Ce Jour-là

Les Shadoks

Série animée de 1968 créé par Jacques Rouxel

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Les Shadoks est une série télévisée d’animation française en 208 épisodes de deux à trois minutes, créée par Jacques Rouxel, racontée par Claude Piéplu, et produite par la société AAA (Animation art graphique audiovisuel).

La série a été diffusée sur la Première chaîne de l'ORTF entre le 29 avril 1968 et le 11 novembre 1974 (trois premières saisons) et la quatrième saison, produite par AAA, à partir du 6 février 2000 sur Canal+.

La série relate les différentes histoires et mésaventures des Shadoks, des créatures anthropomorphes à l’apparence d’oiseaux rondouillards, avec de longues pattes filiformes, des ailes minuscules et préhensiles, et de rares cheveux.

Ils possèdent pour tout vocabulaire quatre mots monosyllabiques : « Ga, Bu, Zo, Meu ». Ces mots servent aussi de chiffres pour compter (en base 4).

Les Shadoks vivent sur une planète aux volumes changeants, dont ils tombent parfois. Bêtes et méchants, ils construisent des machines improbables qui ne fonctionnent pas, le plus souvent sous l’impulsion du Professeur Shadoko. La plus emblématique de ces inventions reste la « Cosmopompe » destinée à pomper le « cosmogol 999 », allusion à la propulsion à propergol solide (série BU), les Shadoks ayant pour but de construire une fusée pour rejoindre la Terre (la série a été écrite pendant la conquête spatiale) ; un projet auquel ils consacrent de nombreux essais aboutissant à autant d’échecs. Depuis lors, la principale occupation des Shadoks est de pomper. D’autres machines suivront, comme la machine à pilules qui manque de leur coûter la vie dans la série ZO.

Les Shadoks ont pour antagonistes les Gibis, êtres supérieurs qui, par pitié, aident les Shadoks qui ne représentent pour eux aucune menace réelle. Les Gibis sont coiffés d’un chapeau melon qui leur donne leur supériorité intellectuelle, leur permettant d’élaborer en commun des systèmes efficaces, de communiquer et de se moquer des ratages des Shadoks. En cas de perte de ce chapeau, ils sombrent dans la stupidité. Les Gibis vivent sur une planète plate mais à l’équilibre instable, et eux aussi convoitent la Terre. Celle-ci, qui se trouve entre les planètes des Shadoks et des Gibis, est habitée par un seul être, l’insecte cracheur de feu Gégène.

En 1968, lors de la diffusion de la première saison, la série divise les Français en deux camps, créant la première polémique de la télévision française, tous ne goûtant pas l’humour absurde de la série.

L’ORTF entretient volontairement la polémique sur un ton humoristique et décalé en produisant en 1969 l’émission Les Français écrivent aux Shadoks réalisée par Gérard Pirès, mettant en scène Jean Yanne répondant ou commentant les lettres reçues. Dans un format de trois minutes, il en profite pour présenter les personnes à l’origine de la série, au premier rang desquelles Jacques Rouxel. L’émission va accompagner la diffusion de la deuxième saison des Shadoks.

Vers 1966, Jacques Rouxel propose un premier film d’animation « Drôles d’oiseaux », dans lequel évoluent un inventeur et un oiseau. Le projet n’est pas retenu par les studios d’animation. En 1966, inspiré par les comic strips américains, Jacques Rouxel transforme son projet en spots d’interludes qu’il présente à l’ORTF, au Service de la recherche. Les Shadoks sont des oiseaux avec de longues pattes — du genre échassier — au graphisme simple, uniquement au trait.

Rouxel revendique une forte inspiration des dessins de Saul Steinberg, qu’il admire, et revendique un style extra-plat, sans perspective ni relief. Pour l’humour absurde, il se réfère à Alphonse Allais, à Alfred Jarry et au poète anglais Edward Lear, popularisateur des limericks. D’autres rapprochent son trait des étranges oiseaux représentés par le peintre Paul Klee dans sa toile La Machine à gazouiller (1922).

Le projet est bien accueilli par André Voisin, le directeur des programmes, Michel Treguer et par Pierre Mandrin, le directeur de production. Débute alors la production de quelques spots sur un animographe — une machine expérimentale inventée par Jean Dejoux et développée au sein du Service de la recherche de l’ORTF, et qui permet de faire du dessin animé. L’équipe est composée de René Borg, chef animateur et réalisateur, et d’Élisabeth Savel, dessinatrice d’animation. Le format ne convenant pas[pourquoi ?], André Voisin et Jacques Rouxel décident de faire du projet un feuilleton.

Jacques Rouxel, considérant que ces volatiles sont bêtes et méchants, leur donne un nom composé de consonnes dures, comme le D et le K. Il s’inspire également du groupe de rock très populaire à l’époque The Shadows. Dans la première description de la bible littéraire et graphique de la série, les Gibis s’appellent d’abord les Zibis. Parfaitement antagonistes par rapport aux Shadoks, tant côté caractère que côté graphisme, ils deviendront assez rapidement les Gibis, en référence à la prononciation anglaise des initiales de la Grande-Bretagne (G.B.). Cette allusion aux Britanniques est renforcée par le fait que les Gibis portent un chapeau melon, ce qui leur permet de communiquer entre eux. À souligner que Jacques Rouxel était anglophile, parlait couramment l’anglais et s’inspirait beaucoup de l’humour et de la poésie britanniques.

La série suscite l’une des premières grandes polémiques de la télévision française. On aurait compté parmi les téléspectateurs une moitié pour et une moitié contre ; c’est cette proportion que l’on retrouve dans les courriers reçus. En revanche, les rapports d’audience des deux premières séries sont hostiles à l’émission à près de 80 %. La quantité phénoménale de courriers de téléspectateurs (1 525 courriers conservés, et peut-être 5 000 reçus) a fait l’objet d’une émission présentée par Jean Yanne (épaulé de temps à autre, par Les Charlots ou Daniel Prévost) dans laquelle celui-ci lit les lettres : « Les Français écrivent aux Shadoks ».

À l’origine, les trois premières saisons n’ont pas de titre officiel et la quatrième série est nommée « Les Shadoks et le Big Blank ». Les titres des trois premières saisons ont été donnés au moment de l’édition en VHS.

D’après Thierry Dejean, ces titres rompent avec les mathématiques shadokiennes selon lesquelles les quatre saisons auraient dû être numérotées « GA », « BU », « ZO », « MEU » (ce qui est discutable puisque « GA » correspond à zéro ; or, on ne commence jamais par zéro quand il s’agit de numéroter des saisons, sauf peut-être dans le monde shadok) et le titre de la première série « La préhistoire » est inadapté puisque « c’est cette série qui a fait l’histoire des Shadoks ».

La première saison (numérotée « BU » et nommée La préhistoire dans l’édition VHS) comprend cinquante-deux épisodes de deux minutes chacun, en 35 mm couleur. Réalisée en 1968, c’est la seule faite à l’animographe. Elle est diffusée à partir du 29 avril 1968 sur la Première chaîne de l'ORTF, est interrompue par les événements de Mai 68, et reprend au mois de septembre. C’est ici que l’on trouve une grande partie des bases de la logique shadok et que sont présentés les personnages principaux. Pendant toute la saison (ou presque), les Shadoks tentent de se rendre sur la Terre, sans succès avant la toute fin, dans des tentatives relativement répétitives.

Production : Service de la recherche de la RTF

Textes et storyboard : Jacques Rouxel

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