Ce Jour-là

Les Charlots

Groupe de musique et d'acteurs français

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Les Charlots sont un groupe de musique humoristique français, formé en 1966 par reconversion du groupe de rock Les Problèmes (1965), et composé principalement de Gérard Rinaldi, Gérard Filippelli, Jean Sarrus, Jean-Guy Fechner, Luis Rego et Richard Bonnot.

Évoluant dans un style comique et parodique, ils doivent leur renommée d'abord à leurs chansons, puis aux films dont ils sont les vedettes dans les années 1970, notamment Les Bidasses en folie (1971), Les Fous du stade (1972), Le Grand Bazar (1973) et Les Charlots contre Dracula (1980).

Leur nom fait indirectement référence à Charlot, nom français du personnage du vagabond interprété par Charlie Chaplin, origine du terme argotique « charlot » (individu peu sérieux).

Rencontres et premiers groupes

Au début des années 1960, Jean Sarrus est le guitariste d'un groupe de rock 'n' roll nommé Les Spectres, créé entre cancres d'un collège de Nanterre. Ils tentent de se faire une place au Golf-Drouot, temple du rock en France, mais se heurtent à l'arrivée à Paris de groupes anglais, impossible à concurrencer sur leur propre terrain, à l'époque de Cliff Richard and The Shadows et des Beatles. Ce contact leur permet au moins de s'améliorer et de puiser les modes à leur source. Ils traînent dans le fast-food Wimpy face à la sortie du métro Richelieu-Drouot, point de rencontre de tous les musiciens rock de la capitale, croisant ainsi tous les groupes français et anglais, célèbres ou en devenir. Ne pouvant pas faire le poids contre les Anglais, les Spectres font des galas en province et plusieurs voyages en Espagne. Jean-Jacques Vuilermin, ami qui leur fait office d'imprésario, les renomme Les Rebelles, pour écouler un stock d'affiches et de disques d'un précédent groupe. Avec le départ du bassiste pour le service militaire, Sarrus prend en main la guitare basse. Les Rebelles obtiennent à l'été 1963 une tournée à travers la France avec le cirque Amar. Ils doivent aussi accompagner Vince Taylor, jusqu'à ce que le chanteur britannique, malade, annule les galas après les répétitions.

À l'hiver 1963, alors que les Rebelles ont su se mesurer aux Anglais, l'arrivée de groupes américains à Paris, aussitôt signés par Eddie Barclay, est un nouveau coup dur : Rocky Roberts révolutionne le rock en intégrant cuivres et clavier dans sa formation. Les Rebelles s'adaptent à ce nouveau style au plus vite. L'un des membres, Rachid Houari, associe au groupe son frère Mam, joueur de saxophone alto, pour accéder à cette sonorité rhythm and blues jazzy. Pour le saxophone ténor, Mam Houari amène son ami Gérard Rinaldi, lycéen préparant son bac et souhaitant devenir journaliste ou pilote de ligne. Sarrus est marqué par ce jeune homme plus mature, à la voix timbrée et l'allure soignée.

« J'ai rencontré [Jean Sarrus] à l'époque où j'étais en classe de philo au lycée Charlemagne. Je faisais du jazz avec des amis du lycée et au cours d'un de nos bœufs, j'ai fait la connaissance d'un saxophoniste qui était à mes yeux quelqu'un d'extrêmement compétent. Il savait lire la musique, alors que moi, je jouais à l'oreille. Il était capable de jouer des morceaux incroyables de Charlie Parker. Il m'en avait foutu plein la vue. Et un jour, il m'a dit que son frère jouait dans un groupe yéyé. Il m'a proposé d'aller jouer un soir avec eux, et de gagner 50 balles. Moi qui n'avait jamais eu d'argent de poche, je me suis dit pourquoi pas. Je suis donc allé rencontrer pour la première fois de ma vie un groupe de guitaristes. C'est un monde que je ne connaissais pas du tout. Et celui qui jouait de la basse, c'était Jean Sarrus. On est en 1963, j'ai 20 ans, et il en a 17. Et c'est une histoire qui dure, puisque aujourd'hui, nous travaillons encore ensemble. »

