Les Aventures de Tom Sawyer (titre original : The Adventures of Tom Sawyer) est le premier roman que Mark Twain écrit seul. Il est publié en 1876, d'abord en Angleterre en juin, puis aux États-Unis en décembre.
Mark Twain y conte les aventures d'un garçon du sud des États-Unis, Tom Sawyer, vers 1844, avant la guerre de Sécession, dans la ville fictive de Saint-Petersburg au Missouri, sur la rive droite du Mississippi. En partie autobiographique, l'histoire s'inspire, du moins dans ses premiers chapitres, de l'enfance de l'auteur, passée à Hannibal au Missouri et recréée par la fiction autour du jeune protagoniste dont la personnalité domine le roman.
Ses frasques constituent l'essentiel de l'action et sa gouaille triomphante confère au roman une unité que l’ordre strictement chronologique du récit ne garantissait pas.
Twain parle d'une épopée de l'enfance ou d'un « hymne en prose ». De fait, le narrateur témoigne d'une grande indulgence envers son héros et utilise ses pitreries, ses escapades et ses prouesses pour mettre en évidence les travers comme les qualités des gens qui l'entourent. En revanche, sa satire devient sans concession lorsqu'il dénonce la morale publique, le pouvoir judiciaire, l'éducation, la religion, la médecine ou l'économie.
Les Aventures de Tom Sawyer est le plus célèbre des romans de Twain, et aussi son plus grand succès de librairie, de son vivant jusqu'au XXIe siècle. Considéré comme un classique de la littérature de jeunesse, l'auteur le qualifie de « roman pour enfants pour adultes ». D'emblée catalogué comme humoristique, genre alors jugé mineur, ses innovations littéraires restent longtemps négligées et c'est seulement plusieurs décennies après la mort de l'auteur qu'il est reconnu comme l'une des œuvres fondatrices de la littérature américaine.
En tant que journaliste, Twain rend compte d'événements et de sujets qu'il va reprendre dans Tom Sawyer, par exemple, l'école du dimanche (Sunday School) et les amourettes de l'enfance. Vers 1868, il achève une nouvelle intitulée à titre posthume Manuscrit d'un jeune garçon (Boy's Manuscript), qui raconte la vie d'un enfant sur les rives du Mississippi et, en 1870, il évoque avec son ami d'enfance, Will Bowen, des souvenirs partagés qui se retrouvent dans le roman.
Les avis sur la période durant laquelle Mark Twain s'attelle à ce projet divergent considérablement. Peter Stoneley pense que c'est en 1872, Dhuicq et Frison avancent février 1873 et Pat McAllister, auteur de The Bedside, Bathtub & Armchair companion to Mark Twain (Mark Twain, manuel pour la table de chevet, la baignoire et le fauteuil) publié en 2008, parle de l'été 1874, « période fertile en souvenirs », écrit-elle : depuis sa maison de Hartford qui surplombe le fleuve Connecticut Mark Twain se trouve « transporté dans le passé de ses années aux pieds nus dans la touffeur et la crasse de Hannibal [qui] le submergent » ; Matthews utilise le mot « moissonné » (harvested) pour résumer le processus de remémoration dont Twain lui a fait part ; la scène se passe quatre ans avant celle décrite par Pat McAllistair, soit en 1870, juste après le mariage avec Olivia (Livy).
Twain gribouille un schéma sur la première page de ses feuillets, « esquisse dont, pour qui connaît le livre et à dire le moins, le plan a de quoi surprendre, tant quasiment rien n'y est reconnaissable ».
« Au diable l'esquisse ! » (« Outline be damned! »), ajoute McAllister, et de rappeler la métamorphose du souvenir en lieux et personnages de fiction : en cet été 1874, Twain écrit 400 pages, mais en septembre tout s'arrête ; Tom, écrit McAllister, « mourut temporairement » (« Tom died temporarily »). Le problème se pose de savoir si le héros doit être conduit jusqu'à l'âge adulte et, se donnant le temps de la réflexion, Twain écrit, en collaboration avec son voisin Charles Dudley Warner, l'Âge doré, publié la même année. Enfin, Tom, en a-t-il été décidé, ne grandira pas, et le roman est aussitôt repris. Une lettre à W. D. Howells du 5 juillet 1875 annonce qu'il est terminé et, après des mois de révisions, il parait le 9 juin 1876 en Angleterre, l'année du centenaire de la naissance des États-Unis. Une édition pirate apparaît au Canada le 29 juillet de la même année, et la première édition aux États-Unis le 8 décembre.
