Ce Jour-là

Lev Landau

Physicien soviétique

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Lev Davidovitch Landau (en russe : Лев Давидович Ландау, [lʲɛv dɐˈvidəvʲitɕ lɐnˈda.u] ), né le 22 janvier 1908 à Bakou (Empire russe) et mort le 1er avril 1968 à Moscou (Union soviétique), est un physicien théoricien soviétique. Il est lauréat du prix Nobel de physique de 1962 « pour ses théories pionnières à propos de l'état condensé de la matière, particulièrement l'hélium liquide » mais ses contributions à la physique vont bien au-delà et couvrent de nombreuses branches où il apporta des formalisations théoriques des phénomènes de la mécanique des fluides à la théorie quantique des champs. Il élaborera ainsi un formalisme théorique des transitions de phase de deuxième ordre, de la supraconductivité (théorie de Ginzburg-Landau), du diamagnétisme, des liquides de Fermi, etc. Il est aussi crédité d'avoir anticipé l'existence d'étoiles à neutrons (ou, du moins, d'étoiles denses de particules subatomiques sans charge électrique) avant même la découverte des neutrons en 1932.

Il naît à Bakou dans une famille juive dont le père, David, est ingénieur dans le pétrole et a été aussi administrateur de la compagnie pétrolière d'Alphonse de Rothschild, appelée BNITO (acronyme en russe de « Compagnie de la Caspienne et de la mer Noire ») jusqu'à sa vente en 1911. Sa mère est médecin. Lev sait lire dès l'âge de quatre ans et reste durant toute sa scolarité un élève doué bien que timide et maladroit, fuyant souvent le contact des autres enfants. Il n'a pas dix ans lorsque la révolution russe éclate, créant au sein de sa famille et de la minorité juive dont elle fait partie l'espoir de voir enfin cesser les discriminations dont elle est l'objet sous le régime du tsar Nicolas II.

Après avoir terminé ses études secondaires à l'âge de 13 ans, Lev espère pouvoir poursuivre à la faculté des sciences de l'université de Bakou, mais sous la pression de son père, et à son grand désespoir, il s'inscrit à l'institut des hautes études économiques de cette même ville. Au bout d'un an, n'en pouvant plus, il refuse de continuer et obtient de son père d'aller étudier les sciences à l'université où il s'inscrit en 1922 en mathématiques et en physique, devenant ainsi le plus jeune des étudiants.

Deux ans plus tard, sa licence en poche, il obtient de chaudes recommandations de ses professeurs afin de continuer ses études à l'université de Petrograd. Malgré la terreur rouge qui sévissait alors en URSS, il trouve à son arrivée en 1924 une ambiance favorable à l'épanouissement intellectuel des jeunes scientifiques, le pouvoir soviétique entretenant encore à cette époque une attitude ouverte vis-à-vis des sciences, voyant en elles à la fois un moyen de promotion de son idéologie et de combat contre les religions.

Au sein de cette université, Landau se lie rapidement d'amitié avec George Gamow et se voit rapidement affublé du surnom de « Dau » qui le suivra toute sa vie. Il commence donc sa thèse en 1926 à l'institut physico-technique de Leningrad et publie son premier article consacré à l'analyse spectrale des molécules diatomiques. Sa réputation d'alors le fait passer pour un excentrique, volontiers rebelle, voire insolent mais toujours charmant, car à la fois maladroit et timide. Du point de vue politique, Lev est alors un communiste sincère et enthousiaste, par ailleurs admirateur de Trotsky. C'est pourquoi la montée au pouvoir de Staline et le renforcement du pouvoir répressif et suspicieux de la Tchéka-Guépéou représente pour lui un motif d'inquiétude.

Toutefois, après des mois d'attente, Landau obtient en 1929 une bourse du gouvernement soviétique ainsi que de la Fondation Rockefeller afin d'aller étudier la physique un an à l'étranger. Il n'a alors que 21 ans, mais peut se targuer d'une œuvre scientifique considérable, traitant notamment de physique statistique et quantique.

