Ce Jour-là

Leo Ornstein

Compositeur et pianiste américain

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Leo Ornstein, né Lev Ornchteïn (en russe : Лев Орнштейн) vers 1893 à Krementchouk en Ukraine, dans l'Empire russe, et mort le 24 février 2002 à Green Bay, dans le Wisconsin aux États-Unis, est un pianiste et compositeur de musique moderne américaine du début du XXe siècle. Ses interprétations d'œuvres de compositeurs d'avant-garde et ses propres pièces novatrices, voire choquantes, comme Wild Men's Dance (1913-1914) ou Suicide in an Airplane (1918-1919) l'ont rendu célèbre des deux côtés de l'Atlantique. La plupart de ses œuvres expérimentales ont été écrites pour le piano.

Ornstein est le premier compositeur important à utiliser massivement le cluster. En tant que pianiste, il est considéré comme un talent de classe mondiale. Au milieu des années 1920, il s'éloigne de la célébrité et disparaît de la sphère publique. Bien qu'il ait donné son dernier concert public avant l'âge de quarante ans, il continue d'écrire de la musique pendant plus d'un demi-siècle. Largement oublié pendant plusieurs décennies, il est redécouvert au milieu des années 1970. Ornstein achève sa huitième et dernière sonate pour piano en septembre 1990, devenant ainsi le compositeur publié le plus âgé de l'histoire (record battu depuis par Elliott Carter).

Ornstein est né vers 1893 dans la ville de Krementchouk, dans la province ukrainienne de Poltava, appartenant alors à l'Empire russe. Il grandit dans un environnement musical : son père était un hazzan (chantre juif) et un de ses oncles violoniste l’encourage à faire des études musicales. Ornstein est très tôt reconnu comme un prodige du piano ; en 1902, le célèbre pianiste polonais Josef Hofmann, de passage à Krementchouk, assiste à un récital du garçon alors âgé de six ans. Impressionné, Hofmann lui donne une lettre de recommandation pour le conservatoire de Saint-Pétersbourg. Il y est auditionné et accepté alors à l'âge de neuf ans. Il étudie la composition avec Alexandre Glazounov et le piano avec Anna Yesipova. À l'âge de onze ans, Ornstein gagne sa vie en entraînant et en accompagnant des chanteurs d'opéra.

Pour échapper aux pogroms commis par l'organisation nationaliste et antisémite de l'Union du peuple russe, la famille décide d’émigrer aux États-Unis le 24 février 1906, quatre-vingt-seize ans avant sa mort. La famille s'installe dans le Lower East Side de New York et le jeune garçon est inscrit à l'Institute of Musical Art, l’institution qui devint plus tard la Juilliard School, où il étudie le piano avec Bertha Feiring Tapper. En 1911, il fait des débuts publics très remarqués à New York en interprétant des œuvres de Bach, Beethoven, Chopin et Schumann. Deux ans plus tard, il enregistre des pièces de Chopin, Grieg et Poldini qui révèlent, selon l'historien de la musique Michael Broyles, « un pianiste d'une grande sensibilité, d'une prodigieuse habileté technique et d'une grande maturité artistique ».

La renommée et le « futurisme »

Tout en entamant une prometteuse carrière de concertiste, Ornstein s'engage dans une voie très différente. Il commence à composer au piano des œuvres avant-gardistes contenant de nombreux sons dissonants. Lui-même raconte avoir été perturbé par la plus ancienne de ces compositions : « Au début, j'ai vraiment douté de ma santé mentale. J'ai simplement dit : « Qu'est-ce que c'est ? C'était tellement éloigné de toutes les expériences que j'ai pu avoir » ». Lors d’un récital donné le 27 mars 1914 à Londres, il joue, après trois préludes de Bach arrangés par Busoni, plusieurs pièces de Schönberg, et, pour la première fois, quelques-unes de ses propres compositions alors qualifiées de « futuristes », aujourd'hui connues sous le nom de « modernistes ». Le concert provoque une grande agitation. Un journal décrit le travail d'Ornstein comme « la somme de Schönberg et de Scriabine au carré », tandis que d'autres déclarent : « Nous n'avons jamais souffert d'une hideur aussi insupportable, exprimée par de la prétendue « musique » ».