Twain affirme dans son Autobiographie que Les Aventures de Tom Sawyer est la première œuvre écrite avec une machine à écrire : « Je me déclare — jusqu'à plus ample informé — comme étant la première personne à avoir destiné à la littérature l'usage de la machine à écrire. Le livre en question devait être Les Aventures de Tom Sawyer. J'en ai écrit la moitié en 1872 et le reste en 1874. Ma dactylographe m'a tapé un livre en 1874 et j'en ai conclu qu'il s'agissait bien de celui-là. ».
Les recherches de l'historien Darryl Rehr montrent cependant que le premier tapuscrit de Twain est La Vie sur le Mississippi, réalisé sous la dictée avec une Remington no 2.
Si Mark Twain s'essaie pour la première fois à écrire un roman seul, Tom Sawyer n'est pas l'œuvre d'un débutant. Twain a déjà composé des récits autobiographiques, Le Voyage des Innocents, À la dure ; avec Tom Sawyer, il puise à nouveau dans son passé : Tom, c'est lui, mais aussi plusieurs camarades, un personnage « composite » comme le précise la préface : « la plupart des aventures relatées dans ce livre sont vécues ; une ou deux me sont personnelles, les autres sont arrivées à mes camarades d’écoles. Huck Finn est décrit d’après nature ; Tom Sawyer aussi ; les traits de ce dernier personnage sont toutefois empruntés à trois garçons de ma connaissance : il appartient par conséquent à ce que les architectes nomment l’ordre composite ».
Précédemment, Twain a mis en scène des enfants dans de courtes « esquisses » (sketches) parodiant la littérature de jeunesse, péripéties satiriques ou conseils de conduite édifiants : ainsi, Conseils aux petites filles (Advice to little girls), publié en 1867.
Parmi les textes antérieurs, L'Histoire du bon petit garçon et L'Histoire du méchant petit garçon (Story of the Good Little Boy, Story of the Bad Little Boy) se rapprochent le plus de Tom Sawyer — parenté remarquée dès la parution du roman —, deux contes satiriques de quelques pages chacun, le premier d'abord paru en mai 1870 dans le Galaxy, puis dans Sketches, New & Old en 1875, avec des illustrations de True Williams, le second dans le Californian en 1875, puis dans Sketches New & Old en même temps que le conte précédent et avec le même illustrateur.
Dans le premier, un enfant modèle ne reçoit jamais de récompense, se voit rejeté par les employeurs alors qu'il présente d'excellentes attestations, meurt accidentellement sans avoir eu le temps d'écrire, comme il le souhaite, son « dernier discours » (his dying speech). Le conte se termine de façon désabusée et sibylline : « Ainsi périt le bon petit garçon, après avoir fait tous ses efforts pour vivre selon les manuels [de conduite], mais sans pouvoir y parvenir. Tous ceux qui vécurent comme lui prospérèrent, excepté lui. Son cas est vraiment remarquable. Il est probable qu’on n’en donnera jamais d’explication ».
Dans le second, le méchant petit garçon vole, ment, tue et finit riche député : « Et il grandit et se maria, et eut de nombreux enfants. Et il fendit la tête à tous, une nuit, à coup de hache, et s’enrichit par toutes sortes de fourberies et de malhonnêtetés. Et à l’heure actuelle, c’est le plus infernal damné chenapan de son village natal ; il est universellement respecté et siège au parlement ».
Cette chute rappelle le mot de Twain à propos de Tom qui aurait dû finir homme politique ou au bout d'une corde. À la fois chenapan et garçon doué d'une certaine générosité, le personnage tient du « bad boy » américain que tempère un bon caractère, traits se limitant réciproquement : les tours de Tom n'atteignent pas à la méchanceté et sa générosité trouve ses limites dans sa vanité.
Les textes quasi allégoriques des deux garçons opposés ironisent sur la confiance faussement naïve accordée à l'autorité des livres et révèlent le décalage entre ce qui s'écrit à l'époque et la réalité : « Eh bien ! Vous pourriez consulter et consulter d’un bout jusqu’à l’autre, et d’ici au prochain Noël, tous les livres de l’école du dimanche, sans rencontrer chose pareille ». L'auteur feint l'étonnement lorsque le « méchant petit garçon » n'est jamais puni comme dans les livres : « Comment Jim s'en tira toujours demeure pour moi un mystère » (« How this Jim ever escaped is a mystery to me ») ; dans Tom Sawyer, ce n'est plus le narrateur, mais le personnage principal, Tom, qui croit, mais cette fois de manière très sérieuse, en la vérité des livres, les romans d'aventures peuplant son imaginaire.