Son séjour en Europe non communiste commence par Göttingen, dans l'Allemagne encore démocratique, où il répond à une invitation de Max Born. Au bout de quelques semaines, il se rend à Leipzig pour suivre les cours de Werner Heisenberg et se fait vite remarquer pour son caractère intrépide et volontaire. L'anecdote ci-dessous, bien que non confirmée, donne une idée du personnage :

Peu de temps après, il part pour Copenhague où il rencontre Bohr, dont il se considérera ensuite toujours comme un disciple. Il retournera à Copenhague en 1933 et 1934. Son périple le mène ensuite à Cambridge, où il travaille sous la direction de Paul Dirac et à Zurich avec Wolfgang Pauli. Un de ses condisciples à Zurich, Rudolf Peierls (qui était alors assistant de Pauli) dit de lui :

« Je me souviens très nettement de la grande impression que Landau fit sur nous tous quand il se présenta dans le laboratoire de Wolfgang Pauli en 1929, […] Nous ne mîmes pas longtemps à découvrir avec quelle profondeur il comprenait la physique moderne, et quel talent il avait pour résoudre les problèmes fondamentaux. Il lisait rarement en détail un article de physique théorique, juste assez pour voir si le sujet était intéressant, et dans ce cas quelle était l'approche de l'auteur. Il se mettait ensuite à faire les calculs de son côté, et si ses résultats concordaient avec ceux de l'auteur, il approuvait l'article. »

Landau regagne Léningrad en 1931 et constate alors un changement important dans l'attitude du gouvernement soviétique envers les savants. Ceux-ci avaient en effet jusque-là pu travailler dans un climat de relative liberté, le régime récemment créé cherchant à s'établir une certaine légitimité internationale par l'intermédiaire de la renommée de ses scientifiques. Le début des années 1930 se caractérise au contraire par une volonté politique plus forte de l'URSS de surveiller idéologiquement ses citoyens, y compris les scientifiques.

Carrière scientifique et séjour en prison

En 1932, Landau s'installe à Kharkov, où on lui confie la direction du département théorique du nouvel Institut physico-technique d'Ukraine. Il est reçu docteur ès sciences en 1934 sans avoir eu à soutenir sa thèse et est nommé à la chaire de physique générale de l'université de Kharkov en 1935. En 1937, à la demande de Piotr Kapitsa, il s'installe à Moscou, où il est nommé par celui-ci à la tête de la section théorique de l'institut des problèmes physiques construit peu de temps avant. Cette nomination tombe à point nommé pour Landau, Moscou ayant remplacé depuis quelques années Léningrad comme centre de la science soviétique. Mais sa satisfaction ne dure qu'un temps, car la fin des années 1930 est la période des Grandes Purges qui touchent non seulement les citoyens ordinaires, mais aussi les cadres, les scientifiques, les ingénieurs, les artistes, les militants du Parti et même les militaires et les membres du gouvernement.

Le matin du 28 avril 1938, une limousine pénètre dans la cour de l'institut des problèmes physiques. Des hommes en civil en sortent et sonnent à la porte du numéro deux, l'appartement de Landau. Celui-ci est alors conduit à la Boutyrskaïa, une des nombreuses prisons politiques que compte Moscou. On lui annonce qu'il est condamné à dix ans de prison sous l'accusation courante à cette époque d'espionnage au profit de l'Allemagne nazie. Cette arrestation suit la découverte par le NKVD d'une brochure écrite par lui et le physicien Mosey Korets critiquant le régime stalinien. L'absurdité du motif joue en faveur de "Dau", qui avait quitté l'Allemagne avant que les nazis ne prennent le pouvoir et qui était juif. Il ne reste donc qu'un an en prison et Piotr Kapitsa réussit à le faire libérer en avril 1939, en intervenant directement auprès de Staline et de son bras droit Molotov. Comme la plupart des victimes du NKVD, qui les soumettait couramment à différentes tortures physiques (coups, faim, soif, froid, électricité) ou psychiques (humiliations, fouilles intimes répétées, privation de sommeil, menaces sur la famille), Landau sort de prison émacié, gravement malade et mentalement affecté. Mi-sérieux mi-ironique, il dira plus tard de cette période qu'elle ne fut pas totalement perdue pour lui puisqu'il avait appris à faire de tête un très grand nombre de calculs complexes, les murs de sa cellule lui servant de tableau noir imaginaire.

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