Le concert suivant provoque une quasi-émeute : « Lors de mon deuxième concert consacré à mes propres compositions, j'aurais pu jouer n’importe quoi, je n’entendais pas le piano moi-même. La foule sifflait et hurlait, et jetait des objets sur la scène ». Cependant, la rédaction du Musical Standard parla de lui comme « l’un des compositeurs les plus remarquables de l’époque [doté de] ce germe de réalisme et d’humanité révélateur du génie ». Dès l’année suivante, il devient une des vedettes de la scène musicale américaine avec ses interprétations d’œuvres d’avant-garde de Schönberg, de Scriabine, de Bartók, de Debussy, de Kodály, de Ravel et de Stravinsky (dont nombre des premières créations américaines de ce dernier), ainsi que de ses propres compositions, encore plus radicales.

Entre 1915 et le début des années 1920, date à laquelle il cesse pratiquement de se produire en public, Ornstein est l'une des figures les plus connues (voire, selon certains, les plus notoires) de la musique classique américaine. Selon la description de Broyles et Denise Von Glahn, son « attrait était immense. Il se produisait constamment devant des salles combles, souvent plus de deux mille personnes, [faisant] dans de nombreux endroits le plus grand public de la saison ». Avec des pièces pour piano seul comme Wild Men's Dance (aliasDanse Sauvage ; vers 1913-1914) et Impressions of the Thames (vers 1913-1914), il ouvre la voie à l'utilisation intégrée du cluster dans la composition en musique classique, ce que Henry Cowell, de trois ans le cadet d'Ornstein, allait populariser. Pour le musicologue Gordon Rumson, Wild Men's Dance est « une œuvre véhémente, au rythme indiscipliné, composée de groupes d'accords denses […] et d'accents brutaux. Des rythmes complexes et de gigantesques accords fracassants parcourent toute l'étendue du piano. Une composition restant réservée au grand virtuose capable de l'imprégner d'une énergie brûlante et féroce ». Aaron Copland se souvient d'une interprétation de cette œuvre qu'il décrit comme le moment le plus controversé de son adolescence. En 2002, un critique du New York Times déclare qu'elle « reste un choc » encore aujourd'hui. Impressions of the Thames est décrite par le compositeur et critique américain Kyle Gann comme suit : « si elle est debussyste dans ses textures, elle utilise des accords plus piquants que Debussy ne l'aurait jamais osé, ainsi que des clusters dans les aigus et un martèlement grave qui préfigure Charlemagne Palestine, mais module […] avec un sens irrésistible de l'unité ».

Comme exemple de ce que Ornstein décrit comme de la « musique abstraite », sa Sonate pour violon et piano (1915, et non 1913 comme on le dit souvent par erreur) est allée encore plus loin. Il la décrit ainsi : « Je dirais que [la sonate] a amené la musique à l'extrême pointe. […] Au-delà se trouve un chaos complet ». En 1916, le critique Herbert F. Peyser déclare que « le monde s'est en effet déplacé entre l'époque de Beethoven et celle de Leo Ornstein ». Ce printemps-là, Ornstein donne une série de récitals dans la maison new-yorkaise de l'un de ses défenseurs ; ces concerts ont constitué des précédents cruciaux pour les sociétés de compositeurs autour desquelles la scène musicale moderne allait se développer dans les années 1920. Ornstein se rend également à la La Nouvelle-Orléans en 1916, où il découvre le jazz. L'année suivante, le critique James Huneker écrit :

« Je n'aurais jamais cru que je vivrais assez longtemps pour entendre Arnold Schönberg s'apprivoiser, et pourtant il s'apprivoise — presque timide et hésitant — après Ornstein qui est, de la façon la plus catégorique, le seul vrai compositeur futuriste vivant. »

Outre le terme « futuriste », Ornstein est parfois qualifié — avec Cowell et d'autres membres de leur cercle — d'« ultra-moderniste ». Un article du Baltimore Evening Sun le décrit comme « le pianiste intransigeant qui a mis tout le monde musical à l'écoute et qui est probablement le personnage le plus discuté sur la scène des concerts ». Dans The Musical Quarterly, il est décrit comme « le phénomène musical le plus marquant de notre époque ». Le compositeur d'origine suisse Ernest Bloch déclare qu'il est « le seul compositeur en Amérique qui montre des signes positifs de génie ».

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