Ce Jour-là

Leo Brouwer

Compositeur, guitariste et chef d'orchestre cubain

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Leo Brouwer (né le 1er mars 1939 à La Havane) est un compositeur, guitariste et chef d'orchestre cubain. Il est un compositeur majeur de la deuxième moitié du XXe siècle pour la guitare classique, mais a aussi écrit des œuvres pour toute sorte d'instruments et pour de nombreuses formations, ainsi que des musiques de film pour le cinéma cubain.

Naissance et épanouissement d'une vocation

Leo Brouwer est né à La Havane le 1er mars 1939. Il est le petit neveu d'Ernesto Lecuona. Le jeune Leo est rapidement attiré par la guitare, à laquelle son père, biologiste passionné de flamenco, l’initie :

« mon père était un amateur de très haut niveau qui jouait des chansons de César Portillo de la Luz, du flamenco, des danses de Granados, les Chôros de Villa-Lobos, ainsi que des pièces de Francisco Tárrega et d’Isaac Albéniz. […] Il m’apprit à percuter les cordes avec la main droite plus qu’à pincer proprement, et à jouer en rasgueados. […] Au bout de quatre ou cinq mois, je jouais, uniquement d’oreille, des pièces de concert qu’il m’avait apprises, et, depuis, je les ai toujours jouées dans mes concerts sans jamais les avoir lues. »

Ce n’est cependant qu’à l’âge de 13 ans qu’il entreprend des études de guitare (il jouera également du violoncelle, du piano et des percussions). Sa rencontre avec Isaac Nicola (élève d’Emilio Pujol), qui sera son premier et unique professeur, s’avère capitale : il découvre les auteurs anciens tels que Luis de Milán, Luys de Narváez, Alonso Mudarra, Robert de Visée et Fernando Sor… un nouveau monde de sonorités qui va inexorablement l’attirer. Travaillant d'arrache-pied, il se révèle vite comme un musicien exceptionnel, son premier examen prenant l’allure d’un « récital auquel il ne manquait que le public ».

Dans le même temps, il prend conscience des grands vides du répertoire pour guitare, qu’il se donnera pour but de combler :

« Alors, j'ai commencé à apprendre le soi-disant grand répertoire, [...] et je me suis rendu compte qu'il y avait des trous. Nous n'avions pas un Quintette de Brahms, nous n'avions pas l'Histoire du Soldat de Stravinsky, nous n'avions pas de musique de chambre de Hindemith, nous n'avions pas de sonates de Bartók. Ainsi, alors que j'étais jeune et fou, je me suis dit que si Bartók n'avait pas écrit de sonate, je pourrais le faire. Cela a été mes débuts pour la composition. »

De la composition et l’orchestration, il apprend tout, ou presque par lui-même, n’ayant « ni le temps ni l’argent » pour effectuer une formation académique complète. Dès 1954, il crée sa propre méthode de travail, passant des heures à analyser des partitions et à s’inventer des exercices d’écriture, dont certains deviendront des pièces célèbres, comme la Fugue no 1 ou les Pièces sans titre pour guitare solo.

Dès le début de la colonisation de Cuba, la musique liturgique et savante européenne influence les premières musiques de l'île, avec Miguel Velasquez, premier musicien cubain et chanoine de la cathédrale de Santiago de Cuba. Les premiers peuples de l'île n’ont laissé aucune trace musicale avant cela. À partir de 1513, la présence d’esclaves à Cuba joue un rôle fondamental dans l'histoire de la musique cubaine. Ces esclaves sont en grande majorité des Yoruba du Niger, des Bantous du Congo, des Arará du Dahomey (actuel Bénin), et des Abakuá. Ainsi les rythmes et les mélodies de ces peuples se mélangent peu à peu avec la musique folklorique cubaine. « Chants, danse, musique, allaient et venaient entre Cuba et l’Andalousie, l’Amérique et l’Afrique, et la Havane fut le centre où toutes fusionnèrent avec une chaleur plus vive et des irisations plus colorées. »

En 1791, sur l'île de Saint-Domingue, à la suite des révoltes d’esclaves, certains Français se voient dans l’obligation de fuir et une partie se réfugie à Cuba. De ce fait sont adoptés sur l'île cubaine le menuet, la gavotte, le passepied et surtout la contredanse française (de la contredanse à 2/4 viennent la danza, la habanera et le danzón, et de la contredanse à 6/8 viennent la clave, la criolla et la guajira) qui sera transformée en contradanza cubana, qui deviendra elle-même le premier genre musical de l'île à être exporté. Les serviteurs noirs qui ont immigré sur l'île avec les Français, ont amené un élément rythmique fondamental : le cinquillo, qui va s’incorporer à de nombreux genres folkloriques cubains. Brouwer l'utilisera, de même que le tresillo. Beaucoup de danses importées à Cuba en sont reparties modifiées par leur contact avec la population à l'exception du zapateo que l'on peut associer au patrimoine du paysan blanc. Leo Brouwer en a d’ailleurs écrit un dans ses arrangements d’airs populaires cubains.

