Leopold von Sacher-Masoch, né le 27 janvier 1836 à Lemberg en royaume de Galicie et de Lodomérie (aujourd'hui Lviv en Ukraine) et mort le 9 mars 1895 à Lindheimen Allemagne, est un historien et écrivain journaliste autrichien de langue allemande. Le mot masochisme est formé à partir de son nom.
Issu d’une lignée bohémienne et slave, fils du préfet de police de Lemberg, il porte en lui les empreintes d’une enfance hantée par une scène fondatrice : depuis sa cachette, il surprend sa tante Zénobie en train d’humilier son mari, le rouant de coups de fouet. Mais lorsqu’elle s’aperçoit de sa présence, elle l’attrape et, sans pitié, lui inflige à son tour la même correction.
Par la suite, il est fasciné par des lectures où les femmes ont un rôle prédominant : les images de martyrs torturés le mettent dans un état fiévreux. Il est subjugué par l'art. En peinture, il est médusé par l'œuvre de Rubens qui représente son épouse Hélène Fourment nue, musclée et ensauvagée de fourrure. En sculpture, il est amateur des Vénus de pierre et de marbre ; il admire Auguste Rodin et le lui témoigne.
Écrivain passionné par le théâtre, Masoch écrit deux pièces autour de la politique qui furent en leur temps plébiscitées par le public. Pour l'historien Bernard Michel, qui considère Sacher-Masoch comme un des plus grands écrivains d'Europe centrale, ce sont « des pièces de circonstance dont les hardiesses n'étaient compréhensibles que par les contemporains ». Leopold von Sacher-Masoch est aussi le créateur d'une revue littéraire, Auf der Höhe, à laquelle les plus grands écrivains européens de l'époque participent.
À partir des années 1880, le psychiatre Richard von Krafft-Ebing forge le mot masochisme pour nommer ce qu'il considère comme une pathologie. Il rend ainsi le nom de Leopold von Sacher-Masoch célèbre, mais son œuvre d'écrivain tombe dans l'oubli. À la fin des années 1960, le philosophe Gilles Deleuze s'intéresse à nouveau à Sacher-Masoch. Depuis, une grande partie de ses romans et nouvelles a été rééditée et fait l’objet de nombreuses analyses critiques de la part des chercheurs.
Leopold von Sacher-Masoch est né le 27 janvier 1836 à Leopol (Lemberg en allemand, Lviv en ukrainien), alors située en Galicie, une province orientale de l'empire d'Autriche, aujourd'hui en Ukraine. Il est le fils de Leopold von Sacher, le préfet de police de Lemberg, dont le propre père, originaire de Bohême, est envoyé en Galicie, en tant que haut fonctionnaire à la fin du XVIIIe siècle et reçoit en 1818 le titre transmissible de chevalier. La mère de l'écrivain, Caroline Masoch, est la fille d'un médecin de Leopol dont la famille est d'origine tchèque ou slovaque et qui, en 1838, fait prendre à la famille de son gendre le nom de Sacher-Masoch de crainte que son nom disparaisse.
Contrairement à ce qu'affirmeront certains des détracteurs du « philosémitisme » de Sacher-Masoch, sa famille n'est pas d'origine juive, mais catholique, quand bien même elle se targue d'un ancêtre paternel venu d'Espagne comme capitaine de cavalerie dans l'armée de Charles Quint.
Sur le plan personnel, deux personnes ont sur lui une influence déterminante, sa nourrice Handscha et la tante Zénobie.
Pour l'enfant, la première apparition qui émerge des nimbes de son passé, c'est Handscha, sa nourrice ukrainienne. Elle deviendra un personnage récurrent dans l'œuvre masochienne.
Lorsque Sacher-Masoch la décrit, il précise qu'elle porte des bottes de maroquin rouge. Nombreuses seront les femmes cruelles bottées de maroquin rouge dans l'œuvre masochienne. Pour Masoch les femmes qui l'entourent font très souvent référence à une œuvre d'art, un peintre ; pour Handscha c'est une madone à la chaise de Raphaël.
« À la différence de sa véritable mère, la nourrice Handscha apparaît rétrospectivement à Leopold comme un objet de désir sexuel qui prend tout son prix, justement parce qu'elle est convoitée par ce qui compte dans la société, dans la hiérarchie du pouvoir et de l'amour. Elle est l'image originelle de la séductrice, ce qu'il ne cessera de rechercher toute sa vie. »
Il mentionne Handscha dans ses souvenirs publiés en 1887 dans Le Gaulois.
Avec Handscha il parle russe, langue natale de sa nourrice. Il fait également l'apprentissage d'autres langues : le français, le ruthène, le polonais et s'initie à l'allemand. Le milieu culturel dans lequel il évolue est celui d'un panslavisme populaire rehaussé d'une pratique du français, apanage de la bourgeoisie cultivée. Jean-Paul Corsetti ajoute qu'il est aidé par une gouvernante française, du nom de Mlle Martinet.
Handscha, fille de paysans slaves, était opulente, robuste. « Handscha de haute stature, son allure presque majestueuse de blonde Junon épanouie. » Il compare Handscha à La Vierge à la chaise de Raphaël.
Fièvre typhoïde, domination bienveillante et première émotion
Une fièvre typhoïde le cloue au lit. Dans ce texte aux accents proustiens, nous dit Bernard Michel, Sacher-Masoch évoque ses fantasmes : « J'éprouvais une sorte de volupté en la servant, en lui obéissant, en subissant ses caprices. Des ours, la belle sultane, Napoléon 1er. »
En lisant Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau il découvre la délectation de ce dernier à recevoir des fessées de Mlle Lambercier, il comprend que son cas n'est pas isolé.
Pour Paul-Laurent Assoun, la scène primitive est là : « C'est donc à la merci de son infirmière, fantasmée en maîtresse des corps, que Leopold von Sacher-Masoch enfant ourdit le premier mot de son scénario. C'est en cette dépendance à la fois effrayée et jouissante qu'il voit émerger en quelque sorte pour la première fois, à son chevet, la Femme devant laquelle il s'agenouillera sa vie durant pour la supplier de rejouer ce rôle de domination bienfaitrice. Le traumatisme ultérieur ne fera que fournir sa réalisation dramatique à ce fantasme précurseur. Ç'aura été le service rendu par cette tante Zénobie de réaliser l'attente primitive et de confirmer l'espoir et la crainte, tant le masochiste espère le pire qu'il craint… »