Après plusieurs mois de rares galas dans cette nouvelle configuration, Les Rebelles assurent à l'été 1964 les intermèdes musicaux dans l'émission Intervilles. Rinaldi se blesse dans un grave accident de la route en rentrant seul à Paris pour rallier ses épreuves du baccalauréat, qu'il manque ; il revient tout de même pour le dernier jour de la tournée. Les Rebelles accompagnent ensuite le chanteur Pascal Danel pour des galas aux gradins clairsemés sur la côte d'Azur. Début juillet, ils y rencontrent Dick Rivers qui, lâché par ses musiciens anglais indisciplinés, les engage pour les remplacer, pour une tournée en France et en Belgique jusqu'à fin août, laissant de côté Danel. Dick Rivers reprend ensuite ce groupe anglais qui lui avait causé du tort mais garde auprès de lui Gérard Rinaldi pour l'accompagner au saxophone et encadrer ces musiciens revêches. Faute de travail, le groupe est mis en pause. Rachid Houari rejoint l'équipe de France Gall. Grâce à Jean-Jacques Vuilermin, Sarrus intègre un groupe de reprises des Rolling Stones (avec Jacques Dautriche pour chanteur), tout en travaillant à côté. Lors d'un gala à Mulhouse, ils croisent Dick Rivers et Rinaldi encore plantés par leurs ingérables Anglais et jouent tous ensemble un mélange de leurs répertoires.

Quelque temps après la fin des galas avec Dick Rivers, Gérard Rinaldi est appelé pour le service militaire, en Allemagne. Sortant de scène au Golf-Drouot, Sarrus sympathise avec Christian Fechner, jeune Agenais un peu mods souhaitant diriger un groupe. Dans une ambiance délirante, Fechner leur suggère de prendre pour nom Les Tarés ; il tente de monter une série de galas. À la même période, le groupe est approché pour accompagner Ronnie Bird durant deux mois dans les tournées Johnny Stark et choisit plutôt cette option. Sarrus remodèle le groupe en reprenant Rachid Houari des Rebelles. Les Tarés suivent ainsi Ronnie Bird en tournée d'hiver, en première partie de Hugues Aufray et Françoise Hardy, en commençant par l'Olympia. Rinaldi parvient à se faire réformer au bout de trois mois. En pleine ascension, Ronnie Bird se sépare des Tarés pour de véritables musiciens britanniques, dans un souci d'authenticité.

Les Rebelles avaient passé une audition chez Philips avec Gérard Rinaldi comme chanteur, sans succès, notamment parce qu'ils n'avaient pas de chansons. Charismatique, Rinaldi a toujours amusé la bande avec ses imitations de vieux acteurs ou de crooners. Désormais sans engagements, Rinaldi et Jean Sarrus décident de refonder un groupe, en tirant profit de la voix du premier en plus de son talent au saxophone. Les musiciens de leurs précédents groupes sont déjà pris ailleurs. Dans un magasin de musique à Pigalle, le vendeur, Luis Rego, se propose pour la guitare et leur présente un batteur, Donald Rieubon, et un organiste, prénommé Albert. Ce dernier, issu d'un milieu aisé, leur permet d'animer avec sa sœur quelques rallyes mondains dans les quartiers huppés.

À partir de juin 1965, le groupe décroche un contrat pour l'été dans une boîte de nuit de la côte normande, rencontrant un beau succès. Ils chantent The Beatles, Bob Dylan, The Animals, tous les tubes anglais du moment et quelques compositions en français. Sur cette nouvelle formation, Sarrus raconte : « Gérard est l'élément modérateur, une sorte de force tranquille qui rend d'autant plus surprenants les grands coups de folie dont il est capable. Luis est un peu notre Paul McCartney, exigeant dans les répéts et têtu dans les discussions. Il possède l'humour et le recul que donne une bonne connaissance de ses deux cultures, portugaise et française, dont il possède déjà parfaitement la langue. Donald, le plus jeune, est le chien fou. Durant la saison, il fait des progrès considérables à la batterie. Je navigue au milieu, je suis plutôt le « pusher », celui qui entraîne les autres dans la bagarre, avec plus ou moins de bonheur ». Rinaldi et Rego chantent en alternance. À la fin de la saison, l'organiste Albert, au comportement exécrable, est écarté.

Reprenant le style de Bob Dylan, la bande se lance dans les chansons engagées folk rock. L'identification avec la jeunesse révoltée outre-Atlantique est immédiate puisque ce sont tous des jeunes de familles pauvres, des banlieusards de Puteaux et Bagnolet, et un immigré venu de Lisbonne pour fuir la conscription dans la guerre en Angola. Luis Rego trouve pour nom Les Problèmes, collant au thème et aisément traduisible en anglais. Christian Fechner, devenu directeur artistique chez Vogue, cherchant à créer « les Rolling Stones français », voit l'occasion d'enfin travailler avec Sarrus.

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