Au XIXe siècle, des changements s’opèrent : la musique classique prend son importance dans l'île. S’organisent des concerts privés et publics où se jouent Mozart, Haydn, Pleyel, Gossec ou encore Pergolèse. Le clavecin et diverses formations de musique de chambre deviennent à la mode. En 1814, l’enseignement se développe avec la création de la première Académie de Musique. L’accompagnement se modifie et on obtient la Canción cubana, dont on peut retrouver le caractère dans la berceuse Canción de Cuna extraite des Deux thèmes populaires cubains arrangés par Leo Brouwer. Ignacio Cervantes (1847-1905) contribue à cette évolution de la musique cubaine. Il est l’un des grands compositeurs de ce siècle. Pianiste, il compose dans un style mélangeant la musique européenne avec les rythmes cubains.

En 1886, à la suite de l’abolition de l’esclavage, la musique ancestrale africaine, qui n’a jamais cessé de se transmettre, va se pratiquer dans les « confréries de secours mutuel » regroupant chaque ethnie. En 1923, à la suite de la révolution avortée des vétérans et patriotes, quelques artistes ont pris l’habitude de se réunir et forment ainsi le Grupo Minorista. Le Minorismo est devenu un état d’esprit qui établit des liens avec des intellectuels en Europe, ce qui va permettre de découvrir des artistes tels que Pablo Picasso, Igor Stravinsky, James Joyce, Darius Milhaud, etc. En 1925, Amadeo Roldán inclut dans sa pièce symphonique Ouverture sur des thèmes cubains une section confiée uniquement à la batterie et utilise divers instruments afro-cubains. En 1942, à La Havane, se forme le Grupo de Renovación Musical sous la direction de José Ardévol, qui déclare : « Les principaux apports des compositeurs du Grupo sont l'incorporation à notre musique des grandes formes universelles et un traitement moins direct et typique des éléments stylistiques cubains qui ont primé chez Amadeo Roldán et Alejandro García Caturla, etc. » Brouwer s’inscrira naturellement dans la lignée de ce groupe.

Brouwer donne son premier concert au Lyceum de La Havane, à tout juste 16 ans. Il présente à cette occasion un panorama complet du répertoire pour guitare : Luis de Milán, Johann Sebastian Bach, Fernando Sor, Francisco Tárrega, Isaac Albéniz, Federico Moreno Torroba, Heitor Villa-Lobos… et termine par le prélude d’une suite qu’il a composée peu avant. Par la suite, il travaille avec la troupe de théâtre Los Juglares, accompagnant des chants de García Lorca lors d’un spectacle en son hommage.

En 1956, Leo Brouwer et Jesús Ortega, son ami, collègue et duettiste de toujours, deviennent membres du Cine Club Visión, association culturelle visant à promouvoir la musique, le théâtre (souvent engagé), l’art pictural et le cinéma. C’est l’occasion pour eux de se produire en solo et en duo. Ils interprètent aussi bien les œuvres des compositeurs les plus connus (leur premier concert est un brillant hommage à Villa-Lobos) que celles des compositeurs de musique populaire cubaine et en profitent pour jouer leurs propres pièces sous les noms de plume de Raoul Petit et Laurent Lichtemberg. En janvier 1957, Brouwer joue pour la première fois en concerto, celui du compositeur Nicaraguayen Luis Abraham Delgadillo, puis se produit un an après avec Ortega, au Premier Festival d’Art National de la Liberté.

De retour des États-Unis, Brouwer mène une intense carrière de concertiste : en 1962, il crée à Cuba ses Trois danses concertantes pour guitare et orchestre à cordes, puis offre sa première tournée internationale en Finlande et en URSS. Il joue en 1965 le Concerto d'Aranjuez, et passe à la télévision cubaine en 1968, accompagné de son épouse, la chanteuse Yolanda Brito. À partir de 1970, il réalise de nombreux enregistrements, pour les plus grandes maisons d’édition telles que Deutsche Grammophon ou Erato. Son disque 12 sonates de Scarlatti par Leo Brouwer est sélectionné parmi les meilleurs enregistrements de l’année 1977 en Angleterre.

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