du jeune garçon ou son substitut. La prise de la toge marque l'acquisition de la pleine citoyenneté et une liberté accrue, mais pas une indépendance complète du contrôle paternel : le jeune homme reste sous la potestas du pater familias. Les adolescents entre 14 et 17 ans dédiaient par la suite leur bulla, une amulette remise aux enfants romains pour les protéger des mauvais esprits, à leurs Lares familiaux en l’accrochant au foyer.
Après ces rituels, la famille et des amis des adolescents qui passent à l'âge adulte les escortent au Forum, puis au Capitole pour y faire des sacrifices. Peu d'informations sont connues sur cette procession et ces sacrifices. Deux inscriptions font par contre état au Capitole d'une statue de Liber Pater .
Outre les Liberalia de Rome, nous connaissons, par Augustin d'Hippone, qui cite sans aucun doute Varron, une autre forme de Liberalia en l'honneur de Liber. Cette cérémonie, qui semble avoir été d'abord purement rurale et qui plus tard seulement se célébra dans certaines cités, comme Lavinium, avait un caractère nettement phallique. Le phallus, en effet, y jouait le rôle principal. Ces fêtes ne se rapprochent pas des phallophories car on y trouve aucun rapport avec les vendanges et la fabrication du vin. Il n'y a rien de tel dans les phallophories italiques. En outre, bien que nous ne sachions pas avec précision quel était le mois de l'année consacré à ces fêtes, nous pouvons croire qu'elles se célébraient au printemps : le printemps est, en effet, la saison pendant laquelle il est naturel d'invoquer la protection divine, et de détourner des champs le mauvais œil. À l'époque des vendanges, de telles cérémonies n'ont plus de raison d'être. Pline l'Ancien signale le culte du phallus ou fascinas, comme un culte proprement romain.
Ainsi, le sens primitif de son nom et les fêtes proprement romaines ou italiques qui étaient célébrées en son honneur, font apparaître Liber ou Liber Pater comme un dieu de la fécondité. Le phallus était l'image du Feu divin, comme la semence était perçue comme un « feu de la procréation » : il était invoqué comme protecteur de la fertilité agricole ; il présidait peut-être aussi à la génération animale.
Bien que Jupiter et Vénus patronnent les deux festivals du vin à Rome (les Vinalia et les Meditrinalia), Liber était considéré comme le dieu protecteur du vin et de la vigne grâce à son association avec Dionysos. L'identification de Liber Pater à la vigne est cependant ancienne : une inscription falisque datée du VIIe siècle av. J.-C. associe Cérès au blé et Liber au vin. La première représentation iconographique de Liber sur un ciste de Préneste datant du IVe siècle av. J.-C. représente le dieu barbu, torse nu, et tenant dans sa main une vigne qui l’associe directement au domaine du vin. Les plus anciennes attestations littéraires liant Liber à la vigne se trouvent dans le théâtre de Livius Andronicus et de Naevius : ces dramaturges utilisent le nom de Liber en métonymie au vin, procédé qui est toujours utilisé au Ier siècle av. J.-C. dans le manuel de rhétorique Rhetorica ad Herrenium.