Leo Kanner, né le 13 juin 1894 à Klekotów dans le Royaume de Galicie et de Lodomérie, province de l'Empire austro-hongrois (aujourd'hui en Ukraine), et mort le 3 ou le 4 avril 1981 à Sykesville, Maryland (États-Unis), est un pédopsychiatre connu pour avoir défini le tableau clinique de l’autisme infantile précoce.
À l'âge de 12 ans il part chez un oncle à Berlin où il est rejoint par toute sa famille qui s'y installe en 1906. Il montre un goût et des talents littéraires précoces encouragés par ses professeurs de lycée ; le Berliner Morgenpost publie ses comptes rendus des conférences littéraires auxquelles il assiste . Ses études secondaires achevées au Sophien Gymnasium en 1913, il entreprend des études de médecine à l’université de Berlin. La Première Guerre mondiale suspend ces études : Kanner est alors affecté au service de santé des armées. La paix revenue il achève ses études de médecine le 10 décembre 1919. Il adopte alors la nationalité allemande. Ensuite, il effectue son internat, et devient résident à l’hôpital de la Charité de Berlin jusqu’en 1922.
Il était père de deux enfants.
Ensuite, pour échapper à l'inflation frappant l’Allemagne , il émigre aux États-Unis en 1924 avec sa femme et sa fille. Il obtient le titre américain de docteur en médecine. Entre 1924 et 1928, il exerce comme Senior Assistant à l’hôpital d’État de Yankton dans le Dakota du Sud. Souhaitant approfondir ses connaissances en psychiatrie, il poursuit des études à l'université Johns-Hopkins (spécialisation délivrée par l’American Board of Psychiatry and Neurology in Psychiatry). Il a ensuite un poste à la Harriet Lane Home for Invalid Children (un établissement d'accueil pour enfants infirmes) qui dépendait aussi de l'université Johns-Hopkins. C'est en 1930, qu'il crée le premier service de psychiatrie infantile à l'hôpital Johns-Hopkins de Baltimore.
En 1935, il écrit Child Psychiatry, premier ouvrage de référence dans cette discipline en langue anglaise.
Huit ans plus tard, en 1943 — l'année même ou Hans Asperger soumet à la publication Die Autistischen Psychopathen, publié en 1944 — il écrit et publie un article, intitulé Autistic Disturbance of Affective Contact, où il postule à partir de onze cas d'enfants suivis depuis 1938 que plusieurs troubles qui étaient auparavant dispersés sous des appellations variables, ne forment qu’une seule maladie. Dans l'article de Kanner ces onze enfants, huit garçons et trois filles, sont anonymisés ; ils sont désignés par leur prénom et l'initiale de leur patronyme auxquels s'adjoint leur date de naissance : ces maigres informations ont toutefois permis d'identifier huit de ces enfants.[réf. nécessaire] Ainsi, Donald T., le premier cas étudié dans l'article princeps de 1943, est identifié en 2010 ; à cette date Donald Grey Triplett était encore bien vivant (jouant au golf, conduisant sa voiture).
L'appellation « autisme infantile précoce » est donnée l'année suivante au syndrome qui porte son nom, l’autisme de Kanner.
En 1956, avec Leon Eisenberg, il publie un texte intitulé Early Infantile Autism, 1943-55, qui connaît immédiatement une grande diffusion et qui est la référence incontournable dans les années 1960[réf. nécessaire]. Sur la base de dix années d'observations supplémentaires, ils reprennent les cinq conclusions exposées dans la publication de 1943 et posent deux caractéristiques pathognomoniques : un isolement extrême (« extreme self-isolation ») et un désir obsédant de préserver l'immuabilité (« the obsessive insistence on the preservation of sameness »).
L'observation de rituels élaborés devait permettre de distinguer les enfants autistes des enfants souffrant de retard mental (d'oligophrénie suivant la terminologie de l'époque). S'ils envisageaient dans cette publication une pluralité de causes étiologiques, ils y firent aussi mention à plusieurs reprises du rôle défavorable de l'environnement familial dans lequel la majorité des enfants observés avaient grandi (des expressions telles que « emotional refrigeration » qui figureront plus tard dans les controverses y apparaissent à plusieurs reprises).
En 1957, il devient le premier professeur de pédopsychiatrie de l'université Johns-Hopkins. Il fut également le premier rédacteur en chef du Journal of Autism and Childhood Schizophrenia de 1971 à 1974.
Entre 1963 et 1969, il est consultant au Children’s Guild Clinical.
C'est en 1943 que Léo Kanner propose une description clinique de l'autisme infantile.
Il insiste sur le fait que l'autisme est là « d'emblée » (« Il existe d'emblée un repli autistique extrême qui, chaque fois que c'est possible, fait négliger, ignorer, refuser à l'enfant tout ce qui lui vient de l'extérieur ») contrairement à la schizophrénie ; c'est la raison pour laquelle il qualifie de « précoce » l'autisme infantile. Il tente donc de distinguer l'autisme infantile précoce de la schizophrénie infantile (le terme d'autisme introduit par Eugen Bleuler, désigne un symptôme de la schizophrénie).
Les deux traits pathognomoniques de l'autisme infantile présentés par Kanner sont :
aloneness (solitude extrême) ;
sameness (immuabilité, maintien de la permanence).
« Toutes les activités et paroles de ces enfants sont en permanence régies de façon rigide par le désir très fort de solitude et d'absence de changement ».
Depuis 1943, Kanner a légèrement modifié ses positions : ainsi, avec Eisenberg, il définit en 1956 un âge d'entrée dans la pathologie comme critère diagnostic alors qu'il avait suggéré en 1943 le caractère inné de l'autisme. La limite fut alors fixée à trente mois.