Ce Jour-là

Letizia Battaglia

Photographe italienne, éditrice et femme politique (1935-2022)

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Letizia Battaglia est une photographe et photojournaliste italienne née le 5 mars 1935 à Palerme et morte le 13 avril 2022 dans la même ville. Elle est connue pour son travail sur la Cosa nostra qui a été récompensé par plusieurs prix.

Première photographe pour la presse quotidienne italienne, elle dirige le service photo du quotidien de Palerme L'Ora de 1974 à 1990, période durant laquelle elle capture de nombreuses scènes de crimes mafieux et des arrestations qui font entrer ses clichés dans l’histoire sicilienne. Ses photographies, en noir et blanc, s’ancrent aussi dans la vie quotidienne des habitants de l’île, des plus pauvres à ceux issus de l'aristocratie, marquée par la violence, avec une place spéciale accordée aux jeunes filles et aux femmes.

À la fin des années 1980, son combat contre la mafia se traduit par un engagement politique notamment aux côtés de Leoluca Orlando à la mairie de Palerme et à La Rete. Après l'assassinat des deux juges anti-mafia Falcone et Borsellino en 1992, elle met fin à son travail photographique sur la Cosa nostra au profit d'activités dans d’autres domaines artistiques (littérature, théâtre). Elle réexplore le passé à travers un projet mêlant archives personnelles et adjonction de nouveaux éléments avec pour thème le corps féminin, pour « exorciser » un passé fait « de violence, de meurtre, de complicité, d'omertà, d'injustice, de peur ». C'est l’espoir et la liberté qu’elle voit à travers les femmes.

Letizia Battaglia naît le 5 mars 1935 à Palerme en Sicile. Issue d’un milieu bourgeois, avec un père travaillant dans le domaine maritime, Letizia Battaglia passe une partie de son enfance à Trieste, Civitavecchia et Naples pendant la guerre puis revient à Palerme. À Trieste, elle mène pendant trois ans l'existence d'une petite fille libre, mais de retour à Palerme, elle est enfermée chez elle par ses parents, Cesare et Angela, après avoir subi une agression : un homme s'est masturbé devant elle dans une rue de sa ville natale quand elle avait dix ans.

Élève dans une école catholique mais devenue athée, elle souhaite devenir écrivaine mais elle n’est pas autorisée par ses parents à poursuivre ses études. Elle se marie à l’âge de seize ans à un homme de vingt-trois ans pour échapper à l’emprise de son père, jaloux, autoritaire et violent, mais entre ainsi dans une relation tout aussi abusive. Son mari, Franco Stagnitta, héritier d’une dynastie de torréfacteurs italiens, la contrôle de la même manière, refusant, par exemple, qu’elle sorte seule, arguant de sa sécurité. Avec la naissance de ses trois filles, elle est cantonnée à un rôle traditionnel de femme au foyer de la classe moyenne car son époux ne la soutient pas dans ses ambitions littéraires et va jusqu’à la qualifier de « folle » lorsqu’elle émet le souhait de commencer une formation. Traversant une dépression et hospitalisée en Suisse pendant deux ans, elle suit une psychanalyse de deux ans avec Francesco Corrao.

Sa rencontre du poète Ezra Pound à Venise alors qu'elle a 27 ans la marque durablement.

Débuts dans le journalisme et la photographie à Milan

Après sa guérison, elle débute comme pigiste en 1969 pour L'Ora, quotidien du soir appartenant au Parti communiste italien, qui publie des enquêtes sur la mafia à Palerme. En 1971, âgée de 37 ans, elle divorce et quitte la Sicile, avec ses enfants, pour vivre à Milan avec le photographe Santi Caleca.

Refusant toute pension de la part de son ex-conjoint et devant subvenir aux besoins de sa famille, elle commence à travailler en tant que journaliste. Elle collabore aux revues Le Ore et ABC. Comme elle doit illustrer elle-même ses articles, elle découvre la photographie en autodidacte, sans l'appui de son compagnon, plus par nécessité que par attrait particulier pour ce médium. Elle capture notamment les mouvements étudiants, photographie Pier Paolo Pasolini qui deviendra l’un de ses amis, Gae Aulenti, la Palazzina Liberty de Dario Fo et Franca Rame.

Retour à Palerme et carrière à L'Ora

L'Ora et le Laboratorio d'Informazione Fotografica

Après un séjour à Paris, elle retourne, en 1974, à L'Ora avec Santi Caleca à l'invitation de Vittorio Nistico, le directeur du quotidien de gauche, qui donne des espaces à la photographie et qui lui confie la direction de la photographie jusqu'en 1990. Sans être salariée du journal ni membre de son comité de rédaction, elle dirige un groupe de cinq photographes qu'elle choisit pour couvrir tous les événements sur 24 heures face à la concurrence de l'ANSA et du Giornale di Sicilia.

En 1974, Battaglia fonde le Laboratorio d'Informazione Fotografica, un organisme éducatif autour duquel se regroupent de jeunes photographes locaux. Parmi eux, on compte Ernesto Bazan, Fabio Sgroi, Luciano del Castillo, sa fille Shobba Battaglia et Salvo Fundarotto.

Palerme est alors le théâtre d'une violente guerre de mafia entre familles rivales et contre les représentants de l’État et les journalistes. Trois jours après ses débuts en tant que journaliste, elle photographie un homme assassiné, ce qui la marque profondément.

Première italienne à être photographe pour un quotidien, seule femme dans un milieu d’hommes et évoluant, plus largement, dans une ville où le patriarcat règne alors, Letizia Battaglia rapporte avoir subi du harcèlement de la part de ses « collègues » à plusieurs reprises. Les relations avec les forces de police sont aussi compliquées, par exemple pour couvrir les scènes de crime car elle n’est pas jugée « crédible » au contraire des hommes qui y accèdent sans problème. Soutenue par Boris Giuliano, chef de la squadra mobile de Palerme, et acquérant progressivement une renommée importante en tant que photographe travaillant sur la mafia sicilienne, Cosa Nostra, elle « détruit des tabous » selon l’un de ses proches.

Les années partagées avec Franco Zecchin

Elle rencontre le photojournaliste Franco Zecchin en 1976 à Venise lors d’un stage de théâtre dirigé par Jerzy Grotowski. En couple, ils travaillent pendant près de deux décennies dans une tradition de journalisme de « service public » qui contraste avec les conglomérats contemporains issus de l’empire de Silvio Berlusconi.

Letizia Battaglia cherche à montrer les crimes mafieux par ses photographies et documente les ravages provoqués par le clan des Corleonesi. Franco Zecchin définit ainsi les motivations qu'il partage avec Letizia Battaglia :

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